POLITIQUE
18/12/2014 06:37 EST | Actualisé 18/12/2014 06:38 EST

Procréation assistée: Isabelle Gaston prend le relais de Julie Snyder

Radio-Canada

L'animatrice Julie Snyder a choisi de se retirer et de laisser sa place à d'autres femmes dans la lutte pour l'accès à la procréation assistée au Québec. Isabelle Gaston a répondu à l'appel : comme femme, médecin et patiente, elle s'inquiète de certaines dispositions du projet de loi 20 du ministre de la Santé Gaétan Barrette.

Dans une entrevue exclusive accordée à Anne-Marie Dussault dans le cadre de l'émission 24|60, Isabelle Gaston, qui est elle-même en processus de fertilité, a notamment dénoncé l'intention du gouvernement d'interdire la fécondation in vitro aux femmes de plus de 42 ans.

Le projet de loi 20 prévoit en effet qu' « aucune activité de fécondation in vitro ne peut être exercée chez une femme âgée de moins de 18 ans ou de plus de 42 ans ». De plus, il stipule qu'il est interdit pour un médecin de diriger une personne vers une clinique de procréation assistée située hors du Québec.

« Que le gouvernement décide de ne pas investir en fertilité, c'est une décision politique, on n'a pas le choix de se plier à ça », a dit Isabelle Gaston. Elle affirme toutefois que ce n'est pas nécessairement une décision qu'elle respecte, soulignant qu'une étude américaine montre que les investissements gouvernementaux en procréation assistée sont payants pour la société à long terme.

« Mais pourquoi empêcher les femmes de 42 ans, comme moi, qui sont en pleine forme, qui ont, soit dit en passant, une fertilité meilleure que certaines autres qui ont moins de 42 ans, de pouvoir recourir, si elles paient de leur poche, aux services qui sont disponibles dans notre province? » s'interroge Isabelle Gaston.

Elle dénonce également la situation en tant que médecin. « Moi, si je respecte ça et que j'empêche mes patients d'aller ailleurs, que je ne leur dis pas que cela existe, j'enfreins mon code de déontologie qui m'oblige à dire aux patients toutes les possibilités pour prendre une décision dans ses soins, et j'enfreins aussi le Code civil qui dit que je dois lui permettre de prendre une décision éclairée », expose-t-elle.

« Je vois l'infertilité comme une maladie, et non comme un acte de Dieu. » — Isabelle Gaston

Prendre le relais

En matinée mercredi, au cours d'une entrevue à l'émission Médium large, c'est avec grande émotion que l'animatrice Julie Snyder a dit qu'elle souhaitait passer le flambeau à d'autres, après s'être investie durant plusieurs années pour l'accès de la classe moyenne à la procréation assistée.

Isabelle Gaston a expliqué pourquoi elle avait accepté de prendre position publiquement dans ce dossier. « Quand elle m'a appelé pour ça [Julie Snyder], je me suis sentie interpellée parce que j'ai 42 ans, je suis en processus de fertilité », a-t-elle confié à Anne-Marie Dussault.

Une entrevue accordée par le ministre Barrette à l'émission The Current, à CBC, l'a également poussée à parler. Interrogé par l'animatrice sur ce qui adviendrait des embryons des femmes de plus de 42 ans, le ministre a d'abord affirmé qu'ils seraient détruits, disant par la suite que les femmes pourraient les récupérer.

« Sa menace de détruire les embryons, même s'il s'est un peu rétracté à la fin de l'entrevue, ça m'a complètement paralysé de peur. J'ai été un peu instable toute la soirée », a-t-elle déclaré. « C'est un peu pour ça que j'ai accepté de sortir un peu de ma tanière et de venir défendre cette cause-là », a-t-elle précisé.

De me menacer, ou juste de me causer l'inquiétude, même s'il se rétracte, je trouve que c'est grossier, c'est un non-sens pour moi de la part d'un ministre. — Isabelle Gaston

Et qu'est-ce que signifierait une telle destruction des embryons pour Mme Gaston? « Ça tuerait mon espoir d'avoir un autre enfant », estime-t-elle.

Isabelle Gaston, dont les deux enfants ont été tués par son ex-conjoint, Guy Turcotte, a investi de 60 000 à 80 000 $ de son argent personnel pour obtenir des embryons à l'âge de 38, 39 et 40 ans. Elle a récemment fait une grossesse ectopique. « Mon médecin m'a suggéré de peut-être prendre un petit peu de recul, de laisser passer les procédures judiciaires et de recommencer après Noël », a-t-elle raconté.

Rappelons qu'au début décembre, la Cour d'appel du Québec a statué que Guy Turcotte pourrait rester en liberté en attendant son deuxième procès, qui débutera en septembre 2015.

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