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09/12/2014 03:11 EST | Actualisé 08/02/2015 05:12 EST

Secteurs pétrolier et gazier: Ottawa n'imposera pas de règles unliatéralement

OTTAWA - Ottawa serait «fou» d'imposer une réglementation sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l'industrie pétrolière et gazière, a tranché mardi le premier ministre Stephen Harper.

«J'ai été très clair en ce qui a trait à la réglementation des secteurs pétrolier et gazier. C'est quelque chose que nous aimerions faire, mais que nous devons faire de manière intégrée dans une économie continentale», a-t-il plaidé en Chambre.

Avec la récente dégringolade des prix du pétrole, imposer une réglementation sur les GES serait «fou», et le gouvernement «ne le fera clairement pas», a poursuivi M. Harper lors de la période des questions.

Le premier ministre a offert cette explication en réponse à une question de l'opposition, qui n'a pas manqué de rappeler que le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a demandé à Ottawa d'en faire davantage pour lutter contre les changements climatiques.

«Les pays qui produisent des énergies fossiles sont en train de trouver de nouvelles manières de réduire leurs émissions. Le Canada pourrait être un meneur de ce mouvement. Je compte sur le leadership du premier ministre Stephen Harper», a dit M. Ban en entrevue avec Radio-Canada il y a quelques jours.

Le gouvernement Harper s'était engagé en 2007 à mettre de l'avant une réglementation dans ce secteur, laissant même entendre en 2013 qu'une ébauche était dans les cartons.

Ce qui ressemble à une fin de non-recevoir a donc étonné la porte-parole néo-démocrate en matière d'environnement, Megan Leslie, qui s'accrochait en quelque sorte aux promesses conservatrices.

«Les anciens ministres de l'Environnement nous disaient: 'Attendez, il faut qu'on prenne le temps de s'assurer que tout est correct, attendez'. Mais on a attendu pour quoi? Rien», a-t-elle déploré en point de presse dans le foyer des Communes.

Elle balaie du revers de la main les arguments économiques mis de l'avant par M. Harper, soutenant qu'en matière de réglementation, le coût de l'inaction est de loin supérieur à celui de l'action — à tout le moins, pour les citoyens.

«Les Canadiens paient pour les conséquences des changements climatiques, et le Bureau d'assurance du Canada dit que les primes augmenteront (en raison des phénomènes climatiques extrêmes). C'est seulement ce secteur qui semble n'avoir rien à payer», a poursuivi la députée.

Le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, a pour sa part accusé le gouvernement de se défiler.

«Le premier ministre est en train de chercher des excuses pour justifier son inaction depuis des années sur nos obligations de veiller à nos responsabilités environnementales», a-t-il laissé tomber en point de presse.

«Pour moi, il ne comprend pas que sans une réglementation robuste, nous n'allons pas pouvoir accéder aux marchés internationaux avec nos ressources», a complété le chef libéral, qui a promis de dévoiler ses engagements environnementaux dans sa plateforme électorale.

Le Canada a fait bien piètre figure en matière de lutte aux changements climatiques dans un rapport rendu public lundi par le groupe Germanwatch et le Réseau action climat.

Il s'est classé au 58e rang sur 61 parmi les États émettant 90 pour cent des GES de la planète, devançant seulement le Kazakhstan, l'Australie et l'Arabie saoudite.

Le document a été rendu public en marge de la conférence internationale sur le climat qui se tient actuellement à Lima, au Pérou, un événement auquel assiste la ministre fédérale de l'Environnement, Leona Aglukkaq.

«Que diable la ministre de l'Environnement dit-elle à la communauté internationale?», s'est interrogée Megan Leslie.

«Nous avions au moins cette promesse. (...) Maintenant, nous n'avons plus rien», a-t-elle regretté.

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