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22/12/2014 08:08 EST | Actualisé 21/02/2015 05:12 EST

Tunisie: les médias annoncent la victoire de Beji Caid Essebsi (VIDÉO)

TUNIS, Tunisie - Un vétéran de la politique âgé de 88 ans a été élu président de la Tunisie, quatre ans après le soulèvement populaire ayant mené au renversement du régime autoritaire de Zine El Abidine Ben Ali, en 2011, et donné le coup d'envoi du Printemps arabe dans la région.

Les résultats du deuxième tour de la présidentielle illustrent la volonté des Tunisiens de revenir à la stabilité. Après quatre années difficiles de transition vers la démocratie, de violences et de crise économique, la «révolution des jeunes» s'est tournée vers un symbole des anciens régimes.

Béji Caïd Essebsi a remporté 55,68 pour cent des voix, selon les résultats officiels diffusés lundi par la commission électorale tunisienne. Il avait fait campagne sur le rétablissement du «prestige de l'État» en évoquant l'héritage du «père fondateur» de la Tunisie moderne, Habib Bourguiba.

M. Essebsi a été président du Parlement sous Ben Ali et ministre de l'Intérieur et des Affaires étrangères sous Bourguiba.

Il a défait Moncef Marzouki, militant des droits de la personne et président intérimaire après la révolution, qui a obtenu 44,32 pour cent des votes. Les sondages menés à la sortie des urnes prédisaient des résultats semblables après la fermeture des bureaux de scrutin, dimanche soir.

Contrairement aux autres pays de la région ayant vécu des soulèvements prodémocratiques en 2011, la transition en Tunisie est restée sur les rails, mais a souffert de l'instabilité dans les pays voisins. Alors que les problèmes économiques s'accumulaient et que des extrémistes islamistes ont commencé à assassiner des politiciens respectés en 2013, le parti islamiste modéré Ennahda, qui avait remporté les premières élections après la révolution, a progressivement perdu des appuis, tout comme le président intérimaire, M. Marzouki.

«C'est l'échec de M. Marzouki qui a permis à M. Essebsi de se présenter comme un homme d'État qui aiderait les Tunisiens à surmonter ces défis majeurs», a commenté Kamel Labidi, ancien journaliste et défenseur de la liberté d'expression, pour expliquer la popularité de ce vieux routier de la politique et de son parti, Nidaa Tounès («Appel de la Tunisie»).

M. Labidi a toutefois souligné que plusieurs membres du parti — une coalition de responsables des anciens régimes, d'hommes d'affaires et de leaders syndicaux — n'ont pas une réputation de défenseurs des droits de la personne et que M. Essebsi lui-même n'a jamais dénoncé le style autoritaire des présidents Bourguiba et Ben Ali.

Le parti Nidaa Tounès avait déjà remporté les élections parlementaires d'octobre. Certains observateurs craignent que la domination de M. Essebsi et de son parti sur les branches exécutive et législative du gouvernement mène à un retour de l'autoritarisme en Tunisie.

L'économiste Ezzedine Saidane estime que c'est une bonne chose au regard des défis économiques titanesques auxquels le pays est confronté, notamment une forte inflation, un taux de chômage élevé et une lourde dette publique, avec des investissements étrangers anémiques et un secteur bancaire faible.

«Que les deux exécutifs (le président et le premier ministre) travaillent ensemble de façon harmonieuse sera extrêmement important pour une transition réussie vers des institutions stables et une démocratie en santé», a-t-il estimé.

La réconciliation avec ses rivaux devrait être l'une des priorités de M. Essebsi. Après avoir revendiqué la victoire dimanche soir, il a tendu la main aux partisans de M. Marzouki et les a appelés à travailler avec lui pour reconstruire le pays.

M. Marzouki était soutenu par les islamistes, mais aussi par une grande partie des citoyens du sud du pays, historiquement plus pauvre.

Le deuxième tour de la présidentielle s'est déroulé de manière libre et transparente, avec un taux de participation de 60 pour cent, soit moins que lors du premier tour et des élections législatives d'octobre. La participation des jeunes au second tour a également été plus faible qu'au premier.

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