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La Cour pénale internationale retire les accusations contre le président kényan

05/12/2014 08:02 EST | Actualisé 04/02/2015 05:12 EST

LA HAYE, Pays-Bas - Accusant le Kenya de lui mettre des bâtons dans les roues, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI) a retiré vendredi les accusations qui pesaient contre le président kényan, incluant celles le rendant responsable de meurtres et de viols.

La décision de Fatou Bensouda de laisser tomber la poursuite contre le président Uhuru Kenyatta pour son rôle présumé dans les violences post-électorales de 2007 dans son pays met en lumière les difficultés auxquelles fait face le jeune tribunal, qui doit être appuyé par des gouvernements menés par les suspects qu'il accuse.

On accusait M. Kenyatta d'être responsable de meurtres, de viols, de persécution, de déportation et d'autres gestes inhumains à titre de «coagresseur indirect» dans des violences ayant suivi les élections de 2007 au Kenya et qui ont fait plus de 1000 morts.

Dans le court avis de trois paragraphes faisant état du retrait des accusations, Mme Bensouda s'est conservé le droit de déposer de nouvelles accusations si elle obtenait plus de preuves.

«C'est un jour sombre pour la justice criminelle internationale», a-t-elle déclaré.

Les procureurs et les juges de la CPI ont accusé le Kenya d'avoir nui à l'enquête en omettant de leur remettre la documentation financière de M. Kenyatta et d'autres éléments de preuve potentiels. On rapporte également des cas d'intimidation de témoins, niés par les autorités kényanes.

M. Kenyatta avait été accusé en 2011, puis avait été élu président du Kenya en 2013. Son gouvernement avait fait pression sur le Conseil de sécurité de l'ONU pour qu'il retarde les procédures judiciaires, affirmant que le délai était essentiel pour que le Kenya puisse combattre les terroristes d'al-Shabaab.

Selon Mme Bensouda, certaines preuves clés des gestes commis par M. Kenyatta au moment des violences «ne peuvent se trouver qu'au Kenya et ne pourront être obtenus par les procureurs qu'avec l'aide du gouvernement du Kenya. Cette aide cruciale n'a ultimement pas été fournie».

Dans les bureaux présidentiels du Kenya, des cris de joie ont été entendus à l'annonce de la nouvelle. L'une des premières paroles de M. Kenyatta a été : «Une de terminée, il n'en reste plus que deux», en référence à deux poursuites de la CPI contre le président adjoint et une personnalité de la radio kényane.

Le porte-parole de M. Kenyatta, Manoah Esipisu, a déclaré à l'Associated Press que le président était «absolument ravi» de la décision de la CPI, tandis que le président a affirmé qu'il voulait courir chez lui pour partager la nouvelle avec sa femme.

Le retrait des accusations vient encore une fois miner la crédibilité du bureau de la procureure de la CPI. Le bureau a mené neuf enquêtes complètes depuis sa mise en place en 2002 — chacune d'entre elles en Afrique — et ne détient actuellement que sept suspects. Treize autres suspects demeurent au large malgré l'émission de mandats d'arrestation, incluant le président soudanais Omar el-Béchir, le chef rebelle Joseph Kony et Saïf al-Islam Kadhafi, fils du dictateur libyen Mouammar Khadafi.

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