POLITIQUE

L'intimidation à Sept-Îles au temps de Mine Arnaud

04/12/2014 05:29 EST | Actualisé 10/12/2014 06:34 EST

Les tensions sont vives à Sept-Îles en attendant un possible décret pour autoriser le projet de Mine Arnaud.

Claire Hébert habitait dans le Parc Ferland, parc de maisons mobiles situé à environ trois kilomètres de la fosse prévue dans le canton Arnaud, à Sept-Îles, lorsqu’elle a commencé à faire ses propres recherches sur le contenu du sous-sol à cet endroit.

Baryum, vanadium, cobalt… autant de substances qui l’inquiétaient, puisqu’elle serait au premier rang du dynamitage à venir et des particules fines des buttes de résidus. Au fil de ses recherches, elle faisait part de ses découvertes à ses contacts sur Facebook à grands coups de captures d’écran ou de graphiques faits maison.

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Sa curiosité l’a également amenée à poser des questions aux séances du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) et aux promoteurs, qui l’ont rabrouée, sous prétexte qu’elle n’y comprenait rien.

Puis, au printemps dernier, plus de Facebook. Son compte avait été piraté et on avait usurpé son identité. Une certaine « Pauline Hébert » s’engueulait avec les groupes pro-Mine Arnaud. Elle a signalé ce faux compte qui prétendait parler en son nom, aboli depuis, puis s’en est créé un nouveau. Qui plus est, elle a reçu des menaces et ce, même si elle avait déménagé à deux heures de route de Sept-Îles.

Une autre opposante à Mine Arnaud, qui préfère garder l’anonymat, a été accusée de vol d’informations par son ancien employeur l’an dernier. Son disque dur externe a été saisi par les autorités, pour ensuite lui être rendu, n’ayant pas davantage de preuves contre elle.

Tout comme les menaces envoyées à Claire Hébert, elle croit que ces manœuvres avaient pour but de la faire taire. « J’ai toujours travaillé avec des données confidentielles », justifie-t-elle.

Crédibilité attaquée

Le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier, se dit bien conscient des pressions qui se font sentir de part et d’autre. « D’abord, juste les gens qui ont levé la main pour dire : "on a des questions, on a des inquiétudes". Là, ils ont été malmenés à bien des occasions. »

Le député fédéral Jonathan Genest-Jourdain a manifesté à ses côtés en novembre dernier pour un référendum, une position qui est citoyenne à son avis, tout le contraire des « grands donneurs d’ouvrage » qui veulent « garder les billes juste pour eux ».

« Beaucoup de détenteurs de charges publiques à Sept-Îles ont pris une position favorable, aveugle et pour "Go Mine Arnaud", pour le développement, constate-t-il. Je me suis assuré que ceux qui avaient une voix différente des grands donneurs d’ouvrage ont pu être entendus. »

Réjean Porlier l’admet sans détour : il a subi de la pression de par ses fonctions. L’initiateur d’une pétition de 5000 noms pour un référendum doit composer avec tout un conseil municipal qui appuie le projet Mine Arnaud, ce qui l’empêche de réaliser son engagement électoral principal.

« C’est un peu paradoxal parce qu’on reproche toujours aux gens de ne pas s’occuper de leurs affaires et le jour où ils veulent être entendus, on leur dit qu’ils vont passer leur tour, pas cette fois, constate-t-il. En quelque part, la démocratie est élastique. Quand elle fait notre affaire, on s’en réclame, mais quand elle nous heurte, là, on a envie de passer à côté. »

Intimidation 2.0

Le compte Facebook de Claire Hébert a été piraté une deuxième fois, depuis des adresses IP à des endroits bien spécifiques au Québec et au Nunavut. Elle est convaincue qu’il s’agit d’une campagne de peur des personnes ayant intérêt à ce que le projet de Mine Arnaud voit le jour.

« On a essayé de me discréditer parce que je n’ai pas de formation en chimie. On riait du fait que j’avais oublié un "s" dans mes courriels plutôt que de porter attention à mes propos. Comme si parce que je fais des fautes quand j’écris, je n’étais pas capable de comprendre. »

Peu importe, Claire Hébert continue de faire valoir ses opinions sur les groupes Facebook anti-Mine Arnaud même avec un compte piraté.

Quant à l’autre opposante, qui a changé d’emploi depuis, ses détracteurs lui mettent encore des bâtons dans les roues.

« C’est de la menace par en-dessous. Tout ce qui est sorti sur TransCanada, c’est la même chose ici, à Sept-Îles. »

L'un des porte-parole de la Chambre de commerce de Sept-Îles, Marc Brouillette, dit ne pas être au courant d'histoires d'intimidation contre des opposants à Mine Arnaud. « Peu importe de quel côté ça se passe, si ça se passe, je n’en ai pas eu connaissance. Je l’ai dit depuis un an et demi: ces situations-là, d’une part ou d'une autre, on ne tolère pas ça. Ça n’a pas sa place. »

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