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Ottawa «considérerait» certaines informations d'autres pays obtenues par la torture

11/12/2014 08:58 EST | Actualisé 11/12/2014 08:59 EST
CP

Ottawa condamne la torture, mais si des informations voulant que la vie de citoyens canadiens serait en péril arrivent aux oreilles de ses services de renseignement, elles devraient être prises en considération, selon le ministre fédéral de la Sécurité publique.

"Soyons clairs, le Canada ne tolère pas la torture", a déclaré Steven Blaney en réponse à une question de l'opposition aux Communes, jeudi.

"Maintenant, si des informations sont portées à l'attention des services de renseignement ou de nos services d'application de la loi et qui peuvent sauver la vie de Canadiens, je m'attends à ce qu'elles soient considérés", a-t-il cependant précisé.

Le ministre Blaney est allé un peu plus loin que le premier ministre Stephen Harper, qui semblait vouloir se distancier du rapport du comité sénatorial américain sur les techniques d'interrogatoire musclées employées par la CIA.

Lorsqu'il a été questionné en Chambre sur le partage d'informations entre les autorités américaines et canadiennes, mardi, le chef conservateur avait répondu d'un ton sans appel.

"La réponse est très simple: c'est un rapport du Sénat des États-Unis qui n'a strictement rien à voir avec le gouvernement du Canada", a-t-il tranché.

La porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière de sécurité publique, Rosane Doré Lefebvre, a soutenu jeudi que le ministre Blaney a clairement "ouvert la porte" à la possibilité qu'Ottawa utilise des informations obtenues sous la torture.

"C'est carrément inacceptable, surtout quand on voit que le rapport que les autorités américaines ont publié mentionne que l'information qui a été obtenue sous la torture n'était pas bonne en fin de compte", a-t-elle exposé en point de presse.

"C'est choquant, sincèrement", a poursuivi l'élue de la circonscription d'Alfred-Pellan, à Laval.

Le document publié mardi suscite une controverse énorme aux États-Unis et

à l'étranger. Le président Barack Obama a déclaré que "les techniques d'interrogatoire ont nui à la réputation des États-Unis à travers le monde et compliquent leurs relations avec leurs alliés".

Le directeur de la CIA, John Brennan, s'est porté jeudi à la défense de son agence de renseignement, plaidant que ses agents avaient surtout "fait de bonnes actions" à un moment où "il n'y avait pas de solution simple", c'est-à-dire dans la foulée du 11-Septembre.

Le ministre fédéral de la Justice, Peter MacKay, est aussi d'avis que la question est complexe.

Interrogé à sa sortie de la Chambre des communes, jeudi, il a fait valoir qu'en matière de renseignement, les autorités canadiennes examinaient "toujours" la source et la façon dont les informations avaient été obtenues.

Mais parfois, en raison de l'urgence de certaines situations, ces procédures ne peuvent être respectées, a reconnu M. MacKay.

"Dans certaines circonstances très rares (...) l'information est d'une telle urgence que des gestes doivent être posés avant que nous ne soyons en mesure de déterminer la source de cette information", a-t-il affirmé.

En 2010, le gouvernement canadien a autorisé le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) à utiliser des informations obtenues par la torture lorsque la sécurité des Canadiens est en danger.

Celui qui était alors le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, avait écrit dans une note que ce recours devait être limité à des "circonstances exceptionnelles", dans les cas de menaces urgentes à la vie humaine ou à la sécurité publique.

La même directive avait ensuite été acheminée à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et à l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

Ces consignes sont toujours en vigueur, a confirmé jeudi une source gouvernementale.

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