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10/12/2014 08:14 EST | Actualisé 10/12/2014 08:15 EST

#AgressionNonDénoncée : le témoignage d'une survivante

Radio-Canada.ca

Lancée dans la foulée de l'affaire Jian Ghomeshi, le mois dernier, la campagne #AgressionNonDénoncée a incité des milliers de femmes à raconter sur les réseaux sociaux les agressions sexuelles dont elles ont été victimes. L'ampleur du mouvement témoigne du courage de celles qui dénoncent leur agresseur, mais elle révèle aussi la difficulté de briser le silence. Une jeune survivante de 19 ans nous présente son témoignage. Nous l'appellerons Sabrina afin de protéger son identité.

Sabrina a été agressée par son beau-père pour la première fois quand elle avait 11 ans.

Elle a subi ses agressions pendant cinq ans. Elle n'a rien dit pendant tout ce temps, car elle voulait protéger ses deux soeurs. La jeune fille craignait que son beau-père s'en prenne aussi à elles.

Sabrina ne dormait plus la nuit pour être certaine qu'il ne se rende pas dans leurs chambres. « À un moment donné, j'étais tellement fatiguée que je dormais dans mes cours et mes notes descendaient », raconte la jeune femme.

Un jour, sa mère l'a entendue pleurer dans la salle de bains. Elle l'a alors obligée à parler.

C'est à ce moment qu'elle s'est confiée. « Au début, elle me croyait. Mais quand il a demandé ce qu'il y avait, elle m'a regardé et m'a dit que j'allais passer au travers. À partir de ce moment-là, je savais que je ne pouvais plus vraiment compter sur ma mère non plus pour ça. »

Par la suite, Sabrina a pris son courage à deux mains et a parlé à sa tante, puis à la directrice de son école.

Elle est maintenant soutenue, entre autres, par le Centre d'aide aux victimes d'agressions à caractère sexuel.

Sabrina témoignera prochainement en cour contre son beau-père. Un moment qu'elle craint, mais qu'elle juge nécessaire. « Je m'en fous qu'il aille en prison ou pas. Je ne veux juste pas qu'il y en ait d'autres qui vivent ce que j'ai vécu », affirme-t-elle.

Un processus difficile

Le processus judiciaire est toutefois long et les cas d'agressions sexuelles sont difficiles à défendre.

Au Québec, 60 % des agressions sexuelles se produisent dans des résidences privées, sans témoin. Les preuves sont ainsi difficiles à trouver. C'est l'une des raisons pour lesquelles peu de victimes portent plainte.

Selon le Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel et la violence faite aux femmes (CALACS), seulement 10 % des victimes d'agressions sexuelles dénoncent leur agresseur.

« Les victimes ont beaucoup honte des agressions sexuelles », estime Pascale Parent, intervenante au CALACS.

Un mois après le début du mouvement #AgressionNonDénoncée, les demandes d'aide au Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel de Rimouski continuent d'affluer. Mme Parent souligne le courage des femmes qui osent en parler.

« C'est le seul crime où l'on remet en question la responsabilité de la victime. On ne le fera pas sur d'autres crimes. Mais pour les agressions sexuelles, on va se demander si la femme avait bu, c'était quoi son vêtement et on va se questionner sur son passé. »

— Pascale Parent, intervenante au CALACS

Cet automne, Québec a promis de tenir un forum itinérant et une commission parlementaire qui doivent mener à la mise en œuvre d'un plan d'action gouvernemental en matière d'agression sexuelle. L'objectif est d'amener plus de victimes à dénoncer leur agresseur.

D'après le reportage de Julie Tremblay

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