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09/12/2014 04:54 EST | Actualisé 08/02/2015 05:12 EST

Pas d'écoute à Ottawa pour un père adoptif canadien bloqué en Sierra Leone

OTTAWA - La grand-mère adoptive d'une petite fille originaire de la Sierra Leone dénonce le manque de compassion du gouvernement fédéral et se résigne peu à peu à l'idée de ne pouvoir passer les Fêtes avec la fillette.

«J'aurais aimé ça serrer ma petite-fille dans mes bras pour Noël, mais là, qu'est-ce qui va arriver, je ne sais pas», a laissé tomber Monique Favreau devant le parlement d'Ottawa, mardi après-midi.

La petite Ella, qui est âgée de 18 mois, est bloquée au pays depuis près de 50 jours avec son père adoptif, Claude Perras, en attendant un visa temporaire du ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration.

Invoquant l'urgence de la situation en raison de l'épidémie d'Ebola qui sévit en Sierra Leone, sa grand-mère adoptive réclamait une intervention rapide du ministre fédéral de l'Immigration, Chris Alexander.

La résidante de Longueuil est finalement rentrée bredouille de sa visite éclair dans la capitale fédérale, le ministre n'ayant pas donné suite à sa demande de rencontre.

Le député qui représente sa circonscription, le néo-démocrate Pierre Nantel, a reproché au gouvernement son manque de sensibilité.

«Je suis allé voir M. Alexander, je lui ai demandé de venir rencontrer Mme Favreau (...) pour lui donner l'heure juste. On l'attend toujours», a regretté l'élu, qui était aux côtés de sa commettante.

M. Nantel a dit ne pas comprendre pourquoi le ministre Alexander n'exerçait pas son pouvoir discrétionnaire pour régler ce dossier.

Selon Anne-Marie Saulnier, du Regroupement des amis de Claude Perras, un problème de paperasse non identifié serait à l'origine de cette situation.

«On prétend que Claude n'aurait pas remis certains documents, mais Claude avait bien étudié les lois de la Sierra Leone, il a remis tous les documents qui ont été demandés», a-t-elle signalé.

L'adoption de la petite Ella a été accordée par la Haute Cour de justice de la Sierra Leone le 2 juillet dernier, et un passeport a ensuite été délivré à son nom pour lui permettre de quitter le pays, selon Mme Saulnier.

Les deux femmes espéraient faire le point là-dessus en se rendant à Ottawa, mais elles ont repris la route de Longueuil sans avoir obtenu d'informations.

Du côté du ministère, on assure qu'il n'y a «aucun lien» entre ce blocage et la décision du Canada de refuser la délivrance de visas aux résidants et citoyens de pays d'Afrique de l'Ouest touchés par le virus Ebola.

Il s'agit plutôt d'une question d'adoption internationale, a soutenu Kevin Ménard, l'attaché de presse du ministre Alexander.

«Le gouvernement du Canada a la responsabilité de veiller à ce que le processus d'adoption se déroule dans l'intérêt supérieur de l'enfant et de manière conforme aux lois internationales, nationales et provinciales régissant l'adoption», a-t-il écrit dans un courriel.

«Jusqu'à ce que toutes ces exigences soient respectées, il ne serait pas approprié de faire usage de tels pouvoirs discrétionnaires», a conclu M. Ménard.

Entre-temps, Claude Perras est confiné dans un logement de la capitale, Freetown, pour éviter de s'exposer au virus.

La Sierra Leone est devenue le pays le plus durement touché par l'épidémie d'Ebola, avec 7798 cas recensés contre 7719 au Liberia, selon le plus récent bilan de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

«J'ai peur de ne plus revoir mon fils, parce que s'il reste là, il va attraper la maladie (...) et c'est ça qui est épouvantable», a soufflé Mme Favreau, la voix étreinte par l'émotion.

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