BIEN-ÊTRE

Corey Shapiro: Quand aller à contre-courant rapporte gros (ENTREVUE)

02/12/2014 11:21 EST | Actualisé 02/12/2014 11:21 EST
Paul Labonté

Avez-vous déjà entendu parler de Corey Shapiro?

Il côtoie les rappeurs américains les plus en vue, boit du champagne en coulisses lorsque ces artistes s’arrêtent en ville, il possède le salon de barbier le plus décadent de la métropole avec son plancher et ses meubles Versace, donne des interviews en robe de chambre, se trimbale plus souvent qu’autrement en survêtement excentrique (que ce soit en velours rose de la tête aux pieds ou en pyjama à l’effigie de Bart Simpson comme à l’ouverture de sa boutique), saute sur un vol en direction de New York une fois par semaine afin d’y savourer les sushis servis à son club privé favori; Shapiro fait dans la décadence et ce mode de vie jet set attise l’intérêt des médias et du public, comme le démontre l’engouement généré autour de son compte Instagram.

Ce que peu de gens savent, c’est que sous le personnage plus grand que nature se cache un redoutable entrepreneur.

Pour être plus exact, c’est que Corey Shapiro est, depuis quelques années, en train de redéfinir et de redessiner le quartier Saint-Henri, arrondissement qu’il affectionne particulièrement.

Avec ses méthodes d’affaires non conventionnelles, une attitude en affaires peu orthodoxe, cet homme ose, fonce, n’en fait qu’à sa tête, n’obéissant qu’à ses envies, ne répondant qu’à ses instincts les plus profonds. C’est que l’homme est résolument visionnaire, mise sur l’exclusivité, l’originalité d’un produit ou d’un service.

Mais le parcours du résident de ville Saint-Laurent n’est pas sans tache. D’ailleurs, deux erreurs y figurent- ce qu’il ne cherche nullement à cacher - soit la ligne de vêtements « Urban Freakout » lancée il y a une dizaine d’années, en vente à l’époque à la boutique Off the Hook, mecque de la culture underground hip-hop montréalaise. Le deuxième projet est une boutique de baskets, « Sneaker Freaker » sur le boulevard Saint-Laurent. S’étant lancé dans ce projet à l’âge de dix-huit ans, Corey admet aujourd’hui que l’aventure fut un désastre total : « Montréal n’était pas prête pour ce type de boutique. J’y vendais des modèles vintages rares, destinés aux collectionneurs. Personne ne comprenait à l’époque le concept ».

Depuis maintenant une décennie, le père de famille de 32 ans vend des lunettes rarissimes et vintages au public, élabore un maximum de quatre collaborations spéciales par année (avec notamment Rick Ross) et ses créations ne sont portées par nul autre que Jay-Z et Lady Gaga. Vintage Frames Company a justement récemment ouvert ses portes sur la rue Notre-Dame Ouest, non loin de son salon de barbier.

Le succès? Il lui colle à la peau depuis un certain temps. La demande pour tout ce que Corey Shapiro touche ne cesse de croitre.

J’aborde ses mentors, m’enquiers de sa philosophie en affaires, lui demande quel est le meilleur conseil qu’on lui ait prodigué : « Le meilleur conseil qu’on m’ait donné? …si quelqu’un a en fait le temps de me prodiguer des conseils, j’en déduis que ce dernier ne vaut …pas grand-chose! » Aucun mentor, soit. Sûrement aucune étude de marché non plus, car il faut avoir les nerfs solides pour se lancer dans des marchés aussi risqués. Le montréalais, qui a étudié au Collège Lasalle, ne fait confiance qu’à son instinct, et ce, depuis les débuts. « Je voulais donner l’opportunité au public d’accéder à mon “monde”, mon mode de vie. C’est tout. De là la création du salon de barbier Notorious, et à l’origine, du magasin Sneaker Freaker». Le modus operandi est simple: Corey aime, voit une niche de marché, va de l’avant avec son projet. Veni vidi vici.

Sa prochaine entreprise est inspirée de son mode de vie. Celui-ci se rend dans la Grosse Pomme déguster le sushi du Club Privé duquel il est membre. Il compte ramener sous peu un concept similaire chez nous, dans le Sud-Ouest. « Le concept est simple : les gens appellent, laissent leurs coordonnées pour effectuer une réservation. Nous serons très sélectifs et nous déciderons qui mangera – ou pas – à notre établissement. La qualité de la nourriture servie sera exceptionnelle ».

Foncer avec ce type de concept dans la métropole qui compte le plus grand nombre de restaurants par mètre carré et dans un coin de la ville à proximité des meilleurs restaurants de sushi, dont Shinji et Park, parions que l’entrepreneur réussira à s’en tirer haut la main.

Un tout nouvel établissement verra lui aussi prochainement le jour sur la rue Notre-Dame Ouest, soit le bar à jus Juicyyy Labs. Serait-il possible que l’entrepreneur caresse d’autres projets insolites? M. Shapiro mentionne brièvement la possible acquisition d’une église et ajoute avec un sourire en coin, de possiblement se « présenter comme maire un jour! ».

L’anticonformiste barbu devant moi est d’une étonnante humilité. Bien qu’il soit excessivement créatif et excentrique, le succès actuel ne lui est pas tombé du ciel. Si Corey est en marge de tout CEO traditionnel auquel nous sommes habitués, il n’en demeure pas moins qu’il s’est hissé au sommet avec tout autant d’acharnement et d’énergie que ses pairs.

Ses méthodes d’affaires et sa vision, unique, démontrent que le vent est peut-être en train de tourner. « Les jeans, Louboutins hérissés de pointes et une montre tapageuse sont dorénavant l’uniforme des hommes d’affaires de ma génération » a déjà affirmé le jeune homme.

Shapiro est légendaire et son aura fascine les gens- avec raison.

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