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«Dans l'ombre des Shafia» à Canal D : injustice et incompréhension (PHOTOS)

07/12/2014 02:26 EST | Actualisé 07/12/2014 02:29 EST
Courtoisie Canal D

Le documentaire Dans l’ombre des Shafia, que Canal D diffuse ce soir, à 19h, reconstitue avec une habile minutie et pose un regard éclairant sur l’abject crime d’honneur perpétré par la famille Shafia, qui a ébranlé tout le Canada en 2009 et a fait couler énormément d’encre, jusqu’à l’annonce de la condamnation à perpétuité de ses auteurs, en janvier 2012.

Si vous n’avez pas suivi dans les médias l’histoire ignoble de Zainab (19 ans), Sahar (17 ans), Geeti (13 ans) et Rona (50 ans), mortes noyées, puis retrouvées dans un véhicule gisant au fond d’une écluse de Kingston Mills, en Ontario, ce portrait scénarisé par Michelle Allen et Dominique Lachance, réalisé par Bernard Nadeau, et produit par André Dupuy, vous apprendra tout de ces tragiques événements et vous fera certainement grimacer d’horreur.

Les filles Shafia ont été éliminées par le patriarche du clan, Mohammad Shafia, sa femme, Tooba Mohammad Yahya, et leur fils aîné, Amhed. Rona était la première épouse de Mohammad et demeurait dans l’entourage des Shafia un peu à titre de nounou et de deuxième maman pour les enfants, elle qui était stérile.

Qu’ont fait Zainab, Sahar, Geeti et Rona de si terrible pour connaître si misérable destin? Elles ont voulu s’habiller comme les adolescentes de leur âge, aller magasiner, s’amuser, fréquenter les garçons, être libres. Bref, grandir et s’émanciper. Mais leur père ne l’entendait pas ainsi et percevait le besoin de liberté de sa progéniture comme un affront, une menace à son autorité, une indélébile tache à sa réputation.

Mépris et cruauté

Les Shafia sont partis de Dubaï en 2007 pour s’établir à Montréal. La carrière de Mohammad dans le domaine de l’électronique les amenait à déménager souvent, lui et les siens, et l’homme a vu des opportunités au Canada. D’emblée, la marmaille n’était pas très heureuse de devoir quitter le milieu dans lequel elle avait grandi. Or, au Québec, Zainab, Sahar et Geeti se sont rapidement habituées à fréquenter une école mixte, et ont voulu s’identifier aux jeunes de leur âge, se fondre à la masse.

Ce qui ne plaisait pas du tout à leur père et à leur mère, qui leur interdisaient de revêtir des jeans ou autres vêtements trop féminins, de sortir avec des amis, et même d’adresser la parole aux garçons.

«Une fille doit rester humble et pure, c’est la loi», leur martelait Mohammad.

Le contrôle exercé par Mohammad sur ses enfants est allé en grandissant sans cesse, jusqu’à ce que la DPJ intervienne. À partir de là, le chef de famille a sérieusement senti son pouvoir diminuer. Quand l’une des filles a dit à sa mère qu’elle souhaitait mourir, celle-ci lui a répondu qu’elle pouvait «aller en enfer». Hospitalisée après avoir avalé des médicaments, la malheureuse n’a reçu aucune visite de ses proches.

Le 30 juin 2009, on trouvait l’auto au fond de l’eau et les cadavres des quatre femmes Shafia à l’intérieur. Au premier coup d’œil, les policiers ont cru à l’hypothèse de l’accident, mais des indices évidents laissaient voir que plusieurs éléments clochaient. D’abord, la réaction des parents devant la macabre découverte. Nullement déstabilisés ou affolés, ceux-ci se concentraient plutôt à chercher un coupable et à élaborer des théories farfelues sur les causes du drame. Puis, les phares éteints du véhicule, les ceintures détachées, l’absence de traces prouvant que les victimes avaient tenté de s’enfuir, confirmaient encore davantage la possibilité d’un meurtre prémédité.

C’est par un procédé d’écoute électronique, installé dans la voiture de Mohammad Shafia, que les enquêteurs ont finalement pu déduire la vérité. Les propos enregistrés, abominablement cruels, ne laissaient transparaître aucune peine, aucune souffrance, chez Mohammad Shafia, d’avoir vu trépasser une partie de sa descendance. Que de la froideur, et un mépris des siens difficile à comprendre dans un contexte de valeurs nord-américaines.

«Comment mes filles ont-elles pu devenir de telles putains? Si elles ressuscitaient 100 fois, je les taillerais en pièces 100 fois. Je vous donne ma parole, rien n’est plus important que l’honneur, et ce, même si on nous envoie à l’échafaud. Que le diable défèque sur leurs tombes…», rageait-il, sans la moindre apparence de larmes ou de tristesse.

Intéressants témoignages

Dans l’ombre des Shafia est narré du point de vue d’une gamine, qu’on devine être la cadette des Shafia, qui parle de son papa et de ses grandes sœurs adorées. Une voisine, Mary Ann Devantro, apporte son témoignage de proche témoin du quotidien de la tribu, et des journalistes relatent et analysent le fil des moments charnières de l’affaire. Christiane Desjardins, de La Presse, qui parle de la saga Shafia comme du «crime le plus imparfait qui soit», est absolument fascinante à écouter. Des femmes spécialistes d’origine musulmane, dont une auteure et une sexologue, offrent pour leur part une perspective très documentée sur la religion et ses codes. Les notions soulevées par la psychoéducatrice d’origine libanaise Elsy Freiche sont particulièrement intéressantes.

«L’adolescence n’existe pas chez les musulmans, note-t-elle, entre autres. Le parent réagit à la désobéissance au lieu de comprendre que son enfant devient un adulte…»

À ce jour, Mohammad Shafia, sa femme Tooba Mohammad Yahya, et son fils Amhed clament toujours leur innocence. Et ce, même si tous les observateurs s’accordent pour dire que, dans leur esprit, Zainab, Sahar, Geeti et Rona méritaient de mourir.

Dans l’ombre des Shafia, ce dimanche, 7 décembre, à 19h, à Canal D. En rediffusion le jeudi 11 décembre à minuit, et le vendredi 12 décembre à 10h.

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