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Funérailles de l'acteur et metteur en scène Paul Buissonneau à Montréal (VIDÉO)

15/12/2014 08:20 EST | Actualisé 14/02/2015 05:12 EST

MONTRÉAL - «Tourbillon» et «tornade» ont été les mots de choix pour décrire l'homme de théâtre à multiples chapeaux qu'a été Paul Buissonneau, ainsi que son passage dans le monde culturel québécois, lors de ses obsèques, lundi à Montréal­.

Metteur en scène créatif et avant-gardiste, l'artiste n'a pu résister à l'envie de choisir lui-même le décor et la musique de ses funérailles, qui ont été célébrées à la Basilique Notre-Dame.

Faisant un clin d'oeil à sa carrière d'acteur, ses cendres reposent désormais dans une urne toute spéciale, soit un coffret à maquillage noir.

Le défilé des Petits Chanteurs du Mont-Royal, qui ont entonné des chants grégoriens à la demande expresse de Paul Buissonneau, a ouvert la cérémonie à laquelle quelques centaines de personnes assistaient, dont de nombreuses personnalités de la scène culturelle.

L'acteur et metteur en scène québécois d'origine française est mort à la fin du mois dernier à l'âge de 87 ans, à la suite d'une longue maladie.

L'homme qui a connu une brillante carrière sur la scène, tout comme au petit et au grand écran, a aussi marqué des générations d'enfants avec son coloré personnage de «Picolo» qu'il a incarné notamment dans l'émission jeunesse «La boîte à surprise» de 1956 à 1972. Acteur, chanteur et metteur en scène, l'homme semblait pouvoir tout faire et souvent bricolait costumes et décors avec ce qui lui tombait sous la main ou encore ce qu'il dénichait dans des magasins de prêteurs sur gage.

Il a aussi mis en scène des pièces-choc, qui ont révolutionné le milieu théâtral québécois, comme la «La Tour Eiffel qui tue», de Guillaume Hanoteau.

Arrivé au Québec avec les Compagnons de la chanson et Édith Piaf, l'homme y est resté. «Pour notre plus grand bonheur», a souligné la comédienne Andrée Lachapelle lors de la cérémonie.

«Tu disais que la mise en scène ce n'était que du vent, a-t-elle rappelé. Mais avec toi, ça devenait une tornade.»

L'auteur Michel Tremblay a écrit un texte hommage, lu à la Basilique par le comédien Gilles Renaud.

L'écrivain a dit de Paul Buissonneau qu'il avait été «un tourbillon à travers nos vies qui charriait des merveilles qu'on n'avait jamais vues». Citant bon nombre de ses personnages et de ses créations, Michel Tremblay a dit qu'il avait donné naissance «à tant d'autres beautés qui nous aidaient à vivre».

Clémence Desrochers, que M. Buissonneau appelait Cléo, a rappelé ses débuts avec lui «dans la roulotte», un théâtre ambulant en plein air qu'il promenait à travers les parcs de Montréal dans les années 50 et qui lui a permis de donner un premier boulot à bon nombre de jeunes comédiens qui commençaient leur carrière. Ils sont plusieurs à avoir souligné comment il leur avait donné une première ou une deuxième chance.

«Son passage dans nos vies a été comme une tornade», a conclu la comédienne et humoriste dans son texte.

Fort en gueule, coloré avec toujours un mot d'esprit coup-de-poing, il a changé la façon de faire du théâtre, a dit le metteur en scène René Richard Cyr.

«Il a représenté une liberté, une révolte constante, un refus des choses établies, a-t-il dit sur le parvis de la Basilique. Il avait cette révolte si essentielle à la création.»

Le parolier Luc Plamondon l'a qualifié de «personnage». «Il était enragé de mourir, a-t-il souligné. Il aurait voulu vivre plus vieux.»

Et il était un passionné de la culture québécoise, pour laquelle il avait une grande fascination, a déclaré le metteur en scène Yves Desgagnés, qui a décrit son ami Paul comme un mentor.

«C'est un des rares Français arrivés ici à la fin des années 40, début des années 50, qui, jamais, jamais, jamais, on sentait l'hégémonisme français, ou l'impérialisme français ou l'esprit colonisateur qui venait révéler la bonne nouvelle aux artistes canadiens», a-t-il dit.

«C'est rare, parce qu'il y en avait eu toute 'une batch' qui venaient comme Louis XIV en colonie», a-t-il ajouté.

Dès lundi midi, le public défilait dans la chapelle adjacente à la Basilique afin de saluer une dernière fois l'homme de théâtre.

«Il voulait une cérémonie dans cette chapelle, a précisé sa veuve, Monik Barbeau. Il aimait beaucoup ce que Charles Daudelin avait fait. Le sculpteur, son ami, a réalisé une oeuvre magistrale qui orne le mur de la chapelle.»

Quant aux funérailles, Mme Barbeau, la gorge nouée, a dit «qu'il le méritait».

«Paul avait plusieurs facettes. Une facette culturelle, mais dans ses autres facettes, il avait la même spontanéité, le même souci d'exactitude, de vrai. Il était incapable de dire quelque chose qu'il ne pensait pas vraiment», a-t-elle relaté, accompagnée des membres de leur famille.

Bref, un homme trop complexe pour être résumé, croit-elle, admettant avec un sourire être un peu biaisée.

Une réception intime était prévue en soirée au Théâtre de Quat'Sous, qu'il a fondé en 1965 avec ses comparses Yvon Deschamps, Louise Latraverse, Claude Léveillée et Jean-Louis Millette.

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