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10/12/2014 01:12 EST | Actualisé 09/02/2015 05:12 EST

Taxes municipales: Pierre Moreau lance un ultimatum à Longueuil et Laval

QUÉBEC - Le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, lance un ultimatum à deux des plus importantes municipalités du Québec: Longueuil et Laval.

Québec leur coupera les vivres, si elles persistent à dire que les hausses de taxes municipales annoncées lundi sont attribuables aux compressions apparaissant dans le dernier pacte fiscal défini par le gouvernement Couillard.

Au cours de deux points de presse, mercredi, le ministre Moreau n'entendait pas à rire, estimant que les deux maires, Caroline Saint-Hilaire, à Longueuil, et Marc Demers, à Laval, prenaient «les gens pour des crétins».

M. Moreau s'est dit prêt à retenir les paiements de transfert dus à ces municipalités, si elles ne s'amendaient pas.

«Il est tout à fait irrationnel et injustifiable, au plan des chiffres, d'invoquer le pacte fiscal pour (imposer) une augmentation des taxes municipales», a insisté M. Moreau, sur tous les tons.

Il note que les deux villes étiquetées délinquantes affichent toutes les deux des surplus accumulés (de 17,5 millions $ dans le cas de Longueuil, et de 117 millions $ dans le cas de Laval), dans lesquels elles devraient piger avant d'alourdir le fardeau des contribuables.

Les deux maires ont le tort de faire de la politique sur le dos de leurs citoyens, selon M. Moreau, qui leur demande d'assumer les coupes de transferts annoncées par Québec dans le pacte fiscal à même des compressions de leurs dépenses, ou alors en utilisant leurs surplus.

Sinon, si Longueuil et Laval ne corrigent pas le tir, Québec réduira d'autant les transferts prévus pour elles, menace le ministre, qui pourrait aller jusqu'à rembourser directement les contribuables de l'effort additionnel demandé par leur maire.

Dans leur budget de lundi, les maires de Longueuil et de Laval ont annoncé respectivement des hausses de taxes de 3,9 pour cent et de 3,2 pour cent, en moyenne, et ont jugé qu'une partie de cette hausse était attribuable aux compressions annoncées dans le dernier pacte fiscal. C'est ce qui a mis le ministre en colère.

«C'est indécent de justifier une augmentation de taxes» en procédant ainsi, selon lui.

Le dernier pacte fiscal prévoit une baisse de 300 millions $ des transferts versés aux municipalités de tout le Québec, soit 10,7 millions $ de moins pour Laval et 5,5 millions $ de moins pour Longueuil.

Les maires de ces deux villes ont une chose en commun: ils sont souverainistes. La mairesse de Longueuil, Caroline Saint-Hilaire, est une ancienne députée bloquiste et est la conjointe du député péquiste Maka Kotto. Le maire de Laval, Marc Demers, est un ancien candidat péquiste.

«Ils doivent se comporter comme des administrateurs raisonnables», a tranché M. Moreau, qui qualifie le message envoyé par M. Demers et Mme Saint-Hilaire de «purement politique».

Il note en passant que la mairesse de Longueuil, en présentant son budget lundi, a fait croître le nombre de cadres dans sa ville et qu'elle a consenti une hausse de 3,4 pour cent des dépenses municipales, des décisions que le ministre juge fort discutables dans un contexte de compressions budgétaires.

Et si jamais d'autres villes songeaient à emboîter le pas à Longueuil et Laval, «elles seront soumises aux mêmes mesures», a-t-il prévenu.

L'UMQ profondément outrée

Les membres du comité exécutif de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) ont vivement réagi à la sortie publique de M. Moreau, parlant d'une «ingérence sans précédent» du ministre des Affaires municipales dans la gestion budgétaire des municipalités.

«Cette menace directe à l'autonomie municipale démontre l'incompréhension totale du ministre envers les réalités budgétaires des municipalités, notamment sur l'utilisation des surplus», a fait valoir par communiqué la présidente de l'UMQ et mairesse de Sainte-Julie, Suzanne Roy, qui dit solliciter une «rencontre d'urgence» avec le premier ministre Philippe Couillard à cet égard.

L'UMQ souligne que M. Couillard avait démontré une «volonté claire» de transformer les relations entre Québec et les municipalités en reconnaissant ces dernières comme de «véritables gouvernements de proximité».

L'UMQ rappelle que le pacte fiscal 2015 a amené les élus municipaux à faire des choix budgétaires difficiles qu'ils jugeaient nécessaires, particulièrement dans un contexte où les municipalités ne peuvent légalement faire de déficits.

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