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L'opposition se demande si la mission canadienne en Irak est en train de changer

20/01/2015 02:56 EST | Actualisé 22/03/2015 05:12 EDT

OTTAWA - À la suite des aveux, lundi, de commandants canadiens sur la mission au Moyen-Orient, l'opposition se demande si le Canada n'est pas en train de glisser lentement vers des missions de combat au sol, quoi qu'en dise le gouvernement.

Le commandant des Forces d'opérations spéciales, Michael Rouleau, a précisé lundi que des militaires canadiens qui étaient au sol pour aider les forces irakiennes à planifier une offensive avaient été la cible de coups de feu et avaient «neutralisé» l'ennemi.

Les soldats canadiens ont pour tâche d'entraîner et de conseiller l'armée irakienne dans son combat contre le groupe armé État islamique, mais ils ne participent pas aux offensives. Par contre, des avions canadiens prennent part aux frappes aériennes de la coalition menée par les États-Unis.

Le brigadier-général Rouleau a cependant soutenu que cet incident ne signifiait pas que l'engagement du Canada s'intensifie. «La situation est beaucoup plus nuancée: on ne peut pas dire que, parce qu'il y a un échange de coups de feu, on est soudainement rendus dans une mission de combat», a-t-il expliqué lundi.

Le lieutenant-général Jonathan Vance, commandant des opérations interarmées du Canada, a par ailleurs laissé tomber lundi qu'il ne savait pas à quel moment les forces irakiennes pourraient elles-mêmes décider des frappes aériennes. Selon le brigadier-général Rouleau, ces décisions sont actuellement prises par des Canadiens jusqu'à ce que les Irakiens en soient capables, ce qui permet par ailleurs de s'assurer que les objectifs au sol sont légitimes. Cette assurance, a-t-il dit, rend le processus décisionnel plus rapide et plus sûr non seulement pour les militaires irakiens mais aussi pour les civils.

En visite à Toronto, mardi, le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, a soutenu que ces précisions de l'état-major allaient à l'encontre des déclarations du gouvernement conservateur, qui avait promis que les Forces d'opérations spéciales du Canada ne participeraient pas aux combats aux côtés des Irakiens.

M. Mulcair a rappelé que lors d'une période de questions aux Communes, le 30 septembre dernier, le premier ministre Harper avait répété à plusieurs reprises que «les soldats canadiens n'accompagnent pas les forces irakiennes dans des combats». Lorsque le chef de l'Opposition officielle lui a demandé si des militaires canadiens «mèneraient des missions de combat, ou les coordonneraient pour d'autres», M. Harper avait refusé de discuter publiquement d'opérations militaires.

Cet échange a eu lieu alors que les Forces spéciales canadiennes venaient tout juste d'être déployées dans la région, mais avant que l'état-major de la coalition n'éprouve des difficultés à identifier ses objectifs au sol.

«Le premier ministre n'a pas été honnête avec les Canadiens à ce sujet. Il doit maintenant dire toute la vérité, et vite», a estimé M. Mulcair, mardi.

Le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, a aussi affirmé que Stephen Harper n'avait pas été franc au sujet de la mission canadienne en Irak, et que le gouvernement conservateur n'avait pas respecté les paramètres de mission qu'il avait lui-même fixés.

«M. Harper a parlé du fait que les troupes n'allaient pas faire de combat au sol, et on apprend aujourd'hui que les troupes ont participé aux combats au sol. C'est assez direct que ce n'est pas ce que le premier ministre avait élaboré dans un plan de mission aux Canadiens», a-t-il estimé, mardi, avant la réunion présessionnelle du caucus libéral, à London, en Ontario.

De passage à Montréal, le ministre Denis Lebel a rappelé que les Canadiens sont en Irak pour «supporter les forces armées irakiennes», et qu'«on ne peut pas répondre des actions de l'adversaire, qui viennent, eux, dans des positions plus rapprochées».

«Mais je ne laisserai jamais nos Canadiens se faire tirer dessus sans répondre», a-t-il lancé.

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