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Charlie Hebdo: comment aborder la tragédie avec les enfants?

13/01/2015 11:31 EST | Actualisé 13/01/2015 11:31 EST
ASSOCIATED PRESS
Candles, flowers, pens and placards reading I am Charlie, left by people to show solidarity with those killed in an attack at the Paris offices of weekly newspaper Charlie Hebdo, in Bayonne, southwestern France, Thursday, Jan. 8, 2015. Masked gunmen stormed the Paris offices of a weekly newspaper Charlie Hebdo that caricatured the Prophet Muhammad, killing at least 12 people, including the editor, before escaping in a car. It was France's deadliest postwar terrorist attack. (AP Photo/Bob Edme)

Un homme exécuté froidement par un autre, une horde de policiers en faction devant une bâtisse, des otages sous le choc évacués par les forces de l’ordre. Les images de ces derniers jours engendre une inquiétude sur l’impact de toutes ces illustrations sur les enfants. La tragédie de Charlie Hebdo a été suivie par des milliers de personnes, en France et dans le monde, elle est à ce jour l’un des sujets les plus abordés et débattus dans les écoles. Par conséquent en parler avec les enfants est important : le choix des mots, le moment propice, les personnes qualifiés pour en parler avec l’enfant représentent les différents facteurs à prendre en compte.

Pour le docteur E. Lila Amirali, psychiatre pour les enfants et les adolescents, la manière d’évoquer ce type de sujet dépend du développement mental propre à chaque enfant. «Quand on en parle avec des jeunes adultes ou des enfants, c’est tellement différent. Des enfants de moins de quatre ou cinq ans qui pourraient être exposés à ces images ne sont pas capables de sortir du concret à l’abstrait ni même de comprendre la notion de mort», explique la psychiatre membre de l’Académie canadienne de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent.

Pour les plus petits, le rôle principal des parents est d’être capable d’interpréter la réaction des enfants et ainsi de contenir leur anxiété puis de maintenir l’effet de sécurité au sein du foyer. En revanche, pour les enfants âgés de sept ans et plus la situation diffère. «Les enfants ont la capacité d’imaginer des scénarios différents par rapport à ce qu’il s’est passé, alors on peut, selon leur capacité, commencé à entrer dans un dialogue en se basant sur ce que signifie la mort pour le jeune», souligne Dre Amirali. Avec les adolescents le discours est totalement différent, avec eux on peut aller beaucoup plus loin et parler de ce qu’il se passe dans la société et ainsi «explorer les aspects théoriques» de la violence.

L'importance des mots

Choisir les mots pour engager ce type de conversation est assez délicat, mais cette étape est très importante. Dans certains cas le jeu et les dessins sont une meilleure façon de faire parler les plus petits. «Les mots ne sont pas forcément significatifs pour des enfants de quatre ou cinq ans», explique Dre Amirali. «Ils ne sont pas capables de transmettre leur expérience au niveau verbal», ajoute-t-elle.

Dans certains cas, il faut parfois examiner le vécu personnel de chaque enfant «un enfant qui a eu une expérience tragique avec la mort d’une personne proche pourrait être plus choqué par ces images qui sont comme un déclencheur» précise Dre Amirali. De leur côté, les adolescents sont plus dépendants sur le plan intellectuel. «Ils doivent et peuvent utiliser leur propre mot pour faire leur interprétation», conseille la psychiatre.

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Parents ou professionnels, qui sont les plus aptes au dialogue?

Ici encore, cela dépendra de l’âge. «Pour les plus petits, le confort des parents est la première étape», soutient Dre Amirali. Pour les plus âgés, «les parents ont sûrement le premier rôle, mais si quelqu’un est perturbé selon son expérience et son niveau d’exposition, c’est important de s’adresser à un professionnel», explique la spécialiste. Le rôle des parents est primordial face à ce type d’évènement, leur démarche peut avoir une influence sur la psychologie de leur enfant ou leur adolescent.

Doit-on limiter l’accès à internet ou à la télévision? Pour les enfants de moins de cinq ans, les parents auront tout intérêt «à limiter l’exposition de cette violence» alors que jusqu’à douze ans «il faut les accompagner», conseille Dre Amirali. Pour les adolescents qui sont coutumiers d’internet et de la télévision, «on va aller avec leur capacité et leur question (…), mais encore là, c’est la communauté et la famille qui va aider l’adolescent à se remettre de ces évènements tragiques», souligne E. Lila Amirali, qui attire l’attention sur l’idée de rassemblement et d’union afin d’atténuer les inquiétudes des enfants et des adolescents durant ces périodes tragiques.

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