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Yémen: le chef rebelle menace le président s'il n'endosse pas la réforme

20/01/2015 08:56 EST | Actualisé 22/03/2015 05:12 EDT

SANAA, Yémen - Le chef des rebelles chiites du Yémen qui ont bombardé mardi le palais présidentiel menace de faire dégénérer la situation si le président Abed Rabbo Mansour Hadi s'oppose à la réforme politique.

Dans un long discours diffusé par la chaîne télévisée du groupe, Abdel-Malek al-Houthi a affirmé que «toutes les options» étaient possibles et qu'une escalade du conflit n'aurait «pas de plafond», si le président n'accélère pas l'implémentation d'une entente de paix négociée avec l'ONU.

Cet accord garantirait aux rebelles chiites, appelés les houthis, de plus grands pouvoirs et reverrait la composition d'un comité chargé de réécrire la Constitution du pays.

Les houthis ont également menacé le Conseil de sécurité de l'ONU, qui a tenu une réunion d'urgence à huis clos mardi à propos de la crise au Yémen. «Toute mesure que vous prendrez pour forcer ce pays à succomber (...) ne vous sera pas bénéfique», ont affirmé les rebelles.

Les puissants rebelles chiites houthis du Yémen ont bombardé mardi la résidence du président en même temps qu'ils s'emparaient du palais présidentiel dans la capitale, Sanaa.

Un commandant militaire a prévenu qu'un coup d'État était en cours.

Le président Abed Rabbo Mansour Hadi était dans la résidence quand celle-ci a été soumise à des «bombardements intensifs» pendant 30 minutes. Il était toutefois accompagné de ses gardes et n'a pas été blessé, ont dit des responsables.

La ministre de l'Information Nadia al-Sakkaf a indiqué sur Twitter mardi que les bombardements avaient débuté vers 15h, et qu'ils étaient l'oeuvre «de forces armées qui se sont déployées sur des toits» devant la maison.

Au même moment, les rebelles houthis ont envahi le palais présidentiel et pillé l'arsenal sur place, selon le colonel Saleh al-Jamalani, qui commande la force de protection présidentielle.

«Il y a un coup (d'État). Il n'y a pas d'autre façon de décrire ce qui se passe», a-t-il dit à l'Associated Press, avant d'ajouter que les rebelles avaient probablement profité de l'aide de complices à l'intérieur du palais.

Ces violences ont fracassé un trêve fragile qui prévalait depuis lundi soir, dans la foulée de combats qui ont fait neuf morts dans la capitale.

Des négociations s'étaient pourtant déroulées entre le président et les rebelles, plus tôt mardi. Le président Hadi et un représentant houthi s'étaient rencontrés au palais présidentiel, afin de négocier la composition d'une commission de 85 personnes qui tracera une ébauche de la prochaine fédération yéménite.

Des rebelles houthis lourdement armés patrouillaient mardi les rues de la ville, notamment à bord de camionnettes munies de canons antiaériens. Les rebelles ont aussi érigé des postes de contrôle à travers la capitale, en plus de renforcer leur présence autour d'édifices aussi importants que le quartier général des services de renseignements.

Les houthis s'étaient emparés lundi du contrôle de plusieurs médias nationaux, en plus d'affronter des soldats près du palais présidentiel. Les combats ont fait au moins neuf morts et 67 blessés, selon ce qu'a indiqué à l'Associated Press le ministre adjoint de la Santé du Yémen, Nasser Baoum. Les rebelles et les forces gouvernementales s'attribuent mutuellement la responsabilité des violences de lundi.

Les houthis seraient à la solde de l'Iran et pourraient être alliés à l'ancien président yéménite Ali Abdullah Saleh, qui a été chassé du pouvoir en 2012 dans la foulée du printemps arabe.

La chute de M. Hadi plongerait le pays arabe le plus pauvre dans un chaos encore plus profond, en plus de compliquer les efforts pour combattre la filiale d'Al-Qaïda au Yémen. Cette organisation, que Washington considère comme un des groupes terroristes les plus dangereux de la planète, a revendiqué les attentats terroristes de Paris.

De présumés militants d'Al-Qaïda ont d'ailleurs tenté mardi d'assassiner un important commandant militaire dans la province de Hadramawt, dans le sud du pays, tuant cinq de ses gardes du corps.

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