POLITIQUE

Plan Nord et prostitution: la ruée vers l'or à l'abri des regards sur la Côte-Nord du Québec

30/11/2014 11:01 EST | Actualisé 10/12/2014 06:34 EST

prostitute

SEPT-ÎLES - Pour certaines, c’est de l’argent vite fait. Pour d’autres, c’est l’occasion de s’accrocher à un ingénieur, peut-être pour plus d’une soirée.

Le « plus vieux métier du monde » a toujours su trouver sa niche à proximité des grands chantiers, où les hommes sont seuls, isolés de leur famille et gagnent de gros salaires. Sur la Côte-Nord, les prostituées désirant profiter du boom minier se tournent ainsi vers les petites annonces et les sites de rencontres pour offrir leurs services.

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L’annonce de Claudie (nom fictif) est aguichante sur le web. Elle vante les beaux gars de la Côte-Nord et promet de les amener au septième ciel avec son regard perçant. La pipe coûte 40$, la baise, 100$ l’heure, avec possibilité de reçu si monsieur choisit de se faire masser.

Claudie, qui part de Saguenay en voiture, prend des clients en chemin près de la route 138. Les messieurs qui la désirent pourront la rejoindre à destination, dans un motel de Baie-Comeau. Elle aime son travail et y voit un emploi comme un autre, affirme-t-elle lorsque contactée par Le Huffington Post Québec.

L’engouement des activités minières et ses travailleurs temporaires attirent les filles en solo qui, comme Claudie, choisissent de conduire ou de prendre l’avion pour ensuite s’enfermer dans une chambre de motel pendant quelques jours. Le temps de se faire une passe de cash.

infographie prostitution plan nord

Le Regroupement des femmes de la Côte-Nord entend fréquemment ce genre d’histoire. « Il y a des filles, parfois très jeunes, qui fuguent ou qui disparaissent pour se faire un coup d’argent », confirme Marilène Gill, la coordonnatrice aux communications.

« La prostitution, elle est taboue. On ne la voit pas. Il y a des gens qui disent qu’elle est là, d’autres qui se ferment les yeux, d’autres qui ne savent tout simplement pas. Mais je n’ai pas de preuves», ajoute Michèle Audette, qui était toujours présidente de Femmes autochtones du Canada au moment de l’entrevue.

Fermont, passage obligé

À la célèbre Fer-thèque, seul bar érotique de la Côte-Nord, on rencontre aussi bien des conseillers municipaux venus prendre un verre que des travailleurs temporaires souhaitant se rincer l’œil. L’arrivage de nouvelles filles, c’est le mercredi.

« Le bar roule bien et les filles vont là dans l’espoir de s’accrocher à un ingénieur. Ça devient quasiment une porte de sortie. C’est presque une agence de casting, du booking de filles », illustre Louise Dubreuil, du Bureau régional d’information en santé sexuelle de Sept-Îles.

La blague veut qu’ArcelorMittal doive ajouter une danseuse sur sa masse salariale, puisque leurs employés dépensent gros, selon plusieurs sources, parfois jusqu’à 1000$ en une soirée.

La prostitution passe sous silence à Fermont et dans son fameux mur, comme partout ailleurs sur la Côte-Nord. Le travail horizontal s’effectue à l’abri des regards, dans la discrétion la plus totale, et les filles le savent.

Les travailleurs sont scrutés à la loupe et ont droit à un examen minutieux sur une base régulière. Pas question, donc, de travailler avec la gueule de bois ou gelé comme une balle – sinon, le patron les attend avec un « test pipi ».

À la place, ils peuvent réserver les services des demoiselles qui passent dans la région. Sur un site de rencontres pour adultes, on retrouve par exemple une « milf in&out » qui promet de « faire jouir Fermont sur rendez-vous ».

Ailleurs, dans la catégorie escortes féminines d’un site de petites annonces, une jeune femme de St-Jean, à Terre-Neuve, 20 ans, annonce son passage de trois jours à Fermont, avec photos pour convaincre les indécis.


i visit fermont guys


Les règles de l’offre et de la demande s’appliquent malheureusement à Fermont, se désole Marilène Gill. Le recensement de 2011 dénombre 1630 hommes pour 1245 femmes, sans compter les va-et-vient des travailleurs qui contribuent à accroître le déséquilibre entre les deux sexes.

Phénomène connu, mais tabou

Des intervenants du milieu social avaient sonné l’alarme en 2012, après l’annonce du Plan Nord de Jean Charest. Ils dénonçaient alors la ruée des danseuses et des prostituées dans les villes de la Côte-Nord. Ce qui avait frappé l’imaginaire, c’était cet autobus de prostituées qui s’arrêterait au McDonald’s de Forestville pour ensuite continuer sa route vers Havre-St-Pierre ou Fermont.

Le député de Manicouagan-Côte-Nord, Jonathan Genest-Jourdain, avait lui attiré l’attention sur l’émergence de la prostitution sur son territoire, un phénomène « nouveau » à l’époque. Bon nombre d’articles étaient alors parus sur les histoires de drogue et de viols sur le chantier de La « Romaine Coke », ainsi que ses effets sur la petite municipalité voisine de Havre-St-Pierre.

Selon de récentes informations portées à son attention, le chantier de La Romaine ne comporterait qu’un seul guichet automatique pouvant contenir au maximum 70 000$. Or, la machine est parfois à sec trois jours après avoir été remplie, rapporte le député néodémocrate, qui soulève des interrogations quant au niveau de transparence d’Hydro-Québec dans ce dossier.













« Qu’est-ce qu’ils achètent avec cet argent liquide-là ? C’est une question qui mérite notre attention, c’est sûr. Ce sont des gens qui restent pendant quelques jours. Je prends les morceaux du casse-tête et j’arrive à former des réponses. Comme je vous l’ai dit, c’est un milieu hermétique. C’est l’entité de la société d’État, elle n’a pas avantage à ce que l’information transige et on peut comprendre que la transmission de l’information n’est pas à son apogée et n’est pas privilégiée. »

Les grands chantiers sont fermés aux intervenants des services sociaux, les empêchant d’avoir une idée précise de la situation. Mais certains indicateurs ne mentent pas, soulignent plusieurs personnes interviewées. Notamment les nombreux cas de chlamydia et d’agressions sexuelles sur la Côte-Nord.

Le Plan Nord du gouvernement Couillard et la venue d’investisseurs étrangers viendront-ils changer le paysage du travail du sexe en haut du 49e parallèle?

Alors que le prix du fer est dans un creux historique et que la fermeture de mines fait mal à l’économie, le sexe reste une ressource toujours renouvelable et rentable.


Plan Cul virtuel

Le Huffington Post Québec a voulu vérifier à quel point il est facile pour une travailleuse du sexe de trouver des clients sur le web.

Grâce à un faux profil créé sur un site de rencontres, notre pseudonyme Lilibizou s’est mérité en moins de 24 heures deux offres pour des relations sexuelles avec un profil tout à fait ordinaire d’une fille de 22 ans.

Le premier client potentiel s’est manifesté en message privé. L’homme habite Fermont. Il est marié et a près de 40 ans de plus que Lilibizou.

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Après quelques échanges, il accepte notre prix, à condition de voir des photos de la marchandise sur Facebook. L’attente le rend impatient. Il promet même un supplément si Lilibizou en vaut la peine.

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Le deuxième client potentiel est consultant pour ArcelorMittal. Lui aussi plus âgé que Lilibizou, il se fait insistant pour une rencontre Skype avec elle et se fâche lorsqu’elle ne répond pas assez rapidement à ses messages instantanés. Chose certaine, il veut la voir lorsqu’il sera de passage à Fermont.

Le compte de Lilibizou a depuis été supprimé. Les deux hommes n’ont pas donné suite à nos demandes formelles d’entrevue.


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