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Michaëlle Jean élue secrétaire générale de l'Organisation internationale de la francophonie (TWITTER)

30/11/2014 09:17 EST | Actualisé 30/01/2015 05:12 EST

DAKAR, Sénégal - Au terme d'un long huis clos où les chefs d'État et de gouvernements francophones se sont finalement entendus sur sa nomination, l'ancienne gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, a accédé au poste de secrétaire générale de l'Organisation internationale de la francophonie.

Une campagne de plusieurs mois, où cinq candidats se sont engagés, n'avait pas réussi à faire émerger un favori, mais Mme Jean, première femme à diriger l'OIF, a permis un compromis.

Principalement, les membres des pays africains, majoritaires au sein de l'OIF, ont été incapables de s'entendre sur un candidat, malgré une tradition qui leur a garanti l'accès d'un des leurs à la fonction.

Mme Jean, seule candidate qui n'était pas issue du continent africain, remplacera Abdou Diouf, ancien président sénégalais, qui terminera prochainement un mandat de 12 ans.

Près de cinq heures ont été nécessaires pour que les chefs d'État, de gouvernements et représentants de pays francophones présents à Dakar pour le sommet de la francophonie s'entendent sur le candidat à retenir.

Le président français François Hollande a expliqué lors d'une conférence de presse de clôture réunissant Mme Jean, M. Diouf et l'hôte du sommet, le président sénégalais Macky Sall, que tout le monde s'entendait pour éviter de recourir à un vote qui aurait pu s'avérer diviseur.

Devant l'impasse, M. Hollande a proposé aux représentants des pays parrainant un candidat à s'entendre, en groupe restreint, sur un consensus à soumettre aux autres membres.

Sans préciser de quels pays il parlait, M. Hollande a remercié ceux qui ont accepté son offre même s'ils se croyaient en position de réclamer un vote.

«Ils auraient pu considérer qu'une campagne ayant été faite, elle pouvait trouver son aboutissement par un vote», a-t-il dit.

Devant l'absence de consensus dans leur groupe, les pays africains ont accepté de se rallier au «consensus» francophone», a expliqué M. Hollande.

«C'était très important qu'ils puissent avoir cette élévation d'esprit et qu'il y ait la recherche d'une solution, a-t-il dit. D'une solution qui permette de rassembler.»

Après avoir souligné ses origines haïtiennes et donc indirectement africaines, M. Hollande a rappelé qu'en accédant à sa fonction de gouverneure générale, Mme Jean a renoncé à sa citoyenneté française.

«Voilà pourquoi, venant de tous les continents, elle pouvait faire le rassemblement de la francophonie. Il y avait un défaut, un seul, ce qu'elle avait été française et j'ai occulté cette réalité pour qu'on ne laisse pas penser que la France avait imposé une candidature», a-t-il dit en blaguant.

Lors d'un point de presse qui a suivi l'événement, Mme Jean a répondu à des propos d'un de ses rivaux, Jean Claude de l'Estrac, qui a affirmé que la division africaine favoriserait l'élection de l'ancienne gouverneure générale.

«Je n'ai pas été élue en l'absence d'un consensus africain autour d'un candidat africain, j'ai été élue par un consensus exprimé avec force par l'ensemble des pays», a-t-elle dit.

Alors que des questions ont été soulevées sur l'autorité qu'elle pourra exercer dans la médiation des conflits africains, un rôle dans lequel M. Diouf a été actif, Mme Jean s'est défendue, lors de la conférence de presse.

«Lorsque vous posez la question, monsieur, aurais-je l'autorité, j'ai l'impression que vous en doutez, a-t-elle répondu à une question de la presse. C'est un petit peu sous-entendu. Cette autorité vient d'actions concertées. Le secrétaire général n'agit pas seul, le secrétaire général agit en concertation avec les chefs d'État et de gouvernements.»

Les premiers mots de Mme Jean auront été pour faire valoir ses intérêts à développer la dimension économique de l'OIF.

«L'histoire de l'Humanité s'est construite ainsi, quand les peuples se sont rencontrés, les civilisations se sont rencontrées, en commerçant ensemble, a-t-elle dit en suscitant des applaudissements. Et je crois que ce magnifique projet est également de faire cela au sein de la francophonie. Faire de cette langue si riche un levier extraordinaire pour avancer ensemble dans le développement des économies de nos pays.»

Au cours de la conférence de presse, Mme Jean a répondu en anglais à une question d'un journaliste anglophone du Canada, ce que le modérateur a souligné en remarquant l'absence d'interprète.

Pour équilibrer la représentation à la tête de l'OIF, un Africain occupera prochainement le poste d'administrateur, numéro deux de l'organisme, actuellement occupé par le Québécois Clément Duhaime, qui devra quitter ses fonctions.

Le premier ministre Stephen Harper a affirmé que le choix de Mme Jean témoigne du respect du Canada dans la francophonie.

«Je suis certain que comme Canadienne, les priorités de Mme Jean vont respecter, vont refléter nos valeurs et nos intérêts dans le monde, a-t-il dit. Nous sommes reconnus comme un pays de diversité, un pays de tolérance, un pays de valeurs démocratiques, ciblé sur des priorités comme la santé, l'environnement et l'économie à travers le monde.»

Soulignant le bilinguisme de Mme Jean, à titre d'ancienne gouverneure générale du Canada, M. Harper a affirmé qu'il s'attend toutefois à ce que ses représentations continuent d'être «seulement en français».

Jeudi, le ministère des Affaires étrangères du Canada estimait à 55 000 $ en frais de déplacements comptabilisés à ce moment pour la campagne de Mme Jean.

Le gouvernement du Québec fournit de son côté un soutien logistique en affectant M. Hamman à la campagne de Mme Jean.

Henri Lopes, ambassadeur du Congo à Paris, Jean-Claude de l’Estrac, ex-ministre des Affaires étrangères de Maurice, Pierre Buyoya, ancien président du Burundi, et Agustin Nze Nfumu, un Équato-Guinéen, étaient aussi candidats.

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