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25 ans de Polytechnique: plusieurs voix réclament un meilleur contrôle des armes

06/12/2014 04:13 EST | Actualisé 04/02/2015 05:12 EST

MONTRÉAL - Une foule bigarrée comprenant de nombreux jeunes s'est réunie samedi près de l'École polytechnique, à Montréal, pour commémorer le 25e anniversaire de la tragédie au cours de laquelle 14 jeunes femmes ont laissé leur vie.

Plusieurs dizaines de personnes s'étaient rassemblées près de la place du 6-Décembre-1989 en après-midi, où des discours ont été prononcés. Les larmes perlaient sur les joues rougies de certains; les accolades étaient chaleureuses.

«C'est la naïveté qui a volé en éclats cette journée-là. J'avais l'impression que tout était gagné; ma mère avait fait les luttes féministes pour moi, je pouvais prendre la place qui était confortable pour moi. Ça nous a tous mis dans la figure qu'on n'était pas rendues où on pensait», s'est souvenue Mirabel Lavoie, qui complétait son premier trimestre en génie à l'Université de Sherbrooke en décembre 1989.

De nombreux jeunes ont pris part à l'événement — certains d'entre eux accompagnaient leurs parents — parce qu'ils ont été secoués par le geste de Marc Lépine.

«On n'était pas nés quand c'est arrivé. Mais on a un devoir comme société de se souvenir de ce qui s'est passé ici. L'égalité est légale, mais elle n'est pas effective. (...) En venant ici, on met l'accent sur ça. Sur quelque chose qui n'est pas terminé», a constaté Alex Vandal, un jeune adulte.

Les participants, munis de cierges blancs illuminés, ont ensuite pris la route vers le chalet du Mont-Royal pour une vigile organisée par le Comité de commémoration des 25 ans du 6 décembre 1989.

Plusieurs politiciens s'étaient déplacés pour entendre les différents témoignages, dont le premier ministre Philippe Couillard, le chef de la Coalition avenir Québec François Legault, ainsi que plusieurs députés du Parti québécois. L'ex-première ministre Pauline Marois, présidente d'honneur d'un spectacle présenté en soirée pour commémorer la tragédie, y était aussi pour prendre la parole.

On a pu y voir également le maire de Montréal, Denis Coderre, le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, et quelques députés du Nouveau Parti démocratique.

Le gouvernement conservateur n'avait envoyé aucun représentant.

Une minute de silence a été observée au moment précis correspondant au début du drame, vers 16 h 30.

Les nombreux discours ont presque unanimement déploré l'abolition du registre des armes à feu par le gouvernement Harper, en 2013.

«Reconstruisons ce qu'il manque dans le registre des armes à feu», a lancé le premier ministre Couillard, sous les applaudissements nourris. Il a appelé les autorités municipales et fédérales à l'aider en ce sens.

Tour à tour, le maire Coderre, le directeur du Service de police de Montréal Marc Parent et l'ancien ministre libéral de la Justice Martin Cauchon ont rappelé la nécessité, selon eux, de se doter d'un tel outil.

«Avoir une arme à feu n'est pas un droit. C'est un privilège très particulier qui se doit d'être encadré», a tonné M. Cauchon.

Le chef du Parti libéral du Canada a récemment déclaré qu'il ne réinstaurerait pas le registre s'il était élu.

«Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de registre qu'il n'y a pas de contrôle», a nuancé le député libéral Stéphane Dion en entrevue, samedi.

Le public a aussi eu droit à des témoignages plus personnels de gens qui ont vécu la tragédie de près.

L'ancienne étudiante Nathalie Provost, qui a été blessée lors de l'attaque, ainsi que l'ancien président de l'Association étudiante de Polytechnique, ont parlé main dans la main de leur expérience éprouvante.

La journaliste Josée Boileau, du «Devoir», a dit avoir couvert l'événement «les yeux secs et le coeur détaché», devant son patron qui, selon elle, était effrayé par son féminisme.

Sue Montgomery a affirmé qu'elle avait été «malade» en entendant que des femmes avaient été visées. La journaliste du quotidien «The Gazette» a d'ailleurs interpellé les élus fédéraux qui affronteront des élections générales l'année prochaine.

«Que ferez-vous pour vous remédier à la violence contre les femmes?», a-t-elle lancé.

La cérémonie s'est terminée avec l'interprétation de Diane Dufresne et Marie-Josée Lord de la pièce «Ne tuons pas la beauté du monde».

L'entreprise québécoise Moment Factory a contribué à l'événement en allumant sur le belvédère du chalet du Mont-Royal 14 faisceaux lumineux qui pointent vers le ciel, en hommage aux 14 victimes.

Plusieurs organisations ont tenu à souligner cette journée du 6 décembre. À Montréal, l'hôtel de ville était illuminé de mauve en soutien à la cause des femmes. La tour du Stade olympique était entièrement éclairée en rouge en souvenir des victimes de Polytechnique.

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