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Agressions d'enfants inuits: la Couronne demande une peine de 25 ans pour l'ex-prêtre Eric Dejaeger

21/01/2015 11:44 EST | Actualisé 23/03/2015 05:12 EDT
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IQALUIT, Nunavut - La Couronne a réclamé, mercredi, une peine de 25 ans de prison pour le père oblat défroqué reconnu coupable d'avoir agressé sexuellement 22 enfants inuits, il y a 35 ans. La défense, quant à elle, a estimé qu'une peine de 12 ans de prison serait appropriée.

Eric Dejaeger, âgé de 67 ans, a été reconnu coupable en septembre dernier de 32 crimes à caractère sexuel commis alors qu'il était missionnaire à Igloolik, dans le Nunavut, entre 1978 et 1982. Il avait plaidé coupable à huit autres chefs à caractère sexuel à l'ouverture du procès. Les victimes, 12 garçons et 10 filles, étaient en général âgées entre huit et 12 ans, mais certaines n'avaient que quatre ans, et d'autres jusqu'à 18 ans. Dejaeger a aussi eu des relations sexuelles avec un chien en présence de deux enfants.

Plusieurs victimes ont raconté au tribunal que le prêtre flamand usait de sa position pour les attirer, en les menaçant des feux de l'enfer ou de l'abandon de leurs parents si jamais ils parlaient. Dejaeger utilisait aussi parfois de la nourriture pour attirer vers lui des enfants affamés.

Les avocats des deux parties ont présenté leurs plaidoiries finales, mercredi, après deux jours de témoignages des victimes. Au cours de ces émouvants récits, des témoins d'Igloolik sont venus décrire les séquelles physiques et psychologiques que leur ont laissées ces agressions — dépression, rage constante, cauchemars, alcool et drogues, peur de l'école, analphabétisme, etc.

Le procureur de la Couronne, Doug Curliss, a plaidé mercredi que Dejaeger «semble n'avoir aucune idée des motifs qui l'ont poussé à commettre ces crimes, et il a récidivé jusqu'à ce qu'il se fasse prendre».

«Ses victimes, elles, regardent derrière elles et se demandent: 'si ça n'était pas arrivé, qu'est-ce que je serais devenu aujourd'hui?'»

L'avocat de la défense, Malcolm Kempt, a soutenu quant à lui qu'une peine de 25 ans serait trop sévère si on se fie à la jurisprudence en matière d'agressions sexuelles à répétition, et qu'une peine de 12 ans de prison serait plus appropriée. Il a aussi plaidé que Dejaeger souffre de problèmes cardiaques et qu'il est présentement soigné pour un cancer. Il a aussi rappelé que son client avait collaboré avec la justice, en renonçant par exemple à son enquête préliminaire.

Le juge Robert Kilpatrick devrait entendre la déclaration de l'agresseur jeudi, avant de mettre la cause en délibéré.

Dejaeger a déjà purgé une peine de cinq ans de prison pour avoir agressé sexuellement d'autres enfants inuits à Baker Lake, où il avait été transféré après son passage à Igloolik. En 1995, après avoir purgé sa peine, il a appris que la Gendarmerie royale du Canada voulait l'accuser de nouveau, pour les crimes commis à Igloolik, et il s'est réfugié dans sa Belgique natale.

Les pères oblats ont reconnu qu'ils étaient au courant du départ imminent de Dejaeger, mais les autorités judiciaires canadiennes leur auraient dit qu'il valait mieux le laisser partir. Il a vécu pendant 16 ans, sans être embêté, dans des résidences tenues par les oblats flamands, même s'il faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international. Ce sont finalement des journalistes qui ont révélé sa présence illégale en Belgique, et Dejaeger a été déporté au Canada en 2011, pour répondre aux nouvelles accusations.

Le procès a lieu au palais de justice d'Iqaluit, mais les résidants d'Igloolik peuvent assister, grâce à un lien satellite, à la retransmission en direct des audiences, dans un édifice du gouvernement du Nunavut, qui a aussi mis à la disposition des citoyens davantage de ressources en aide psychologique.

Par ailleurs, Dejaeger doit comparaître à Edmonton vendredi pour répondre à quatre autres accusations à caractère sexuel dans une autre affaire.