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25 ans après la tuerie de Polytechnique, Nathalie Provost, une survivante, se souvient

05/12/2014 10:48 EST | Actualisé 04/02/2015 05:12 EST

MONTRÉAL - Nathalie Provost n'oubliera jamais ce jour du 6 décembre 1989, lorsque Marc Lépine a assassiné 14 femmes à l'École polytechnique à Montréal. Juste avant qu'il se mette à tirer, elle lui avait même parlé.

La femme de 23 ans était alors une étudiante en génie, comme ses consoeurs. Ces événements «sont marqués à tout jamais en moi», a confié Mme Provost, quelques jours avant le 25e anniversaire de la tragédie.

Ce jour-là, elle s'est trouvée face à face avec Marc Lépine, qui est entré dans la salle de classe avec son Ruger. Il était déterminé à tuer des femmes, des féministes.

«Il nous a dit qu'il était là parce que nous étions des féministes. Je lui ai dit que nous n'étions pas des féministes, que nous ne faisions qu'étudier dans une école de génie. Je lui ai dit qu'il pourrait se joindre à nous pour étudier, puis il s'est mis à tirer», se rappelle-t-elle.

Mme Provost a reçu des balles au front, dans les deux jambes et dans un pied.

Quand on lui demande en quoi ce drame a changé sa vie, elle répond qu'il l'a rendue plus consciente de sa propre vulnérabilité, plus sensible. «J'ai réalisé que je n'étais pas invincible, que je pouvais mourir rapidement comme ça», confie-t-elle.

«Je me rappelle avoir vu les yeux d'une de mes collègues de classe. Soudainement, elle a fermé les yeux et j'ai su qu'elle était morte. Je me rappelle clairement de cet événement dans ma tête encore aujourd'hui», relate Mme Provost.

La tragédie a aussi fait 13 blessés, soit neuf femmes et cinq hommes.

Après avoir tiré pendant 20 minutes, Marc Lépine s'est enlevé la vie.

Mais cette date fatidique du 6 décembre ne ramène pas que de sombres souvenirs dans la tête de Mme Provost. Un de ses enfants s'est mis à marcher un 6 décembre. Et c'est aussi le 6 décembre 1999, soit 10 ans après la tuerie, qu'elle a appris qu'elle était enceinte de son troisième enfant.

«Pour moi, c'était la vie qui gagnait», conclut-elle.

Sortir de ce drame au point de pouvoir tourner la page lui a pris des années. «Les cinq premières années ont été les plus longues. Je vivais encore un combat intérieur, sur le féminisme, sur la violence, sur ce qui m'était arrivé.»

«Après cinq ans, j'étais prête à avoir des enfants. C'est un nouveau monde qui s'est ouvert devant moi et les événements de Polytechnique se sont un peu dissipés, sans jamais disparaître cependant», se rappelle-t-elle.

Encore aujourd'hui le son d'un simple couvercle de casserole qui tombe au sol lui rappelle le son de la tuerie.

La tragédie a également secoué des proches des victimes.

Jim Edward, dont la soeur Anne-Marie a été tuée par Marc Lépine, affirme que ça lui a pris 10 ans pour surmonter sa peine et pardonner au tireur, dont huit années de psychothérapie. «À la dixième année, je suis devenu chrétien; alors peut-être que ça a joué», a-t-il confié en entrevue.

Sa femme Claire rapporte que le combat intérieur de son mari pour parvenir à composer avec ce qu'il avait vécu a même eu des répercussions au-delà de la famille proche. «Après ce qui est arrivé, il y a des gens que je connais qui ne voulaient même pas être près de lui tellement on sentait sa souffrance.»

À l'époque, la tuerie de Polytechnique avait provoqué un débat sur le contrôle des armes à feu. Le débat sévit encore aujourd'hui.

M. Edward se réjouit au moins du fait que 25 ans plus tard, les Canadiens sont plus conscients de la prolifération des armes à feu. «Il y a une plus grande conscience quant aux armes, quant au féminisme et aux droits des femmes», opine-t-il.

M. Edward, qui a maintenant 48 ans, est partisan d'un meilleur contrôle des armes à feu. «Le Canada a une tradition de chasse et pêche, mais les armes d'assaut n'ont rien à voir avec la chasse», objecte-t-il.

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