NOUVELLES

Drainville propose une nouvelle charte de la laïcité et invoque l'urgence d'agir

15/01/2015 11:34 EST | Actualisé 17/03/2015 05:12 EDT

QUÉBEC - Le Québec ne peut plus attendre et doit adopter prestement une charte de la laïcité pour faire barrage aux radicaux, pense le député péquiste Bernard Drainville.

«Je suis animé d'un sentiment d'urgence parce que je pense qu'il ne faut pas attendre la prochaine crise pour agir», a affirmé le candidat à la direction du Parti québécois en conférence de presse jeudi à Québec.

Le député de Marie-Victorin estime que le débat sur la laïcité a assez duré et que tergiverser plus longtemps sur cette question serait céder le pas devant les intégristes religieux.

«Est-ce qu'on va laisser les extrémistes, qui commettent des crimes, qui tuent des gens, dicter les choix démocratiques que nous devons faire dans une société démocratique? La réponse est non, a déclaré M. Drainville. Je ne leur donnerai pas un pouce, je trouve que repousser à plus tard c'est d'une certaine façon céder aux extrémistes, c'est comme leur donner raison.»

Le «père» de la défunte charte des valeurs refuse d'abandonner la partie malgré la défaite de son parti aux élections d'avril 2014. Il a concocté un nouveau projet de charte, expurgé de certains de ses irritants comme le congédiement d'employés de l'État refusant de se départir de leurs symboles religieux au travail.

Ainsi, la charte 2.0 proposée par le député de Marie-Victorin comporte une clause «grand-père» pour les employés actuels et ne s'appliquerait qu'aux futurs salariés embauchés après l'adoption de la loi.

Aux yeux de l'élu souverainiste, cet assouplissement rassurera bon nombre de Québécois qui s'étaient opposés au projet original.

«C'est là la leçon que je tire: ceux et celles qui s'opposaient à la charte de la laïcité, la première raison c'était à cause de cette possibilité qu'il y ait des congédiements parce qu'on interdisait le port des signes religieux, a dit M. Drainville. Je vous ai entendus, je comprends que vous ne voulez pas que quiconque perde sa job.»

L'interdit serait étendu aux juges, policiers, gardiens de prison de même qu'à tous les employés des ministères et organismes, des hôpitaux, des écoles primaires et secondaires et des Centres de la petite enfance.

Les cégeps, les universités et les municipalités seraient exemptés de l'application de la charte.

Outre des balises pour les accommodements religieux, M. Drainville propose la création d'un observatoire de recherche-action pour lutter contre l'intégrisme et les crimes d'honneur. Il suggère également la mise en place d'une ligne 1-800 pour rapporter les crimes perpétrés au nom de l'honneur (mariages forcés, suicides forcés, tests de virginité, exactions commises par des membres de la famille, etc).

Le député s'est défendu de profiter de l'émoi causé par le récent attentat perpétré à Paris pour mousser son projet de charte. Il n'en demeure pas moins qu'il juge nécessaire d'adopter rapidement une charte «pour ne pas donner raison aux extrémistes».

«Le temps est venu d'avancer sur cette question, il ne faut pas se laisser décourager ou avoir peur d'agir sur la laïcité, sur l'égalité homme-femme, sur les accommodements religieux parce qu'il y a des attentats terroristes. Il ne faut pas céder devant l'intégrisme, devant les extrémistes», a-t-il soulevé.

Même s'il se dit animé d'un sentiment d'urgence, le député est conscient qu'il y a bien peu de chances que le gouvernement libéral retienne ses propositions. Sa nouvelle charte ne verra le jour que s'il est élu à la tête du PQ et qu'il prend le pouvoir, au plus tôt en 2018.

«Ce que je vous propose aujourd'hui, je doute fort que les libéraux le mette en place. Ça va prendre un gouvernement du Parti québécois pour le faire, alors on est loin, loin en avant», a-t-il reconnu.

D'ici là, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, n'entend pas mettre le pied sur l'accélérateur. Elle promet l'adoption de mesures dans les prochains mois, mais refuse de précipiter les choses au moment où l'émotion est encore vive après l'attentat de Paris.

«Il y a un certain nombre de gestes et de mesures qu'on va poser mais il ne faut pas le faire en panique, il faut prendre le temps de bien le faire et il faut aussi éviter d'utiliser certains événements extrêmement malheureux qui se sont produits à l'étranger pour tenter de créer un sentiment d'urgence ici», a-t-elle dit.

PLUS:pc