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Un déversement d'hydrocarbures tous les 10 jours dans le fleuve

19/01/2015 05:11 EST | Actualisé 19/01/2015 05:16 EST
Radio-Canada

La pollution de 28 000 litres de diesel dans le fleuve, à Longueuil, est la dernière d'une longue liste. Un document fédéral obtenu par Radio-Canada révèle la fréquence des déversements dans le Saint-Laurent et les limites du système d'évaluation des dégâts par les deux paliers de gouvernement.

Un texte de Thomas Gerbet

Le bateau qui a coulé le 26 décembre au port de Trois-Rivières laisse toujours échapper du diesel sous la glace. « Il y a une légère fuite, des hydrocarbures qui sortent du remorqueur. [...] Il s'agit de microfissures », reconnaît le porte-parole de la Garde côtière, Michel Plamondon. Il assure que le bateau sera renfloué dans les prochains jours.

Notre demande d'entrevue auprès d'Urgence-Environnement a été renvoyée au porte-parole de la Garde côtière, sous la responsabilité de Pêches et Océans Canada. Aucun des ministères agissant sur le dossier n'est en mesure d'évaluer quelle quantité de diesel s'est déversée sur les 22 000 litres que contenait le navire.

« 10 000 litres d'hydrocarbures purs ont été récupérés », explique M. Plamondon, avant d'ajouter qu'il est « impossible de savoir combien il y en a eu à l'extérieur des estacades. On sait qu'il y en a eu [...], mais on n'a constaté aucune trace d'hydrocarbures sur les berges. »

Dans un document baptisé « Liste des cas de pollution », Transports Canada recense tous les déversements causés uniquement par des navires dans le Saint-Laurent entre février 2002 et novembre 2012. Résultat : 334. Et c'est sans compter les déversements d'autres origines, comme celui de Longueuil.

Nous avons géolocalisé ces déversements sur une carte.

La plupart du temps, c'est du diesel qui s'échappe des bateaux, mais dans la liste de Transports Canada, on retrouve aussi du mazout, de l'huile lourde ou encore de l'huile lubrifiante.

La moitié des déversements de bateaux représentent moins de 10 litres. Un quart sont de 10 000 à 50 000 litres et le dernier quart est de « quantité inconnue ».

Les déversements proviennent à 65% de navires commerciaux, à 23% de bateaux de plaisance ou de croisières et à 12% de bateaux de pêche Photo : Thomas Gerbet

Une pollution mal évaluée

« La déclaration de la quantité déversée appartient essentiellement au pollueur, au responsable de l'accident, donc il n'a pas vraiment intérêt à en mettre plus que ce qu'il y a », explique Émilien Pelletier, professeur spécialisé en chimie et écotoxicologie à l'Institut des sciences de la mer de Rimouski.

Par ailleurs, certains responsables tardent à aviser les autorités. Par exemple, mercredi, la Ville de Longueuil a prévenu Urgence-Environnement plus de quatre heures après la constatation du déversement par un employé municipal. Tout retard laisse le temps à la nappe de s'étendre et rend beaucoup plus difficile l'évaluation.

« Il y a plus de prévention qui devrait se faire parce que là, ça commence à faire beaucoup » — Émilien Pelletier, professeur spécialisé en chimie et écotoxicologie à l'Institut des sciences de la mer de Rimouski

À Longueuil seulement, Urgence-Environnement recense quatre déversements dans le fleuve ces six derniers mois. Pour deux d'entre eux, la quantité de diesel n'a pas pu être déterminée. En revanche, le 24 août 2014, 700 litres d'essence pour avion ont coulé dans le Saint-Laurent.

« La plupart du temps, la nature va s'occuper de la biodégradation du pétrole. Sauf que si ça devient de plus en plus fréquent dans un lieu donné, dans un port par exemple, on va finir par avoir un effet mesurable sur les espèces », craint Émilien Pelletier. Près du tiers des déversements de bateau au Québec surviennent dans la région de Montréal, surtout dans le secteur du port.

Le fleuve, en chiffres :

  • 43 % des Québécois y tirent leur eau potable
  • 20 % des réserves mondiales d'eau douce
  • 500 sites naturels protégés

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