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15/12/2014 01:27 EST | Actualisé 14/02/2015 05:12 EST

La fermeture de la clinique Morgentaler et ses bienfaits inattendus au N.-B.

L'annonce, en avril dernier, de la fermeture de la clinique d'avortement Morgentaler au Nouveau-Brunswick a représenté un creux de vague pour les militants du droit à l'avortement.

Néanmoins, cette fermeture s'est révélée utile et a mené la province à changer les conditions d'accès à l'avortement dans le système public.

Provoquée par l'opposition indéfectible de la province au financement des avortements en clinique privée, la fermeture a galvanisé les militantes pro-choix, qui ont organisé des manifestations et fait parler du mouvement dans les médias sociaux... Et les levées de fonds ont été fructueuses.

Avant l'arrivée récente des libéraux de Brian Gallant au pouvoir, au Nouveau-Brunswick, l'article 84-20 de la loi sur le financement des services médicaux stipulait que les femmes souhaitant se faire avorter aux frais de l'État devaient obtenir la permission écrite de deux médecins. De plus, les avortements ne peuvent être faits que dans l'un des deux hôpitaux par des obstétriciens et des gynécologues. L'accès à l'avortement a beau être différent d'une province à l'autre, ces restrictions ne s'appliquent pas dans d'autres provinces depuis des années. L'Île-du-Prince-Édouard est la seule province qui n'offre pas l'avortement, préférant plutôt payer pour envoyer les patientes dans d'autres provinces.

Le chef libéral Brian Gallant réclamait depuis longtemps une enquête de ces règles. En juillet, il a promis qu'en tant que premier ministre, il s'assurerait rapidement que le libre choix des femmes serait respecté. Porté au pouvoir le 22 septembre, il a surpris la province, le mois dernier, en annonçant l'amendement de l'article 84-20, de sorte que les femmes n'auraient plus à obtenir la permission de deux médecins, et que les avortements n'auraient pas à être faits par des spécialistes.

«La clinique Morgentaler servait essentiellement de béquille dans un système qui ne respectait pas le droit de choisir des femmes», a déclaré M. Gallant en conférence de presse le 26 novembre.

«Malgré nos opinions personnelles, nous devons respecter les droits relatifs à la procréation des femmes qui ont été confirmés par la Cour suprême du Canada.»

Au Nouveau-Brunswick, les gouvernements qui se sont succédés — libéraux et progressistes-conservateurs — sont longtemps restés bien campés sur leur position qui, disaient-ils, respectait la décision historique de la Cour suprême du Canada qui a décriminalisé l'avortement en 1988. Des observateurs n'étaient pas d'accord, et dans les autres provinces, les tribunaux ont éventuellement fait tomber les restrictions de l'accès à l'avortement.

Mais Fredericton s'accrochait au statu quo, peut-être en raison de sa majorité catholique, mais possiblement, aussi, en raison de la petitesse de la province. Selon Joanne Wright, professeur en science politique à l'université du Nouveau-Brunswick, le fait d'être une plus petite province, plutôt conservatrice de surcroît, rend plus difficile pour les militantes d'être entendus.

De plus, ajoute-t-elle, la province maritime souffre de ce qu'elle nomme «l'exceptionnalisme du Nouveau-Brunswick». «Il y a une croyance qui veut qu'on ne soit qu'une petite province et qu'on ne peut s'attendre aux mêmes droits ici», explique-t-elle.

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