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Le détaillant Target n'a que lui-même à blâmer pour son échec au Canada

15/01/2015 06:57 EST | Actualisé 17/03/2015 05:12 EDT

MONTRÉAL - L'entreprise américaine Target n'a qu'elle-même à blâmer pour l'échec lamentable de son aventure canadienne, selon des spécialistes interrogés par la Presse Canadienne.

Le géant du détail a annoncé jeudi qu'il fermera ses 133 magasins à rayons au Canada, qui emploient quelque 17 600 travailleurs, et ce, à peine deux ans après l'ouverture de ses premières succursales au pays.

«Ç'a été une aventure mal foutue, mal gérée du début jusqu'à la fin», affirme le professeur Louis Hébert de l'école des Hautes Études commerciales (HEC).

Selon lui, Target ne peut même pas blâmer le contexte difficile du commerce de détail pour expliquer ses difficultés.

«C'est entièrement la faute de Target. Target a mal évalué le marché canadien. Ils ont sous-estimé la riposte concurrentielle. Ils ont sous-estimé le comportement des consommateurs et ils sont arrivés avec l'idée de faire de l'argent au bout de quelques années alors qu'avant de s'établir dans un marché aussi large et diversifié que le nôtre, ça prend plusieurs années», tranche-t-il sans appel.

Selon le président du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), Léopold Turgeon, les erreurs ont commencé avant même l'ouverture des premiers magasins.

«Ils ont annoncé leur arrivée très longtemps d'avance, les compétiteurs avaient eu le temps de se préparer et ils les attendaient de pied ferme quand ils sont arrivés», dit-il.

Puis, l'ouverture a été complètement ratée, ajoute M. Turgeon.

«Le consommateur n'y a pas trouvé ce qu'il croyait y trouver. L'inventaire n'y était pas. Ils ont donné une mauvaise première impression et ça leur a fait vraiment mal», souligne-t-il.

À son avis, les tablettes vides étaient d'autant plus étonnantes que Target était reconnu comme un spécialiste de la gestion des inventaires.

Il ajoute que Target a également erré en ne se positionnant pas sur le commerce en ligne, devenu pourtant incontournable.

Pour Louis Hébert, il est clair que quelqu'un paiera la note. «Une direction d'entreprise ne fait pas une telle erreur, d'entrer et de sortir aussi rapidement dans un marché, sans qu'il y ait des têtes qui roulent», dit-il.

Mais il n'y a pas que des gestionnaires qui écoperont, souligne Léopold Turgeon: les centres commerciaux qui abritaient des magasins Target doivent se préparer à souffrir.

«Le centre commercial perd le pouvoir d'attraction du Target et il perd des revenus de location. Ce sont les deux gros morceaux pour un centre commercial. C'est donc un impact majeur pour ces centres commerciaux et, par ricochet, pour tous les autres commerces qui s'y trouvent, évidemment», souligne-t-il.

La compagnie a déposé jeudi matin une demande de protection en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies auprès de la Cour supérieure de justice de l'Ontario, à Toronto.

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