DIVERTISSEMENT

25e Gala de la SOCAN - Deux créateurs, deux générations: Klô Pelgag et Paul Piché (ENTREVUES)

01/12/2014 12:08 EST | Actualisé 01/12/2014 12:10 EST
Montage - Mélissa Pelletier

Déjà 25 ans? Eh oui, le Gala de la SOCAN en sera à sa vingt-cinquième édition le 2 décembre prochain. Si l'apport de la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique à l'industrie musicale n'est plus à prouver, il est tout de même bon de le souligner.

Dans ce cadre, la sensation montante Klô Pelgag et le populaire Paul Piché ont accepté de discuter avec Le Huffington Post Québec de leur vision de l'industrie musicale, mais surtout de leur point de vue sur la SOCAN.

En cette ère de mutation du monde de la musique, particulièrement à cause du virage numérique, quels sont les thèmes qui touchent particulièrement ces deux auteurs-compositeurs-interprètes ? Deux générations, deux visions complètement différentes? Pas nécessairement...

Quelle chanson te rend le plus fier(ère)?

Klô Pelgag: Difficile comme question! Je ne sais pas en fait. Je commence à penser à de nouvelles chansons. Je suis en plein processus d'écriture. Je cherche à écrire la chanson qui me permettrait de répondre facilement à cette question! (Rires) Mais je suis fière de la diversité de mes pièces. Chaque chanson représente un moment de ma vie.

Paul Piché: Ouf! Choisir entre ses enfants, c'est difficile! J'ai mis beaucoup de temps dans chacune de mes chansons. Je suis incapable de faire ce choix-là.

Quels sont les éléments essentiels pour écrire une bonne chanson?

Klô Pelgag: J'ai commencé beaucoup de chansons que je n'ai jamais terminé parce que je ne l'ai pas senti. Souvent, j'écris dans un souffle. C'est rare qu'une chanson s'écrive sur plusieurs mois... Elle évolue plutôt au fil du temps. Avec mon frère (Mathieu Pelgag), on essaie d'aller chercher des arrangements réfléchis. Et mes musiciens aussi aident beaucoup, entre autres à mieux articuler le tout.

Paul Piché: Pour moi écrire une chanson, c'est d'essayer d'écrire des émotions. En écrivant, j'arrive à jeter une lumière sur moi-même. Même si j'ai écris parfois des chansons engagées avec un argumentaire rationnel, je maintiens que pour moi c'est plus émotif.

Comment décrirais-tu la scène musicale actuelle?

Klô Pelgag: Je sens une certaine division entre la scène dite populaire et underground. C'est tellement foisonnant! La plupart des gens ne sont pas au courant que ça existe. Les goûts du grand public sont assez restreints dans les styles. Beaucoup de gens qui font seulement attraper ce que la télévision leur envoie, qui ne vont pas s'informer en lisant les suggestions de La Presse par exemple. Je trouve que la télévision et la radio sont très frileux. Ils ne font pas confiance à l'intelligence des gens. Il faudrait qu'ils comprennent qu'il n'y a pas qu'une chose qui fonctionne. Qu'il faut explorer!

Le défi, c'est de passer le message hors de Montréal. Les médias montréalais vont rarement toucher les médias des régions. Des initiatives comme le Festival de musique émergente (FME) en Abitibi-Témiscamingue ou Le Festif! à Baie-Saint-Paul sont super positives en ce sens.

Paul Piché: Selon moi, il y a deux aspects. Il y a le nouveau tournant à cause d'internet, qui a mené à toute une révolution sur notre rapport à la musique. Ça change tout pour les artistes. C'est une période d'ajustement, mais il va falloir s'imposer, se défendre. Et tous ces changements n'empêchent pas une effervescence: il a plus d'artistes de qualité que jamais! Il y en a pour tous les goûts, tous les styles. Il y a une originalité dans cette création: on ne tombe pas dans les produits américains entendus trop souvent. Il y a quelque chose qui me rend fier là-dedans. Je suis épaté! On l'a vu à l'ADISQ: c'est plus qu'une relève, c'est un mouvement!

As-tu l’impression que la relève a la place qui lui revient?

Klô Pelgag: Je pense que les artistes ont droit à un bel appui au Québec. Il y a vraiment beaucoup de concours, de vitrines. J'ai d'ailleurs commencé par là. Je ne suis pas fan de l'idée de mettre des gens sur des podiums. Mais je crois en l'expérience qu'on peut aller chercher. Ça peut permettre de se découvrir soi-même sur scène. Et surtout, ça donne la chance d'y aller tranquillement, sans brûler les étapes.

Paul Piché: On voudrait toujours faire plus de place à la relève. Mais en même temps, c'est ça le truc: il faut faire sa place. Comme disait Gilles Vigneault: «Pourquoi parler de relève? Quelqu'un est tombé?» Ce ne sont plus juste les radios commerciales qui décident de ce qui se passe. Il y a beaucoup de talents accessibles et ces artistes remplissent des salles!

À ce jour, quel a été ton plus grand défi de carrière?

Klô Pelgag: Tout le commencement. Les concours et tout. Je suis une personne timide, renfermée. Tout ça, ça m'a permis d'accepter la personne que je suis. Et ça n'a pas toujours été glorieux. Je me souviens particulièrement d'un certain soir à Trois Rivières... (Rires) On a joué devant 4 personnes à la Saint-Valention. Disons que mes musiciens et moi, nous nous sentions un brin loosers. Au point de se poser des questions sur le pourquoi du comment. Est-ce que ça valait vraiment la peine de continuer? C'est le plus dur: se lancer dans le vide. Dans mon cas, arrêter l'université pour me consacrer à ma carrière musicale. Difficile de sentir cette envie comme un appel, comme si j'étais l'enfant de la famille qui devait devenir prêtre! (Rires)

Paul Piché: Dans mon cas, la durée. Ça a marché rapidement: ça n'a pas été un défi de me faire connaître. J'étais archéologue et j'ai fait un album sans nécessairement penser que ça allait rencontrer une si belle popularité! C'est difficile de se réinventer en restant soi-même. Le public voudrait toujours que ce soit la même musique. Les auditeurs aiment les chansons auxquelles ils sont habitués. Et c'est le principe de la musique, la répétition. Mais il faut tout de même apporter du nouveau.

Un conseil pour un(e) artiste qui souhaiterait débuter dans la musique?

Klô Pelgag: De s'écouter soi-même. Beaucoup de gens vont vouloir donner des conseils, essayer de te dénaturer. Il faut connaître ses forces. Et il faut faire attention à son entourage: certains veulent s'approprier ton succès.

Paul Piché: De s'amuser. Un artiste doit aimer ce qu'il fait. Ce n'est pas pour l'argent qu'il faut pratiquer ce métier! (Rires) On doit aimer ce qu'on fait chaque jour!

Comment vois-tu l’apport de la SOCAN dans l’industrie musicale?

Klô Pelgag: C'est super que ça existe! J'ai été appuyée, épaulée. La SOCAN est très flexible. C'est une organisation qui pense au bien-être des artistes. C'est très serein.

Paul Piché: C'est une grande institution. On oublie souvent son importance, puisqu'elle est imbriquée dans la société. Comme les murs d'une maison, on ne les voit plus à un moment. C'est essentiel, aujourd'hui plus que jamais. La défense du droit d'auteur est primordiale.

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