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15/12/2014 05:04 EST | Actualisé 14/02/2015 05:12 EST

Offres de Québec: les syndicats du secteur public crient au vol de leurs acquis

QUÉBEC - Révoltés par les offres du gouvernement, les syndicats des secteurs public et parapublic crient au «pillage» et évoquent même le retour des «casseroles».

Le Front commun syndical (CSN, FTQ, SISP) et l'alliance formée de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) et de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) ont exprimé lundi leur «colère profonde» après avoir pris connaissance des offres salariales du président du Conseil du trésor, Martin Coiteux.

«C'est un gouvernement qui n'aime pas ses salariés, c'est un gouvernement qui veut chasser les salariés de la fonction publique, c'est un gouvernement qui veut appauvrir les salariés de la fonction publique durant leur vie active et à leur retraite», a fustigé la présidente de la FIQ, Régine Laurent, en point de presse à Québec.

Un gouffre sépare les parties sur la question salariale: aux 13,5 pour cent de hausses salariales pour trois ans demandées par les syndicats, Québec réplique avec deux ans de gel salarial et un pour cent d'augmentation pour chacune des trois autres années d'une convention collective d'une durée de cinq ans.

«Ce que nous a déposé le gouvernement, c'est pire que ce que nous avions imaginé dans nos pires cauchemars», a lancé le président de la FAE, Sylvain Mallette, décrivant comme «cinq pages de mépris» le document détaillant les offres du gouvernement de Philippe Couillard.

«On ne vaut même pas l'inflation», a-t-il ajouté au sujet des hausses salariales de trois pour cent sur cinq ans proposées par le gouvernement.

Les leaders syndicaux en ont particulièrement contre la révision du régime de retraite des employés (RREGOP) qui deviendra moins avantageux. L'âge de la retraite sans pénalité passera de 60 à 62 ans _ la pénalité de 4 pour cent sera portée à 7,2 pour cent par année de service _ et la période de référence pour fixer la rente de retraite passera des cinq meilleures années aux huit meilleures années.

En clair, les salariés en fin de carrière inquiets des pénalités à venir vont se précipiter vers la retraite, a avancé Mme Laurent, prédisant des «départs massifs» chez les infirmières dans les prochains mois.

«Quand nos membres, infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes vont entendre qu'on va les pénaliser pour la retraite, toutes celles qui peuvent partir vont prendre la fuite», a affirmé Mme Laurent.

«Non seulement le gouvernement se refuse-t-il à maintenir les gains que nous avons mais il veut même venir nous les voler», a renchéri son collègue de la FAE, outré par la révision des conditions de retraite.

Membre du Front commun qui représente plus de 400 000 travailleurs de la santé, de l'enseignement et de la fonction publique, le présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Louise Chabot, a elle aussi parlé d'un larcin.

«Il y a une forme de pillage effectivement dans le régime de retraite, un régime qui se porte très bien, pour lequel on a négocié de façon serrée les conditions de financement la dernière fois. Il y a une forme de pillage», a-t-elle insisté.

Les conventions collectives des 541 000 employés des secteurs public et parapublic de l'État viennent à échéance le 31 mars 2015.

Les syndicats attendent le dépôt des offres sectorielles dans les jours qui viennent et vont ensuite retourner auprès de leurs instances avant de monter au front. Les prochains mois s'annoncent tendus, constatent les leaders syndicaux.

«On est toujours prêt à négocier, on va faire une analyse globale du dépôt d'aujourd'hui (lundi) et du sectoriel et on va la présenter à nos membres. (...) C'est clair qu'avec ce qu'il y a sur la table, on ne va pas dire à nos membres: 'oui c'est un magnifique cadeau, oui le gouvernement vous valorise, oui le gouvernement prend soin des salariés de l'État'», a dit Mme Laurent.

«On va travailler pour que les propositions syndicales soient entendues. Maintenant c'est vrai qu'on dirait que ce gouvernement s'ennuie du bruit des casseroles», a poursuivi Mme Chabot, faisant allusion à la crise étudiante de 2012.

L'opposition officielle s'est abstenue de commenter les offres, préférant laisser les parties négocier. La Coalition avenir Québec (CAQ) a cependant reproché au gouvernement Couillard de faire «fausse route» en voulant geler les salaires des employés de l'État plutôt que de «s'attaquer au nombre d'employés».

Dans un communiqué, le député caquiste Claude Surprenant rappelle que 220 000 employés sur plus d'un demi-million ne donnent pas de services directs à la population.

«Une très grosse part des économies possibles se retrouve dans les structures. Il faut donc profiter des départs à la retraite de ces employés administratifs pour abaisser le nombre d'employés et réduire la taille des structures. Nous pourrons ainsi diminuer la pression sur nos finances publiques», a-t-il dit.

La cochef de Québec solidaire, Françoise David, a quant à elle accusé le gouvernement de s'en prendre «aux femmes» avec son offre «dérisoire» aux salariés.

«Le gouvernement Couillard s'attaque encore une fois aux milliers de femmes qui, dans les réseaux de la santé et de l'éducation entre autres, prennent soin de nos enfants et de nos parents. Depuis des années, on leur en demande toujours plus et aujourd'hui on refuse de reconnaître leur apport inestimable au développement du Québec», a-t-elle estimé.

Selon la députée de Gouin, le gouvernement libéral est en train de «commander» une «crise sociale».

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