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Même schizophrène, Magnotta aurait su ce qu'il faisait, soutient le docteur Gilles Chamberland

02/12/2014 01:31 EST | Actualisé 01/02/2015 05:12 EST
AP

MONTRÉAL - Le psychiatre expert de la Couronne au procès de Luka Rocco Magnotta a soutenu mardi que même si l'accusé avait souffert de schizophrénie, comme le plaide la défense, il aurait quand même su que ce qu'il faisait au moment du meurtre était mal.

Au cours du procès, la défense a fait défiler des psychiatres à la barre pour soutenir la thèse de la psychose. Ces experts ont soutenu que Magnotta n'avait pas été soigné pour sa schizophrénie pendant au moins deux ans, et qu'il ne pouvait distinguer le bien du mal lorsqu'il a assassiné l'étudiant chinois Jun Lin, puis démembré son corps, en mai 2012.

Depuis le début de son témoignage en contre-preuve pour la Couronne, le docteur Gilles Chamberland met en doute ce diagnostic de schizophrénie, qui avait été posé déjà au début des années 2000. Il a cependant soutenu mardi que même si on acceptait ce diagnostic, rien n'indique que Magnotta avait perdu contact avec la réalité au moment du crime.

Au cours du contre-interrogatoire, l'avocat de Magnotta, Luc Leclair, a suggéré que le docteur Chamberland s'était forgé une opinion avant même l'arrestation de l'accusé en Europe. Dans des entrevues réalisées en mai et en juin 2012, le psychiatre avait dit de Magnotta qu'il était méthodique, organisé et ne montrait aucun signe de maladie mentale. Il a maintenu son opinion, mardi.

Me Leclair lui a reproché de ne choisir que les éléments qui lui convenaient et d'ignorer certains aspects importants du dossier médical de Magnotta.

M. Chamberland a reconnu ne pas avoir lu entièrement le dossier de Magnotta, mais il n'avait pas à le faire puisqu'il témoignait en contre-preuve. Il a affirmé que les épisodes psychotiques de l'accusé étaient plutôt attribuables à sa consommation de drogue plutôt qu'à une maladie mentale.

«On connaît votre théorie, vous l'avez clairement exposée à plusieurs reprises dans les médias en 2012», a dit Me Leclair.

Selon le docteur Chamberland, qui n'a jamais rencontré l'accusé, la meilleure façon de mesurer l'intensité d'une maladie est de voir comment elle se manifeste chez le patient. Et dans ce cas-ci, a-t-il dit, l'information disponible avant et après les événements indiquent que Magnotta comprenait que ce qu'il faisait était mal.

Il estime aussi que si Magnotta avait été schizophrène, il ne se serait pas donné la peine d'aller cacher la tête de sa victime dans un parc au bout de la ville. Selon lui, ce comportement est davantage compatible avec un trouble de la personnalité caractérisé par un désir d'attirer l'attention. Ce dont souffre Magnotta, selon lui.

Le psychiatre estime par ailleurs que globalement, les antécédents médicaux de Magnotta ne suggèrent pas que la schizophrénie — s'il s'agissait bien de cela — aurait pu handicaper son existence au cours des années.

Il a aussi rappelé l'entrevue accordée par Magnotta à une émission de téléréalité, en 2008, où il discute de chirurgie esthétique. Selon le psychiatre, une personne souffrant de maladie mentale n'accepterait pas de participer à une telle entrevue.

L'effet «Basic Instinct»

Magnotta a plaidé non coupable aux accusations de meurtre prémédité, d'outrage à un cadavre, de production et distribution de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour envoyer du matériel obscène, et de harcèlement criminel. L'accusé admet être l'auteur des crimes qui lui sont reprochés mais son avocat plaide la non-responsabilité criminelle pour cause de maladie mentale. La Couronne, elle, veut convaincre les jurés que les crimes ont été prémédités.

Le psychiatre Chamberland a par ailleurs dressé, mardi matin, de nombreux parallèles entre le meurtre de Jun Lin et le film «Basic Instinct». Selon lui, ces «troublantes» similitudes sont «fondamentales» dans cette affaire.

Ainsi, Magnotta a repiqué textuellement des répliques du film dans la lettre qu'il a rédigée six mois avant le meurtre, et dans laquelle il laissait entendre qu'il tuerait quelqu'un. Des scènes de la vidéo du démembrement de la victime rappellent aussi le film, a dit le témoin. De plus, Magnotta aurait emprunté au film des noms dont il s'est ensuite servi dans sa vie.

Mais le psychiatre retient surtout la récurrence du pic à glace dans les deux cas. Magnotta a en effet utilisé pour commettre son crime un tournevis peint de couleur argent, comme pour rappeler le pic à glace du film hollywoodien. La vidéo du démembrement portait d'ailleurs le titre «One Lunatic, One Ice Pick» (Un fou, un pic à glace).

Selon M. Chamberland, si on regarde cela avec le recul, c'est assez troublant.

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