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Comment les sites de rencontres ont tué l'amour

13/01/2015 10:34 EST | Actualisé 13/01/2015 10:34 EST
AndreyPopov via Getty Images

Avez-vous exploré dernièrement le monde des rencontres en ligne? Oubliez Match.com et les années 2000 – nous en sommes à des années lumières!

Depuis, une véritable légion de sites spécialisés ont vu jour. Grindr (pour les homosexuels), Tinder (pour les usagers iPhone et Android), plusieurs sites où l’on peut tromper discrètement notre conjoint et où l’on peut se magasiner un « Sugar Daddy » ou une « Sugar Mama » et j’en passe. Bref, l’offre est généreuse, et chacun peut trouver exactement ce qu’il recherche et ce qui convient à ses besoins spécifiques.

De l’eau a coulé sous les ponts depuis la fondation de Match.com, en 1993, le premier grand site de rencontres en ligne. Les cellulaires sont maintenant intelligents et font partie intrinsèque de la totalité de nos communications. Adieu, pagers. Bonjour, smartphones qui permettent d’envoyer des photos, vidéos, de bavarder en temps réel, comme « si nous étions face à face, en personne ».

De plus en plus de gens vivent seuls, sont célibataires, ont une carrière exigeante. À défaut de concilier parfaitement vie personnelle et professionnelle, de plus en plus d’individus considèrent que d’avoir un profile en ligne est un bon investissement. En effet, c’est l’équivalent d’être disponible 24/24, mis en évidence sous un angle avantageux dans un lieu où une tonne de candidats potentiels auront accès à notre fiche. Bref, un très bon retour sur investissement, comparé à, disons, un travailleur autonome qui doit absolument quitter son domicile pour faire de nouvelles rencontres. Votre profil, en ligne, est disponible en tout temps et suscite un intérêt constant. Et c’est exactement là où les embûches débutent.

Tout d’abord, les interactions initiales. Si certains individus démontrent ouvertement leur intérêt, bon nombre d’entre eux n’osent se commettre. Dans une multitude de cas, être ajouté aux favoris de « LaVitaestBella » est le seul contact dont vous jouirez. Pourquoi? Les explications sont nombreuses. Après avoir scruté à la loupe plusieurs profils sur une échelle de quelques mois, les experts entrevoient quelques hypothèses. La plus importante : la vie (lire : notre société) est maintenant un « buffet » de possibilités.

Informations, produits, tendre moitié : tout, tout, tout est à notre entière disposition, en tout temps. Pas besoin de s’exiler sur une ferme de capucines pour passer le reste de notre vie avec l’heureux élu quoi que…. Je suis persuadée que cela prolongerait la durée de vie de toute union!

Idée pas si saugrenue, à en croire les chercheurs Liefbroer & Dourleijn : ceux-ci ont établi que le taux de divorce en milieu rural est nettement plus bas qu’en milieu urbain.

Les rencontrent virtuelles permettent donc d’avoir accès à une mer de gens, bien au-delà de notre code postal.

Résultat : beaucoup des candidats entretiennent simultanément plusieurs conversations superficielles, afin de voir si la chimie virtuelle est au rendez-vous. Après tout, après avoir passé deux semaines à discuter de tout et de rien, à défaut de proposer un rendez-vous, pourquoi ne pas attendre un peu, et tenter différentes approches envers d’autres candidats? Au fond, il doit bien y avoir mieux ailleurs, non?

Je fais partie de cette génération.Nous comparons. Tout. Même les gens. Ainsi donc, pour plusieurs, les rencontres en ligne ne vont nulle part. Et quelques mois plus tard, les mêmes profils sont toujours affichés. Comme quoi ils ne trouvent pas, ou espèrent toujours trouver mieux, ou refusent de se commettre à une relation en bonne et due forme. Fait confirmé par l’Université du Michigan qui s’est tout récemment penché sur le sujet : « Les rencontres en ligne mènent à moins de relations de couple durables que le monde réel par rapport au monde virtuel », peut-on lire dans leur analyse publiée en octobre dernier. Comme quoi les applications virtuelles sont géniales pour faire de nouvelles rencontres, mais que si vous désirez vous marier, les statistiques jouent contre vous…

L’amore à l’heure de la génération Émoji, c’est des preuves d’amour technologiques concrètes. Vous êtes malade? Attendez-vous à recevoir une multitude de câlins par emoji sur votre cellulaire. Votre conquête est tombée sous le charme? Son texto ultra matinal vous souhaitant « une bonne journée!!!!!» se chargera de vous transmettre le message évidemment explicite.

Le problème des sites de rencontres, des applications Tinder et Grindr etc., en fait de notre société en général, c’est que nous sommes TOUS archi sollicités, et ce, du matin jusqu’à ce que vous textiez «Bonne Nuit » à votre chéri(e), le soir. En « existant » sur la toile, nous nous rendons disponibles, accessibles, et ce, en tout temps. Vous souhaitez rester célibataire ou êtes un concubin heureux? Qu’à cela ne tienne, car même vos commentaires sur Facebook/Twitter vous attirent des demandes d’amis, suscitent l’intérêt. En un mot, rencontrer des gens en ligne fait partie de notre quotidien.

Justement, Tinder vient de publier des statistiques quant à sa clientèle : un usager type se connecte à l’application en moyenne onze fois par jour, et passe entre sept et huit minutes à scruter différents profils lors de chaque session. Au fait, Tinder compte… 50 millions de membres actifs.

Il va sans dire qu’obtenir un échange vrai, de qualité et non superficiel, lui, relève fort souvent du défi. C’est que le charisme, une posture, un sourire qui part du coin des lèvres pour ensuite illuminer tout le visage, des yeux qui scintillent ne se communiquent pas de façon virtuelle.

Alors, à quand des rapports moins futiles? Je ne l’entrevois pas de sitôt. Je dirais même qu’à l’ère 2.0, la virtualité des relations humaines est en train de véritablement révolutionner nos valeurs, rapports et comportements socioculturels.

Si vous avez de la veine, vous rencontrerez quelqu’un en ligne. Et vous reverrez cette personne. À quelques reprises, sur une base régulière. Souvent, il n’y aura pas de discussion sur l’exclusivité de la relation. Un psychologue à l’Université du Michigan, Terri Conley, déclarait au magazine Ozy dans l’article «The Rise of Polyamory" que le polyamour est plus populaire que jamais. Les règles sont floues sinon inexistantes. Je connais au moins 15 personnes dans mon entourage qui fréquentent ou ont fréquenté quelqu’un sans que l’un des deux ait abordé la relation elle-même. Et c’est beaucoup plus simple ainsi.

La génération Émoji, hyper sollicitée, à tendance à dévoiler ses sentiments par messages textes, et met fin à une relation … en ignorant du jour au lendemain (l’ex) être cher. Et ce, souvent sans aucune explication.

Comme si la relation n’avait aucune valeur ou était jetable. Après tout, il y a tant de possibilités qui s’offrent à nous, pourquoi devrait-ce être compliqué?

Ainsi donc, c’est le retour à la case départ! Ce qui ne fait qu’amplifier le problème et rendre les gens en général, de plus en plus blasés émotivement.

Je le dis haut et fort : être blasé émotivement sera fort probablement, le mal du siècle.

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