DIVERTISSEMENT
15/12/2014 06:22 EST | Actualisé 15/12/2014 08:46 EST

Basilique Notre-Dame : dernier adieu à Paul Buissonneau (VIDÉO/PHOTOS)

Le public et la colonie artistique ont rendu un ultime hommage à l’homme de théâtre Paul Buissonneau, lundi, à la Basilique Notre-Dame, au cours d’une sobre cérémonie funèbre, à laquelle ont pris part plusieurs personnalités ayant côtoyé de près le défunt.

À compter de midi, les citoyens étaient invités à aller se recueillir à la chapelle Notre-Dame-du-Sacré-Cœur de Montréal, adjacente à la Basilique, et à signer le registre qu’on allait ensuite remettre à la famille de Paul Buissonneau. Les cendres avaient été déposées dans un coffre de maquillage, à la demande de Paul Buissonneau lui-même.


Les funérailles de Paul Buissonneau


Puis, à 16h, la célébration religieuse s’est ouverte, au son des voix des Petits Chanteurs du Mont-Royal, qui ont déambulé dans l’allée centrale du lieu sacré en guise de procession d’entrée.

Yves Desgagnés, ami proche de Monsieur Buissonneau, avait pris en charge l’organisation des funérailles. Il a été le premier à prendre la parole, en lisant un texte signé de la main du regretté comédien, dans lequel ce dernier déclarait que «l’enfer, c’est la vieillesse».

Le célébrant Guy Bérubé a ensuite souhaité la bienvenue aux dignitaires politiques présents. Hélène David, Ministre de la Culture et des Communications du Québec, Véronique Hivon, députée du Parti québécois et porte-parole de l’opposition officielle en matière de culture et de communications, Amir Khadir, député de Mercier, et Denis Coderre, maire de Montréal, s’étaient tous déplacés pour tendre un dernier coup de chapeau à ce pionnier de la culture d’ici. Lorsqu’est venu son tour de s’exprimer, Denis Coderre a dressé la liste des hauts faits de la carrière de Paul Buissonneau, comme il l’avait fait lors des obsèques de Gilles Latulippe, en octobre dernier.

Anik Buissonneau, belle-fille du disparu, a relaté sa première rencontre avec le conjoint de sa mère, Monik Barbeau. Elle n’était alors qu’une petite fille, qui avait peine à reconnaître l’acteur de La boîte à surprise. Maintenant grande, elle a souligné la franchise, la générosité et le cœur de gamin de son beau-papa.

Souvenirs et compliments

Les éloges ont fusé de toutes parts dans les propos des camarades qui ont partagé des bouts de la vie et de l’œuvre de l’interprète de l’inoubliable Picolo, et qui se sont succédés au micro, lundi.

Andrée Lachapelle a rappelé sa première rencontre avec Paul Buissonneau, alors que celui-ci était membre de la troupe de chansonniers français Les compagnons de la chanson, à Montréal, à la fin des années 1940. La dame s’est remémoré le tempérament coloré du créateur, qui affirmait que «la mise en scène n’est que du vent». Elle a raconté toute l’énergie que Paul Buissonneau pouvait déployer pour illustrer ses directives à ses équipes de scène, lui qui allait jusqu’à se déhancher suavement sur les planches. Elle a aussi mentionné la mise sur pied du Théâtre de Quat’Sous, sur l’avenue des Pins, institution que l’homme d’origine française avait cofondée en 1955, notamment avec Yvon Deschamps, lors de la création du spectacle L’Osstidcho.

«On était tous collés les uns aux autres», a-t-elle rigolé. «Tu nous a subjugués pendant toutes ces années», a lancé Andrée Lachapelle en guise de remerciement à son vieux complice, avant de terminer sa tirade par un émouvant : «Je crois que tu étais un petit garçon qui criait pas peur de ne pas être compris»

Gilles Renaud a lu des textes offerts par André Brassard et Michel Tremblay. Dans son offrande, l’auteur des Chroniques du Plateau Mont-Royal a énuméré avec des métaphores imagées les nombreux talents de Paul Buissonneau, a parlé de sa «Roulotte qui transportait les enfants dans des mondes imaginaires et magiques», de ses colères «fausses ou réelles». «Je n’ai jamais osé t’appeler Paulo, mon Paul, parce que je ne faisais pas partie de tes intimes. Maintenant, j’ose. Je t’aime, mon Paulo, nous t’aimons tous, et j’espère que tu le sais», a confié Michel Tremblay dans son message écrit.

Yves Desgagnés est revenu à l’avant pour livrer les mots de Clémence Desrochers et Kim Yaroshevskaya, qui ne pouvaient être présentes, mais qui tenaient à revenir sur cette douce époque où, avec Paul Buissonneau, elles faisaient rêver les bambins.

Les paroles de Clémence Desrochers, qui a tantôt été, sous la gouverne de Buissonneau, l’épouse de Barbe Bleue ou une bête du «carnaval des animaux», étaient très touchantes. «Merci Paulo, de ta Cléo, Clémence Desrochers».

Pascale Montpetit a appris à l’assistance que «picolo» n’était pas que le nom du mythique personnage incarné par Paul Buissonneau, mais que le terme désigne aussi une race d’oiseau qui passe l’hiver dans le sud. «J’ai toujours vu Paul comme un petit oiseau, malgré ses rondeurs», s’est-elle émue. Elle a récité un poème de Jacques Prévert.

Valérie Blais, pour sa part, a évoqué les «dizaines et dizaines» de conversations au téléphone qu’elle a échangées avec Paul Buissonneau. Elle a répété l’anecdote qu’elle avait débitée à Tout le monde en parle, il y a quelques semaines, celle de sa première rencontre avec lui, alors qu’il refusait catégoriquement de lui donner un rôle dans la pièce Les Précieuses ridicules, jusqu’à ce qu’il apprenne qu’elle tenait un rôle dans l’émission pour enfants Cornemuse.

Les prières universelles ont été lues par Virginie, Justin, Ève, Félix et Chloé, les cinq petits-enfants de Paul Buissonneau et sa conjointe, Monik Barbeau. Dans son sermon d’adieu, le célébrant Guy Bérubé a salué la résilience de Paul Buissonneau, qui avait perdu ses parents alors qu’il était encore tout petit. Il a aussi loué son sens de la famille et son humour.

«Paul était toute une boîte à surprises!», a badiné le prêtre.

En soirée, une réception intime, réservée à l’entourage proche de Paul Buissonneau, avait lieu au Théâtre de Quat’Sous.

Paul Buissonneau est décédé le 30 novembre dernier, à l’âge de 87 ans, des suites de troubles aux reins.

Leurs hommages à Paul Buissonneau

Luc Plamondon, Élise Guilbault, André Melançon, Claude Fournier et sa conjointe Marie-José Raymond, Benoît Gouin, Louise Latraverse, Louise Turcot , et plusieurs autres, étaient tous présents à la Basilique Notre-Dame, lundi, pour appuyer la famille de Paul Buissonneau dans l’épreuve. Voici les témoignages d’amour de quelques-uns d’entre eux à l’égard de cet artiste à l’imaginaire débordant.

Andrée Lachapelle

«J’ai souvent travaillé avec lui. Je l’aimais beaucoup. C’était un metteur en scène extraordinaire, avec un imaginaire incroyable, une fantaisie merveilleuse. Moi, j’ai beaucoup ri avec lui. C’a été un grand, grand metteur en scène, très rare. Évidemment, en ce moment, on a beaucoup de camarades qui partent, et c’est difficile ; mais Paul était un homme à part, qui parlait fort, car il voulait se faire entendre! (sourire)»

Claude Lafortune

«Paul Buissonneau était un géant! J’ai commencé à travailler avec lui en 1963 ; j’avais créé les décors de La Roulotte. C’est là que j’ai vu comment il parlait aux comédiens. Plus tard, j’ai eu le bonheur de collaborer à nouveau avec lui, dans les années 1960, lorsqu’on a fait La très belle histoire de Noël. C’était merveilleux. C’a été une des plus belles pages de ma vie, de ma carrière, et je lui en suis toujours très reconnaissant. Ce n’était pas un homme toujours facile, mais il était attachant. Si j’avais à le faire en papier, je le ferais avec du papier de velours, recouvert de papier sablé! (rires

Claude Robinson

«C’était un type phénoménal, entre autres grâce à sa vision de la vie, des humains. Je le connais depuis que je suis tout petit, et on est devenus amis jusqu’à son décès. Il a été un soutien très particulier pour moi, dans ma saga, si on peut dire. Il avait d’ailleurs témoigné à la GRC de sa connaissance de mon œuvre, depuis 1985.»

Guy Nadon

«Le parcours de Buissonneau inspire le respect. C’est un homme qui travaillait avec deux parapluies et un bout de bâton, et ça devenait un chameau! (rires) Cette inventivité, cette poésie… Il pouvait changer un décor simplement avec un store vénitien ; il peignait quelque chose d’un côté du store, et autre chose de l’autre côté, et pouf! Le décor changeait. Il avait de vraies idées poétiques. C’était une forme de poète et, en plus, un homme d’organisation, de régie. C’était l’homme de La Roulotte, à Montréal. Moi, petit garçon, à 8 ou 9 ans, j’ai vu La Roulotte… Il changeait la qualité de vie de tout le monde, des plus petits aux plus vieux! Je pense qu’on a seulement un énorme merci à se dire entre nous, et se dire qu’on a été chanceux d’avoir un homme comme lui!»

Pascale Montpetit

«J’ai eu le privilège de l’avoir comme professeur au Conservatoire. Je l’ai aussi, évidemment, connu lorsque j’étais toute petite, comme tous les enfants qui avaient mon âge, grâce à La boîte à surprise. On est devenus amis sans s’en rendre compte, même si on ne se fréquentait pas régulièrement. C’était tellement un créateur de génie! C’a l’air d’une formule toute faite, mais c’est tellement quelqu’un qui avait un génie de la mise en scène incroyable… Il avait la capacité de créer des mondes avec presque rien. Il l’a beaucoup fait, créer des scénographies avec des bouts de ficelle, des matériaux qui n’étaient pas nécessairement nobles. Il ne pouvait s’empêcher de créer de la beauté partout, partout. Cette énergie, cet élan vital sont encore là, même s’il est parti. Il les a laissés derrière lui.»

«On pourrait dire que Robert Lepage doit probablement des choses à Paul Buissonneau, dans sa façon de créer. Paul Buissonneau, lui, c’était la version low technology (sourire). Il pouvait utiliser un hublot de machine à laver pour évoquer un hublot de vaisseau spatial. Il utilisait beaucoup de métaphores comme ça. D’ailleurs, c’est au Théâtre de Quat’Sous que Robert Lepage a monté quelques-uns de ses premiers spectacles. Comme comédienne, depuis qu’il est mort, je pense souvent à ce qu’il nous disait. Il nous répétait souvent de ne pas anticiper, de rester dans le moment présent. Pour un acteur, c’est une grande leçon, dont je vais toujours tenter de me rappeler. C’était quelqu’un de généreux et de totalement entier. Ce n’était pas un homme de grands discours, cérébral ; il était plutôt instinctif, intuitif. Il était rigoureux, perfectionniste, il ne voulait pas perdre son temps. Chaque moment de la vie était précieux, pour lui.»

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