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Pas de budget fédéral avant avril, dit le ministre des Finances Joe Oliver

15/01/2015 02:09 EST | Actualisé 17/03/2015 05:12 EDT

CALGARY - Le ministre des Finances du Canada affirme qu'il va reporter le dépôt du budget au moins jusqu'en avril en raison de l'incertitude économique causée par la baisse du prix du pétrole.

Dans un discours livré devant la Chambre de commerce de Calgary, jeudi, Joe Oliver a indiqué que le gouvernement avait besoin d'avoir en main toute l'information qu'il peut obtenir avant de finaliser son plan fiscal pour la prochaine année.

«Étant donné l'instabilité actuelle des marchés, je ne présenterai pas notre budget avant avril, a dit le ministre. Nous avons besoin de toute l'information que l'on peut obtenir avant de finaliser nos décisions.»

Le budget fédéral est généralement dévoilé en février ou en mars, mais le moment choisi a varié grandement sous les conservateurs, alors qu'il a été présenté aussi tôt que le 27 janvier, en 2009, et aussi tardivement que le 2 mai, en 2006.

Le cours du pétrole brut a retraité jeudi de 2,23 $ US à 46,25 $ US le baril à la Bourse des matières premières de New York, soit moins de la moitié du sommet d'il y a six mois.

M. Oliver a fait valoir que les impacts de la faiblesse des prix du pétrole étaient mitigés.

Sur une bonne note, les automobilistes paient moins à la pompe et les fabricants profitent du huard plus faible et des coûts réduits de l'énergie.

Le côté sombre de la chute de l'or noir est que les entreprises pétrolières sentent le besoin de faire des compressions, comme ce fut le cas plus tôt cette semaine avec Suncor (TSX:SU). La plus importante entreprise énergétique du pays a annoncé qu'elle réduirait ses effectifs de 1000 employés et qu'elle diminuerait de 1 milliard $ ses dépenses en immobilisations.

Les investissements moindres dans le secteur pétrolier signifient aussi une baisse des impôts recueillis par les provinces et le fédéral.

«Cette nouvelle réalité présente un défi considérable, quoique pas totalement inédit. Il s'agit du troisième plus important déclin des prix dans les quatre dernières décennies, surpassé seulement par l'effondrement de l'OPEP en 1988 et par le déclin marqué et la reprise rapide durant la Grande Récession», a exposé le ministre.

M. Oliver a adopté un ton positif, malgré l'absence de consensus à savoir quand et à quel niveau le pétrole atteindra finalement un plancher.

«Toute personne bien renseignée à qui j'ai parlé estime, et c'est ce que l'histoire nous dit, que les prix monteront éventuellement bien au-delà des niveaux actuels. La solution aux bas prix réside dans les bas prix. Ils réduisent la production des joueurs avec des coûts élevés et ainsi restreignent l'approvisionnement. Et ils stimulent la croissance économique et ainsi propulsent éventuellement la demande mondiale», a dit le ministre.

Un ancien haut responsable du ministère des Finances a dit ne pas blâmer M. Oliver de vouloir gagner le plus de temps possible pour évaluer l'impact du pétrole en recul sur les finances publiques.

«Si j'étais encore en poste, je souhaiterais le plus de temps possible, en espérant que la situation économique se stabiliserait quelque peu, a fait valoir Peter DeVries, qui a aidé à constituer environ 20 budgets entre 1985 et 2005. En ce moment, l'environnement est très volatil.»

Sur le plan politique, M. DeVries affirme que M. Oliver risquerait d'être critiqué de toutes parts s'il présentait, par exemple, un budget fondé sur une projection d'un prix moyen du pétrole à 70 $ US le baril, alors que le brut est dans les environs de 45 $ US le baril.

«Le budget pourrait être attaqué sérieusement et manquer totalement de crédibilité», a-t-il fait valoir.

Jeudi, le porte-parole néo-démocrate en matière de finances, Nathan Cullen, a estimé qu'il devenait évident que le plan des conservateurs pour l'économie canadienne avait «échoué» et qu'ils «appuyaient sur le bouton "panique"» en croyant que la situation «serait considérablement différente dans trois mois».

Le porte-parole libéral en matière de finances, Scott Brison, a accusé le gouvernement de «pelleter le problème» en avant. «C'est durant ces temps d'incertitude que nous avons besoin d'un gouvernement qui offre véritablement un plan, alors que nous allons plutôt entrer dans la prochaine année financière sans plan», a déclaré M. Brison.

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