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17/12/2014 06:01 EST | Actualisé 16/02/2015 05:12 EST

Yves «Colosse» Plamondon réclame 35 millions de dollars

Radio-Canada.ca

Après avoir déposé une mise en demeure en mai, Yves « Colosse » Plamondon va de l'avant avec le dépôt d'une poursuite de 35 millions de dollars contre le ministère public et la Sûreté du Québec (SQ) pour les 28 années qu'il a passées en prison pour trois meurtres qu'il soutient n'avoir jamais commis.

Il réclame 30 millions de dollars pour pertes financières et morales et 5 millions additionnels en dommages exemplaires et punitifs.

Yves Plamondon, associé dans les années 80 au monde de la drogue, a été condamné à la prison à perpétuité le 18 avril 1986 pour le meurtre de trois personnes qui gravitaient dans le milieu.

L'homme de 64 ans a pu reprendre sa liberté en janvier dernier et son nouveau procès ordonné par la Cour d'appel n'a pas eu lieu puisque la poursuite a abandonné toutes les accusations, le 13 mars.

Les avocats de Plamondon, Me Daniel Rock et Me Michel Pelletier, estiment que la réclamation correspond aux préjudices causés à leur client.

« C'est sûr que ça n'a pas de prix, mais à moment donné, il faut bien s'arrêter sur un chiffre et c'est en faisant cette analyse-là, cette privation de liberté et les autres torts que ça cause, la difficulté de réintégrer la société, etc. Alors, on a tout pris ça en compte », explique Me Daniel Rock.

Manque d'équité au procès

Dans la requête déposée aujourd'hui à la Cour supérieure de Montréal, les avocats critiquent l'enquête policière et le travail de l'avocat de la poursuite qui avaient menés à la condamnation d'Yves Plamondon.

La requête reproche directement à la poursuite dans les années 80 d'avoir entaché l'équité du procès en « manquant d'objectivité » tout en faisant preuve « d'idée préconçue ».

Des moyens douteux ont été utilisés par la poursuite pour obtenir gain de cause, affirme Me Daniel Rock.

« On part avec une idée préconçue et on bâtit la preuve en conséquence, on cache des déclarations, on en fait faire d'autres, on change les heures, mais on veut arriver à une fin. Quand j'ai regardé le dossier au début, je ne voyais pas ça comme ça. Je me disais : "il y a peut-être eu des petites erreurs de parcours." Mais ça, c'est pas des erreurs de parcours, c'est une volonté de créer une erreur judiciaire, c'est pas pareil », déclare-t-il.

L'enquêteur principal au dossier Robert Lafrance, aujourd'hui décédé, a agi de « manière délibérée tout en faisant preuve d'une grave négligence », peut-on par ailleurs lire dans la requête.

Toujours selon la requête, des preuves ont aussi été délibérément écartées. Les avocats d'Yves Plamondon reprochent au procureur de la Couronne à l'époque, René de la Sablonnière, de ne pas avoir divulgué toute la preuve à la défense.

René de la Sablonnière est maintenant juge à la Cour du Québec. Il est visé par la poursuite au même titre que la SQ et le procureur général.

Témoignages de complaisance

Les documents rappellent également que le délateur André Desbiens, qui a témoigné contre Plamondon à son procès, a par la suite déclaré avoir menti. Le délateur s'est confessé avant de mourir d'un cancer en 1995.

La requête précise qu'après avoir témoigné contre Yves Plamondon, André Desbiens a profité de peines réduites pour des meurtres qu'il avait commis.

Il a ainsi pu purger une partie de sa « peine » dans une pourvoirie avec la seule contrainte de se rapporter périodiquement à la SQ.

Un autre délateur, Michael Blass, aurait aussi profité davantage des autorités après avoir témoigné contre « Colosse », allèguent les avocats de Plamondon.

Jamais grand-père

Le document de 39 pages de la poursuite illustre par ailleurs les conséquences de la longue détention de Plamondon sur sa vie. « Le demandeur ne connaîtra pas la joie d'être grand-père », est-il inscrit.

Yves Plamondon aurait aussi de la difficulté à s'adapter à sa nouvelle vie en dehors des murs puisqu'il a été « privé de composer avec tous les développements technologiques entourant la vie dans le monde actuel », allègue la poursuite.

Selon le document, « le demandeur a été exposé à un haut niveau de stress, d'angoisse, d'anxiété et d'humiliation ».

Yves « Colosse » Plamondon, qui habite maintenant dans le quartier Saint-Sauveur à Québec, a refusé nos demandes d'entrevue.

Arguments évoqués pour justifier la requête :

  • La perte de plus de 28 ans de sa vie sans ressources financières
  • La privation de sa liberté pendant plus de 28 ans
  • L'incarcération injustifiée pendant plus de 28 ans
  • L'injustice vécue aggravée et accentuée
  • L'absence d'une vie de famille normale
  • Limitation de ses connaissances
  • L'âge du demandeur
  • L'absence de biens
  • L'absence d'économies
  • L'absence de fonds de retraite
  • L'absence d'une vie sociale et récréative normale
  • Troubles moraux et souffrances suite aux nombreuses violations et acharnement injustifiés
  • Violation de ses droits fondamentaux
  • Atteinte à l'équité de son procès criminel

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