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11/12/2014 01:38 EST | Actualisé 11/12/2014 03:35 EST

Airbnb à Montréal: de grands locateurs en concurrence avec les gîtes

Radio-Canada

Des données obtenues par Radio-Canada démontrent que certains locateurs sur Airbnb y louent plusieurs logements, ce qui entre en concurrence frontale avec les gîtes qui, eux, payent taxes, assurances et permis. Et ceux-ci tentent de riposter de différentes façons.

Pasquale Harrison-Julien

Les hôteliers sont partis en guerre contre l'offre abondante de cette plateforme numérique où l'on peut louer une chambre, un appartement ou une maison partout dans le monde pour un jour, une semaine ou un mois. La compagnie californienne s'est d'ailleurs payé les services d'un lobbyiste, dûment inscrit au registre canadien. Mais Airbnb sert-il avant tout aux particuliers pour arrondir leurs fins de mois ou à des locateurs professionnels cachés?

Les données d'Airbnb ne nous permettent pas de compiler toutes les transactions effectuées sur le site. Mais le système encourage fortement les usagers à laisser des commentaires et ainsi augmenter le niveau de confiance des voyageurs et des locateurs. Plus une personne a de recommandations, plus on est porté à lui donner les clés de son appartement ou à lui louer le sien.

C'est de cette façon que nous avons procédé pour identifier les plus gros locateurs.

218 000 $ pour un utilisateur

L'utilisateur qui possède le plus de commentaires est « Sergio », loue six endroits différents sur Airbnb. Si l'on multiplie le nombre de commentaires laissés par des visiteurs par le nombre de nuitées obligatoires et finalement par le prix de ses six logements, « Sergio » a minimalement accumulé des revenus de 218 000 $ depuis son inscription en 2011.

Sa fiche ne précise pas s'il travaille à son compte, pour une compagnie ou s'il est propriétaire de gîtes. Mais ce n'est pas exactement l'image promue par Airbnb de l'habitant qui accueille le visiteur dans sa maison.

Toutefois, les plus « riches » utilisateurs représentent une catégorie minime : à peine six inscrits ont enregistré des revenus de plus 100 000 $ depuis leur inscription. Explorez le graphique interactif ci-dessous.

Pour regarder le portrait des locateurs sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Quel impôt pour les revenus d'Airbnb?

Interrogé au sujet des mesures prises pour s'assurer que les revenus perçus par les locateurs sur Airbnb soient imposés, Revenu Québec nous a répondu ceci : « Tout d'abord, le régime fiscal québécois est basé sur le principe de l'autocotisation. Tous les particuliers et les particuliers en affaires doivent déclarer l'ensemble de leurs revenus. Revenu Québec déploie des efforts importants afin que chacun respecte ses obligations fiscales. »

Ou 17 appartements

Une autre catégorie de « superlocateurs » se distingue aussi : celle qui possède plusieurs adresses sous un même nom.

L'utilisateur avec le plus grand nombre d'appartements à louer est « Marcos ». On apprend en consultant sa description qu'il travaille pour Corporate Stay, une compagnie qui loue 17 appartements à Montréal. Elle est aussi établie à Toronto, Miami, au Panama et en Colombie. Bien qu'il soit possible de séjourner dans leurs appartements pour une très courte durée, l'entreprise ne se présente pas comme un hôtel ou un gîte, mais plutôt comme un « exploitant immobilier », tel qu'inscrit dans le registre québécois des entreprises. Au téléphone aussi, l'entreprise insiste pour dire qu'elle ne fait pas dans l'hôtellerie.

Plusieurs compagnies sur Airbnb se définissent comme locateur d'appartements et non pas comme hôtel ou gîte. Une situation qui fait craindre à Paul Arseneault que certains utilisateurs ne tentent d'échapper aux règles en vigueur pour les gîtes et hôtels, notamment au niveau des taxes.

« À partir du moment où vous êtes une compagnie et vous offrez du logement, oui, vous êtes assujettis à plusieurs lois et règlements. Ce n'est pas illégal d'utiliser la plateforme, mais se soustraire de ses obligations réglementaires l'est. Mais ça concerne seulement une frange assez marginale des utilisateurs. » — Paul Arseneault, spécialiste en tourisme

Comment Québec encadre Airbnb

Deux inspecteurs travaillent pour dépister l'hébergement illégal. Deux autres employés les appuient

2362 dossiers ont été traités depuis novembre 2012

511 établissements n'étaient pas assujettis à loi

20 dossiers ont été soumis au directeur des poursuites criminelles et pénales

259 dossiers sont toujours suivis par le ministère du Tourisme

Ce que la loi dit au Québec

« Tout établissement qui offre un logement en location pour une période de moins de 31 jours est obligé de détenir une attestation de classification. Ne sont pas assujettis les établissements offrant de l'hébergement sur une base occasionnelle. Le mot « occasionnel » n'est pas défini en termes de jours, mais comme un acte fortuit, accidentel et/ou qui ne se produit pas à répétition » - Tourisme Québec

Les gîtes subissent la concurrence de plein fouet

Cette concurrence peut toucher les hôtels, mais surtout les gîtes (les bed and breakfast), pour qui un visiteur de moins peut avoir un impact immédiat sur leurs revenus.

Patryck Thévenard est propriétaire du gîte Atmosphère. Il est l'un de premier à avoir livrer publiquement bataille conter Airbnb.

Il y a deux ans, il recommandait de laisser tomber les taxes sur les gîtes pour que ceux-ci puissent concurrencer à armes égales avec Airbnb. Ou encore de leur permettre de ne plus avoir l'obligation de servir un petit déjeuner pour réduire les coûts. Québec semble avoir complètement écarté ces possibilités.

Depuis, le propriétaire d'un luxueux gîte dans Ville-Marie a durci sa position.

« L'application de la loi doit être renforcée. Il faut interdire l'affichage d'une annonce si vous n'êtes pas enregistré auprès du ministère du Tourisme. Sur Airbnb, Facebook, ou quoi que ce soit. » — Patryck Thévenard

Pour lui, l'imposition d'une taxe sur les transactions en ligne, une piste proposée par Airbnb, n'est pas suffisante pour rendre son entreprise compétitive.

Se battre avec plutôt que contre Airbnb

L'arrivée d'Airbnb a aussi fait rager Jean Lavigne au tout début. Confronté à la popularité grandissante du site, le propriétaire de l'auberge Le neuf et demi a décidé malgré lui de sauter dans le bateau et de tester la plateforme.

À sa grande surprise, sa décision a porté fruit.

« Notre chiffre d'affaires a augmenté de 15 à 20 %. Notre auberge était dans le Routard, nous avions une importante clientèle issue de la francophonie. Mais Airbnb nous a permis d'aller chercher des clients d'ailleurs. » — Jean Lavigne, propriétaire Auberge Le neuf et demi

Le Neuf et demi offre une expérience à mi-chemin entre l'auberge de jeunesse et le gîte. Il n'a pas eu besoin de baisser ses prix.

« Ce sont des sites comme Booking.com qui nous obligent à réduire nos marges de profits, parce qu'ils prennent une commission très élevée de 15 % plutôt que 3 % sur Airbnb. Eux, c'est très compétitif. » — Jean Lavigne, propriétaire Auberge Le neuf et demi

Quel avenir pour l'hébergement en ligne?

Une table de concertation à Québec travaille sur un document qui viendrait modifier les règles sur l'hébergement. Mais tous les joueurs attendent bien peu du gouvernement québécois comme l'explique le spécialiste en tourisme, Paul Arseneault.

« Je ne connais pas les visées du gouvernement, mais ce qui est sûr c'est qu'il n'y aura pas un resserrement de la législation et du contrôle de Airbnb. Ils (Québec) n'ont pas les moyens. » — Paul Arseneault

Revenu Québec affirme de son côté avoir resserré ses contrôles fiscaux dans le secteur de l'hébergement. Pour la dernière année fiscale, on estime avoir récupéré près de 9 millions de dollars. Le ministère dit aussi avoir intensifié ses vérifications dans le commerce électronique. Impossible toutefois de chiffrer ces efforts.

Notre démarche

Genève, Paris, Bruxelles; plusieurs médias francophones se sont aventurés dans le journalisme de données pour faire parler la base d'adresses d'Airbnb, à l'instar de médias anglophones. Pour extraire les données, nous nous sommes inspirés du travail du quotidien suisse Le Temps, qui a mis en ligne un code adaptable.

Cet article est le deuxième d'une série de deux. Le premier brosse le portrait des annonces en location à Montréal (prix, quartiers, notes, etc.) avec carte et chiffres.

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