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La Banque du Canada maintient son taux d'intérêt directeur à 1%

03/12/2014 10:02 EST | Actualisé 02/02/2015 05:12 EST

OTTAWA - Les aspects positifs de l'économie canadienne surpassent largement ses aspects négatifs, a indiqué mercredi la Banque du Canada, un équilibre qui a convaincu mercredi son gouverneur Stephen Poloz de maintenir le taux d'intérêt directeur de l'institution à un pour cent.

La banque centrale a souligné que les exportations progressaient grâce à l'amélioration de l'économie américaine — un regain qui s'est aussi traduit par une progression des investissements d'entreprises et par la création d'emplois au Canada.

Mais la Banque du Canada a aussi lancé un avertissement au sujet de certains autres risques: la glissade des cours du pétrole et la hausse du niveau d'endettement des ménages. Cet endettement, a-t-elle prévenu, représente un «risque important sur la stabilité financière».

Mais même si la banque voir un certain équilibre dans les risques, elle a reconnu que les meilleures données liées à la performance économique récente du pays semblaient annoncer des jours plus ensoleillés.

«Au Canada, l’économie montre des signes de généralisation de la reprise», a déclaré la banque centrale dans un communiqué.

«Le raffermissement des exportations commence à se traduire par des investissements des entreprises et des chiffres de l’emploi plus élevés. Cela donne à penser que le processus espéré de reconstruction qui mènera à une croissance équilibrée et autosuffisante est peut-être finalement amorcé.»

Plusieurs économistes ont cependant été frappés par le ton plus sérieux adopté par la banque centrale au sujet de l'endettement des ménages.

Selon l'économiste en chef adjoint de BMO Marchés des capitaux, Michael Gregory, les dépenses des consommateurs sont restées solides au Canada et le marché de l'habitation s'est avéré beaucoup plus résilient dans certaines régions.

«Avant, il s'agissait de risques qui prenaient de l'importance, et maintenant, j'imagine qu'ils ont pris assez d'importance pour devenir des risques 'significatifs'», a observé M. Gregory.

Dans un rapport distinct, l'agence de crédit à la consommation Equifax Canada a indiqué mercredi que la dette collective des Canadiens avait progressé de 7,4 pour cent au troisième trimestre, par rapport à l'an dernier, pour atteindre plus de 1500 milliards $.

Près des deux tiers de ce montant, soit 985,1 milliards $, est composé de dettes hypothécaires. En excluant les hypothèques, la dette moyenne des Canadiens s'est établie à 20 891 $.

L'économiste principal de la Banque Nationale Krishen Rangasamy a aussi remarqué que le ton de la Banque du Canada s'était endurci lorsqu'il était question de l'endettement des ménages, par rapport à sa dernière annonce sur les taux d'intérêt, en octobre.

Mais M. Rangasamy ne croit pas que cela signifie que M. Poloz cherche à hausser les taux d'intérêt dans un avenir rapproché.

Peut-être, a-t-il ajouté, est-ce un message voilé pour convaincre Ottawa de mettre en place de nouvelles mesures pour décourager l'accumulation de dettes.

«Je crois que la Banque du Canada tend la main au gouvernement fédéral et dit 'Vous savez quoi, ceci est un risque significatif et peut-être que vous devriez faire quelque chose à ce sujet'», a illustré M. Rangasamy, en rappelant les mesures prises par le gouvernement conservateur pour resserrer les règles sur les prêts hypothécaires.

Mais la banque centrale ne veut pas seulement hausser les taux d'intérêt tout de suite, de crainte qu'une telle décision ne ralentisse le processus de guérison de l'économie.

«Elle veut aussi garder le dollar canadien à son faible niveau, et en ne haussant pas les taux d'intérêt, c'est exactement ce qui va se produire», a-t-il affirmé.

Le taux directeur de la Banque du Canada n'a pas bougé depuis septembre 2010 et a aidé à garder les taux d'emprunt à des creux historiques. La plupart des économistes s'attendent à ce qu'il reste à ce niveau au moins jusqu'à la mi-2015.

Des signes d'amélioration de l'économie sont apparus dans les données depuis la dernière annonce de la banque centrale sur les taux d'intérêt, en octobre. À l'époque, la banque centrale décrivait les pressions inflationnistes sous-jacentes comme «modérées» et qualifiait sa projection pour l'inflation «relativement équilibrée».

Depuis, le taux de chômage a reculé à 6,5 pour cent et la croissance de l'économie s'est établie à 2,8 pour cent pour le troisième trimestre — soit un demi-point de pourcentage de plus que ce qu'avait prévu la banque.

Les plus récentes données sur l'inflation semblent aussi annoncer une croissance plus vive que prévu à ce chapitre.

La banque centrale a reconnu mercredi que l'inflation avait progressé plus rapidement qu'anticipé, mais elle a jugé que cette augmentation était principalement attribuable aux «effets temporaires» du niveau plus bas du dollar canadien et à certains facteurs sectoriels, notamment les prix des télécommunications et de la viande.

Jimmy Jean, économiste principal chez Desjardins Marché des capitaux, s'attendait à ce que la Banque du Canada insiste davantage sur la menace que représente le plongeon du cours du pétrole pour l'économie canadienne.

«Il ne semble pas, au final, qu'ils considèrent que (la chute du prix du pétrole) aura un impact négatif très important — du moins ce n'est pas ce qui ressort du communiqué», a affirmé M. Jean.

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