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Couillard dit ne pas avoir de temps à perdre avec un individu comme Bédard

22/01/2015 01:38 EST | Actualisé 24/03/2015 05:12 EDT

DAVOS, Suisse - Les commentaires effectués par certains députés péquistes concernant le séjour en Arabie saoudite de Philippe Couillard sont un signe de faiblesse, croit le premier ministre, qui estime que certains de ces propos sont à la «limite de la diffamation».

M. Couillard n'a pas du tout apprécié la sortie du chef intérimaire péquiste, Stéphane Bédard, qui a entre autres estimé que le premier ministre semblait «très imprégné de ces valeurs», faisant référence aux accusations de non-respect des droits de l'homme à l'endroit de l'Arabie saoudite.

«Si j'étais susceptible, je pourrais le poursuivre pour avoir dit ça», a clamé le premier ministre, visiblement irrité, en point de presse, en marge du Forum économique de Davos, en Suisse.

Lorsque questionné quant à savoir s'il allait passer de la parole aux actes, M. Couillard a répondu de façon négative, affirmant qu'il n'avait «pas de temps à perdre avec un individu semblable».

Au caucus du PQ, en Montérégie, plusieurs députés s'étaient demandé si le séjour de quatre ans du premier ministre en Arabie saoudite, où il a travaillé comme médecin avant d'être conseiller du gouvernement, était à l'origine de ses hésitations à légiférer pour la laïcité de l'État.

D'après M. Bédard, le premier ministre doit expliquer rapidement pourquoi il ne démontre pas plus d'empressement à déposer un projet de loi sur les accommodements raisonnables et la place des symboles religieux dans les institutions publiques.

M. Couillard a répliqué en disant que le PQ ne faisait que ressortir un discours «boueux», qui était un «grand signe de faiblesse» visant à détourner l'attention d'un enjeu qui risque de monopoliser la course à la direction du parti indépendantiste.

«C'est pour empêcher les candidats (...) de préciser leur pensée sur un enjeu qui est compliqué (la souveraineté), a-t-il dit. En attaquant quelqu'un d'autre, bien ça permet de détourner l'attention.»

M. Couillard s'est également dit surpris de voir le candidat à la direction Alexandre Cloutier lui faire la leçon dans le dossier du traitement réservé au blogueur Raïf Badawi, condamné par les autorités saoudiennes à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet pour avoir défendu les valeurs libérales en plus de faire la promotion de la liberté de religion.

Le premier ministre ne comprend pas pourquoi M. Cloutier l'enjoint à intervenir à Davos auprès du prince saoudien Turqi al Faisal al Saud, ancien ambassadeur invité à l'événement, alors qu'il n'a pas vu le député péquiste «lever le petit doigt» dans ce dossier.

Il s'est défendu d'avoir les bras croisés dans ce dossier en rappelant qu'il avait contacté, la semaine dernière, l'ambassadeur saoudien au Canada ainsi que l'épouse de M. Badawi.

«D'un parti qui s'est distingué (...) par une attaque sans précédent contre les libertés individuelles (avec sa charte des valeurs), d'aller faire la leçon aux autres sur la liberté alors qu'on est soi-même coupable d'un des actes les plus discriminatoires que le Québec ait connu, ça m'apparaît assez ironique», a observé M. Couillard.

Il a par ailleurs été possible d'apprendre que le premier ministre avait discuté du dossier avec le ministre fédéral des Affaires étrangères, John Baird, qui se trouve à Davos en compagnie de quatre de ses collègues.

M. Baird a par ailleurs rencontré un prince saoudien pour plaider en faveur de la défense de M. Badawi. Si ce dernier devait être libéré par les autorités saoudiennes, Québec et Ottawa vont joindre leurs efforts afin de ramener le blogueur le plus rapidement auprès de sa famille, à Sherbrooke.

Pour une deuxième journée consécutive, M. Couillard a enchaîné, avec son ministre de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations, Jacques Daoust, une série de rencontres et d'ateliers — dont un avec l'ex-vice-président des États-Unis Al Gore — même si aucune annonce n'a été effectuée.

MM. Couillard et Daoust ont toutefois affirmé que des ententes étaient en voie de se conclure, mais qu'elles seraient vraisemblablement annoncées au moment opportun.

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