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L'ex-reine du music-hall québécois Muriel Millard est décédée

01/12/2014 11:54 EST | Actualisé 31/01/2015 05:12 EST

MONTRÉAL - L'ex-«Reine du music-hall» québécois Muriel Millard, qui a animé les folles soirées des cabarets au milieu du siècle dernier, est décédée dimanche soir dans un hôpital montréalais. Elle aurait eu 92 ans ce mercredi.

Reine des nuits montréalaises des années 1940, 1950 et 1960, elle a séduit des milliers de clients du Mocambo, du Caprice ou du Café de l'est avec ses revues à grand déploiement. Mais à l'aube des années 1970, Muriel Millard met au rancart plumes, strass et robes de samba pour se tourner vers la peinture.

Elle restera aussi gravée dans la mémoire collective du Québec comme l'auteure de la célèbre chanson «Dans nos vieilles maisons», entonnée pendant des milliers de réveillons du jour de l'An mais toujours populaire. La chanson a d'ailleurs été intronisée en 2007 au Panthéon des auteurs-compositeurs canadiens.

Muriel Millard naît le 3 décembre 1922 à Montréal, et elle sera l'aînée d'une famille de huit enfants. À 13 ans seulement, en 1938, elle remporte le concours musical «Les Jeunes Talents Catelli» de CKAC, qui lancera sa carrière. Elle chante dans la métropole sur la scène du Théâtre National de Rose «La Poune» Ouellette (aujourd'hui le «National», dans le Village), avec les vedettes de l'heure du burlesque et du music-hall, dont Manda, et sera plus tard des tournées de Jean Grimaldi dans tout le «Canada français» — et jusqu'en Nouvelle-Angleterre.

En 1942, son premier disque, «Y'a pas de cerises en Alaska», connaît un grand succès. Elle sera ensuite omniprésente à la radio — CKAC, CKVL, et même Radio-Canada, chez «Les Joyeux Troubadours» — mais aussi dans les cabarets du Québec, et ailleurs sur la planète: New York, Argentine, Nevada.

En 1950, Muriel Millard est d'ailleurs couronnée «Miss radio». Elle animera ensuite sur les ondes naissantes de la télévision de Radio-Canada «Miss Music-Hall», l'émission qui lui vaudra son surnom, mais aussi «Pique atout», «Feux de joie», «Porte ouverte» ou «Le Club des autographes».

À la fin des années 1950, ses spectacles deviennent des revues de music-hall très élaborées — et coûteuses —, avec danseurs et numéros de variété. C'est là qu'on la voit chanter sambas et rumbas endiablées, régime de bananes sur la tête, telle une Joséphine Baker. «Les Français avaient Mistinguett, et nous, on avait Muriel Millard», racontait lundi le journaliste Roger Sylvain, qui l'a fréquentée jusqu'à la toute fin.

«Il y a eu Alys Robi aussi après, dans un autre genre, mais dans la même lignée», se rappelait lundi la «vadrouilleuse» Francine Grimaldi, fille du producteur de revues burlesques Jean Grimaldi.

En 1960 et 1961, elle remporte le trophée de la meilleure chanteuse populaire au Gala de la radio-télévision. «Elle avait une jolie voix, des textes amusants, savoureux», dit encore la chroniqueuse Francine Grimaldi.

De 1966 à 1969, Muriel Millard monte quatre revues musicales, à la Comédie canadienne de Gratien Gélinas, au Jardin des étoiles de La Ronde, au Théâtre des variétés de Gilles Latulippe (lui aussi décédé cet automne), au Forum, en tournée en province, et même à New York.

Pendant toutes ces années, elle aura été auteure-compositrice de plus de 200 chansons.

La peinture

Elle quitte la scène après cette série de revues, en 1969, pour n'y revenir que de façon épisodique. Plusieurs décennies plus tard, elle expliquera au micro de Radio-Canada qu'elle avait dû mettre fin à ses spectacles financièrement risqués pour prendre soin de ses proches aux prises avec des ennuis de santé.

«Tout ce monde-là, j'étais la seule à gagner. Parce que tout le monde était malade. Il n'y avait pas d'assurance-maladie. Est-ce que je vais prendre l'argent que j'ai à investir pour un spectacle ou bien si je vais prendre l'argent pour les faire soigner?», relate-t-elle en 2007. «Il fallait, fallait absolument. J'étais prise à la gorge.»

Dès lors, elle troque le micro pour le pinceau, les paillettes pour l'acrylique. Elle peint des natures mortes, mais surtout des portraits de clowns, avec leur mine à la fois joyeuse et pathétique.

«J'aurais bien aimé, avant de poser un pareil geste, pouvoir réaliser ne serait-ce que partiellement mon vieux rêve: établir un music-hall permanent au Québec et en faire un attrait touristique, comme c'est le cas dans tous les grands pays du monde», confiait-elle en 1971 à La Presse.

Mais c'est la peinture qui l'appelle. Muriel Millard deviendra rapidement l'une des seules artistes visuelles québécoises à pouvoir vivre de son art. Ses clowns atteignent des prix très élevés et trouvent rapidement preneurs.

En juin 2007, le malheur s'abat sur elle. Son appartement montréalais est complètement détruit par les flammes. Tout y passe, sauf ses précieuses toiles: elle y voit un signe du destin. Quelques mois plus tard, au micro de Radio-Canada, elle confiera qu'elle n'avait pas peur de mourir. «J'ai ma gang en haut qui m'attend», lançait-elle. Elle n'était toutefois pas pressée d'y arriver. «C'est ça, je prends mon temps.»

En mars 2011, un accident vasculaire cérébral la contraint à abandonner ses pinceaux.

Selon ses dernières volontés, la dépouille de Muriel Millard ne sera pas exposée, a indiqué le journaliste Roger Sylvain. Ses funérailles auront lieu samedi, à 13 h, en l'abside de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal.


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