NOUVELLES

Rapport d'experts: un magnat de la presse comme PKP peut-il être député?

03/12/2014 12:44 EST | Actualisé 02/02/2015 05:12 EST

QUÉBEC - Le Centre d'études sur les médias de l'Université Laval est appelé à prendre position sur les conséquences sur la liberté de presse de l'élection à l'Assemblée nationale d'un magnat des médias.

Québec a confié un mandat au centre dirigé par le journaliste et professeur Florian Sauvageau mercredi, et on s'attend à ce qu'il produise un rapport d'ici le mois de mai.

Le nom du député de Saint-Jérôme, Pierre Karl Péladeau, n'apparaît nulle part dans le communiqué rendu public par le leader parlementaire, Jean-Marc Fournier, mais c'est tout comme.

Personne ne doute que le candidat à la direction du Parti québécois est directement visé par cette démarche, qui pourrait se conclure par la tenue d'une commission parlementaire et le dépôt d'un projet de loi encadrant le droit des propriétaires d'empires médiatiques de se faire élire.

Depuis des mois, la situation particulière et inédite de M. Péladeau, qui demeure actionnaire de contrôle de l'empire Québecor tout en étant député, crée un malaise et suscite la controverse à l'Assemblée nationale.

Après des semaines de vaines tractations avec les partis d'opposition quant à la marche à suivre, M. Fournier a annoncé mercredi son intention de confier un mandat au Centre d'études sur les médias, avec l'appui, si nécessaire, de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires, qui devront analyser la situation sous l'angle des liens d'influence et des menaces à l'indépendance journalistique qu'elle peut engendrer.

Le groupe d'experts devra formuler des recommandations et produire un rapport à remettre d'ici la fin mai. Le centre n'a pas encore dit s'il acceptait le mandat confié par le gouvernement.

M. Sauvageau a déjà été contacté récemment pour dénouer l'impasse et présider une commission parlementaire sur le sujet, mais il a décliné l'offre, craignant que l'exercice se transforme en «auberge espagnole». Dans une lettre, il dit douter qu'une commission parlementaire soit «le forum idéal» pour examiner ce type de situations.

Le contenu du rapport d'experts devrait donc être connu dans les jours suivant l'élection, à la mi-mai, du nouveau chef du Parti québécois, qui pourrait bien être M. Péladeau, candidat et meneur de la course selon les sondages.

L'opposition officielle, formée du Parti québécois, rejette l'idée d'une commission parlementaire, un forum jugé trop partisan. On craint que la véritable motivation du gouvernement et de l'opposition caquiste soit d'évincer Pierre Karl Péladeau de l'Assemblée nationale.

Mardi, lors d'un débat avorté autour d'une motion sur le sujet, la leader de l'opposition péquiste, Agnès Maltais, a conclu qu'aux yeux du gouvernement, «la finalité, c'est d'expulser le député de Saint-Jérôme, peu importe le moyen, peu importe la méthode».

Le principal intéressé a dit mercredi qu'il était important d'extraire «l'aspect partisan» du dossier, tout en reconnaissant que sa situation méritait qu'on puisse «en débattre», pourvu que ce soit «dans une arène non partisane».

Il a réaffirmé que, sous sa gouverne, les journalistes de Québecor avaient toujours été totalement libres d'exercer leur métier de façon professionnelle, sans influence de sa part. «D'aucune façon, ils vont subir une influence en ce qui me concerne. Ça n'a jamais été le cas dans le passé, en ce qui me concerne», a dit M. Péladeau, lors d'une mêlée de presse.

«Il y a une réflexion à faire sur les médias, la propriété des médias, et l'influence sur la vie politique et les institutions démocratiques», a fait valoir en conférence de presse le ministre Fournier, qui est aussi responsable de la réforme des institutions démocratiques.

Il a rappelé que celui qu'on surnomme PKP était en position pour devenir éventuellement chef de parti, chef de l'opposition officielle, voire premier ministre du Québec, d'où la pertinence de la démarche en cours.

«Il faut regarder l'ensemble des tenants et aboutissants», a ajouté M. Fournier. Visiblement, le gouvernement tient à maintenir cette polémique dans l'actualité durant des mois.

Il a dit s'inscrire «totalement en faux» contre l'opinion répandue dans le caucus péquiste selon laquelle le gouvernement ne cherche qu'à «expulser M. Péladeau» de l'Assemblée nationale.

Sauf que la suite des choses pourrait amener M. Péladeau «à faire des choix», a convenu M. Fournier à propos de cette «problématique réelle».

La Coalition avenir Québec (CAQ) est d'accord avec le mandat confié au groupe d'experts. La CAQ fait partie de ceux qui jugent que M. Péladeau s'est placé en conflit d'intérêts, et fait pression sur lui pour qu'il choisisse entre son implication politique et la propriété de son empire médiatique.

PLUS:pc