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La Banque du Canada abaisse son taux d'intérêt directeur à 0,75 pour cent

21/01/2015 10:12 EST | Actualisé 23/03/2015 05:12 EDT

OTTAWA - La glissade des prix du pétrole a forcé la Banque du Canada à réduire son taux d'intérêt directeur mercredi, une décision étonnante qui montre à quel point les perspectives économiques du pays se sont affaiblies en quelques mois.

La banque centrale, qui n'avait pas touché à son taux directeur depuis septembre 2010, l'a abaissé d'un quart de point pour le faire passer à 0,75 pour cent. Selon elle, la rapide dégringolade du cours du pétrole engendre plusieurs incertitudes quant à la croissance économique du pays, un exportateur de brut.

Avant que les effets du plongeon des prix du pétrole ne commencent à transparaître dans l'économie, le Canada semblait en voie de connaître un solide rebond post-récession — et la banque donnait l'impression de se diriger vers une hausse des taux.

«La forte baisse des prix du pétrole pèsera de façon marquée sur l’économie canadienne», a écrit la Banque du Canada dans son Rapport sur la politique monétaire, qu'elle dévoilait aussi mercredi.

«Étant donné la rapidité et l’ampleur du recul des cours du pétrole, il existe une incertitude substantielle quant au niveau probable de ces derniers et à leur effet sur les perspectives économiques du Canada.»

Le dollar canadien plongeait de 1,68 cent US à 80,92 cents US après l'annonce — son plus faible niveau depuis avril 2009, soit le mois de la dernière baisse du taux directeur avant celle de mercredi.

En général, les économistes s'attendaient à ce que l'institution ne bouge pas mercredi et misaient plutôt sur une augmentation du taux directeur à la fin 2015 ou en 2016.

La banque centrale a cependant prédit que l'impact de la chute du cours du pétrole porterait ombrage aux signes de vie économiques plus encourageants observés à l'extérieur du secteur de l'énergie — comme la hausse de la demande étrangère, la reprise des exportations et la croissance du marché de l'emploi.

«Le choc des prix du pétrole survient dans un contexte de croissance solide et plus équilibrée au Canada ces derniers trimestres», a affirmé la banque.

«Si les investissements des entreprises ont affiché certains signes encourageants au troisième trimestre de 2014, les perspectives à court terme semblent beaucoup moins favorables.»

Une «assurance» contre les risques

Selon la banque, la chute des prix du pétrole aura un impact négatif sur les revenus et la richesse, ce qui pourrait réduire la croissance de la demande intérieure. Elle pourrait aussi nuire à la consommation et aux finances publiques.

En abaissant son taux directeur, la banque cherche à atténuer ces impacts et à «offrir une assurance» contre les risques à l'inflation et à la stabilité financière du pays.

Elle prédit que le Canada profitera du raffermissement soutenu de l'économie des États-Unis, un pays qui devrait généralement bénéficier de la baisse des prix du brut.

Les inquiétudes de la banque centrale viennent s'ajouter à celles de plusieurs industries canadiennes, qui tentent de s'ajuster au fait que le prix du baril de pétrole a effacé plus de 55 pour cent depuis le mois de juin dernier.

Le déclin du cours du brut devrait en outre priver les gouvernements fédéral et provinciaux de milliards de dollars.

La semaine dernière, le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, a annoncé que son gouvernement reporterait le dépôt de son prochain budget au moins jusqu'en avril, pour lui laisser le temps d'évaluer l'impact du plongeon du cours du pétrole.

Le ministre Oliver avait averti en novembre que la baisse des prix du brut pourrait imposer une cure de minceur de 2,5 milliards $ par année pour les revenus du gouvernement fédéral entre 2015 et 2019. Mais depuis ce moment, le cours du pétrole a retraité encore davantage, passant d'environ 80 $ US le baril à moins de 50 $ US le baril.

Des experts s'attendent à ce que les comptes du gouvernement fédéral pour 2015-16 flirtent avec un nouveau déficit, même si le gouvernement Harper a souvent assuré qu'il serait en mesure de respecter son engagement d'équilibrer le budget.

Dans une analyse publiée mardi, le Conference Board du Canada a prédit que le plongeon du cours du pétrole réduirait les revenus du gouvernement canadien de 4,3 milliards $ cette année et porterait un coup de près de 10 milliards $ aux provinces en pertes de redevances et de revenus d'impôts.

Prévisions en baisse

Le Rapport sur la politique monétaire de la banque centrale prédit que l'inflation d'ensemble du pays glissera temporairement à un pour cent — bien en deçà de la cible qu'elle privilégie — avant de regagner le cap des deux pour cent dans la deuxième moitié de l'année.

La Banque du Canada a aussi souligné les problèmes persistants du marché du travail du pays, où le chômage à long terme reste près de son «sommet d'après la crise».

Le nombre moyen d'heures travaillées reste faible et la proportion de personnes qui ne réussissent qu'à dénicher des emplois à temps partiel est toujours élevée.

La banque prédit en outre que l'économie canadienne connaîtra une croissance d'environ 1,5 pour cent dans la première moitié de 2015 et que sa marge de capacités excédentaires s’accentuera.

La croissance économique devrait accélérer dans la deuxième moitié de l'année et permettre au produit intérieur brut (PIB) de gagner en moyenne 2,1 pour cent pour 2015 et 2,4 pour cent en 2016.

Les prévisions de la banque s'appuient sur un prix moyen du baril de pétrole de 60 $ US. Mais si le prix du baril de pétrole devait rester plus près de 50 $ US — il s'échangeait mercredi aux environs de 47 $ US —, la croissance du PIB serait plutôt de 1,25 pour cent pour la première moitié de 2015.

Dans son rapport précédent sur la politique monétaire, publié en octobre, la banque centrale misait sur une croissance économique de 2,4 pour cent pour 2015.

Depuis, les prix du brut ont chuté de plus de 40 pour cent. Dans son rapport d'octobre, le gouverneur de la banque, Stephen Poloz, notait déjà que la période prolongée de faibles taux d'intérêt avait propulsé les dépenses des consommateurs et leur endettement et fait grimper les prix des habitations près de sommets historiques.

À l'époque, M. Poloz estimait que l'environnement de faibles taux avait fait en sorte que les ménages canadiens étaient plus exposés aux chocs économiques.

Mercredi, la banque a répété que les ménages canadiens endettés étaient vulnérables.

«L’ampleur exacte de l’incidence de la baisse des prix du pétrole sur le revenu et les dépenses des ménages et, en fin de compte, sur les déséquilibres présents dans ce secteur est très incertaine», peut-on lire dans le rapport, qui mise toujours sur un atterrissage en douceur pour le marché de l'habitation.

La Banque du Canada doit faire sa prochaine annonce sur les taux d'intérêt le 4 mars, tandis que son prochain rapport sur la politique monétaire est attendu le 15 avril.

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