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L'action de Bombardier plonge avec la révision à la baisse de perspectives

15/01/2015 07:46 EST | Actualisé 17/03/2015 05:12 EDT

MONTRÉAL - L'action de Bombardier a plongé de plus de 25 pour cent jeudi après que la société eut révisé à la baisse les perspectives de sa division aéronautique, en annonçant la suspension du développement de son programme de jet d'affaires Learjet 85, ce qui éliminera 1000 emplois aux États-Unis et au Mexique.

Le titre de l'entreprise montréalaise a échappé 1,07 $, soit 25,85 pour cent, pour clôturer à un creux de deux ans et demi, soit 3,07 $, à la Bourse de Toronto. Environ 65 millions d'actions ont changé de main, ce qui représente un très lourd volume.

Le constructeur d'avions et de matériel ferroviaire a annoncé avant l'ouverture des marchés qu'il faisait «une pause» dans son programme Learjet 85, mais qu'il continuait à vendre d'autres modèles et se concentrait sur deux autres programmes — celui du jet d'affaires Global 7000/8000 et celui de l'avion de passagers pour lignes commerciales CSeries, qui accuse du retard.

Environ 600 employés qui travaillaient sur le Learjet 85 seront transférés dans les projets Global et CSeries, a précisé l'entreprise.

Selon le président et chef de la direction de Bombardier, Pierre Beaudoin, de faibles ventes et de mauvaises perspectives d'amélioration pour le marché des jets d'affaires de taille moyenne expliquent la décision sur le programme Learjet 85, et non de nouveaux problèmes techniques sur l'avion, dont le vol inaugural avait été reporté jusqu'en avril dernier.

«C'est un marché qui n'a jamais repris depuis 2008 et nous croyons que la bonne décision pour l'entreprise, en ce moment, est de prendre une pause», a-t-il affirmé lors d'une conférence téléphonique.

Bombardier (TSX:BBD.B) va réduire la valeur de son programme Learjet 85, ce qui entraînera une charge avant impôts d'environ 1,4 milliard $ US à ses résultats du quatrième trimestre, ainsi que des frais spéciaux de 25 millions $ US au premier trimestre de 2015.

Entre-temps, Bombardier a aussi réduit ses prévisions de marges pour 2015 et a précisé que les flux de trésorerie de sa division aéronautique chuteraient à 800 millions $ US, comparativement à ses estimations précédentes, qui misaient plutôt sur des flux de trésorerie d'entre 1,2 milliard $ US et 1,6 milliard $ US.

M. Beaudoin a insisté pour dire que la société avait toujours accès à des liquidités de 3,8 milliards $ US, incluant 2,4 milliards $ US en espèces, ce qui était suffisant pour financer ses programmes de développement.

Mais au moins un analyste a noté que cette position financière, la plus faible en plusieurs années, soulevait la possibilité que Bombardier puisse devoir émettre de nouvelles actions pour améliorer son coussin financier — un geste qui aurait des conséquences négatives pour ses actionnaires actuels.

Selon David Tyerman, de Canaccord Genuity, la crédibilité de l'équipe de direction de Bombardier risque d'être mise à mal avec l'annonce de jeudi.

«Nous sentons déjà que les investisseurs ont une mauvaise opinion de la direction et cela va probablement empirer la situation, a noté M. Tyerman. Cela va aussi probablement diminuer la confiance des investisseurs et des analystes envers les perspectives émises par la direction. Nous considérons qu'il s'agit d'un problème majeur avec des implications négatives potentielles pour l'évaluation de la société.»

Selon l'analyste en aéronautique Richard Aboulafia, du Teal Group, la décision de tabletter le Learjet 85 est vraiment révélatrice du besoin d'argent pour compléter le programme CSeries, dont les coûts ont augmenté à environ 4,5 milliards $ US.

M. Beaudoin a cependant nié que la pause annoncée signale que Bombardier soit en péril.

«Nous avons une gamme de produits pour lesquels nous sommes les leaders mondiaux dans les avions d'affaires, les avions régionaux et les activités ferroviaires, a-t-il affirmé. De toute évidence, la décision d'aujourd'hui est difficile mais elle est nécessaire en ce qui a trait à la taille du marché pour le Learjet 85.»

Bombardier avait déjà éliminé l'an dernier 2900 postes à travers le monde, soit 2000 emplois administratifs non syndiqués chez Bombardier Aéronautique et 900 autres chez Bombardier Transport. Elle avait aussi mis à pied plus de 200 travailleurs en juin dernier en raison des délais dans le programme de tests du Learjet 85.

En outre, plusieurs hauts dirigeants, dont l'ex-président du secteur aéronautique Guy Hachey, ont quitté la société après qu'un problème de moteur eut cloué au sol les appareils de test de la CSeries pendant plusieurs mois.

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