POLITIQUE

St-Pierre encouragée par Hollande à propos de la candidature de Michaëlle Jean

29/11/2014 05:30 EST | Actualisé 29/01/2015 05:12 EST
ASSOCIATED PRESS
Canadian former Governor General Michaelle Jean during her speech after receiving the certificate of special UNESCO envoy to Haiti, in Paris, Monday Nov. 8, 2010. (AP Photo/Thibault Camus)

DAKAR, Sénégal - Le choix de Michaëlle Jean comme secrétaire générale de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) briserait un pacte qui garantit ce poste à un Africain, a déclaré un de ses rivaux, Jean Claude de l'Estrac.

M. de l'Estrac, originaire de la République de Maurice, était présent samedi, jour d'ouverture du 15e Sommet de la francophonie qui se tient en fin de semaine à Dakar, au Sénégal, où le prochain secrétaire général sera choisi.

Lors d'un échange avec des journalistes, M. de l'Estrac a mis en relief les ressemblances et différences entre Mme Jean, ancienne gouverneure générale du Canada d'origine haïtienne, et lui.

«Nous sommes tous deux créolophones, on peut communiquer en créole par exemple, a-t-il dit. Mais évidemment, moi, je suis un candidat de l'Afrique.»

L'ancien ministre des Affaires étrangères de l'île au large du sud-est du continent africain a estimé que Mme Jean était désavantagée car les pays africains, majoritaires au sein de l'OIF, préféreraient un ressortissant de leur continent au poste de secrétaire général.

«Dans une élection, des regroupements se font, des affinités se mettent en place, des stratégies se développent», a-t-il dit.

Comme le siège de l'OIF, qui gère les programmes, est situé à Paris, un «pacte», en vigueur depuis le Sommet de la francophonie à Hanoï, en 1997, permet de garder un équilibre, les Africains étant majoritaires au sein de l'organisme.

«Le secrétaire général doit être quelqu'un du Sud», a-t-il dit.

M. de l'Estrac est un des cinq candidats à la succession d'Abdou Diouf, secrétaire général depuis 12 ans, qui ne sollicitera pas de nouveau mandat.

Les chefs d'États et de gouvernements membres de l'OIF étaient réunis, samedi soir, à l'occasion d'une réception donnée par le président du Sénégal Macky Sall, hôte du sommet.

Traditionnellement, cet événement de l'hôte sert à dégager un consensus avant le choix du secrétaire général, prévu dimanche.

Jusqu'ici, aucune élection n'a été nécessaire, les membres s'entendant entre eux sans recourir à un vote, un objectif partagé par plusieurs à Dakar.

M. de l'Estrac a observé que cette tâche semble particulièrement ardue, cette fois, les Africains étant divisés.

«Les conditions n'étaient pas encore réunies pour engager les discussions vers le consensus, a-t-il dit. D'abord il y a un consensus qu'il faut un consensus, c'est déjà une première étape, maintenant en ce moment même au cours de la soirée les chefs d'États et de gouvernements vont poursuivre les discussions.»

Même si la charte de l'OIF prévoit la possibilité d'une élection, recourir à cette procédure donnerait une image de division.

Un autre candidat africain, l'ambassadeur du Congo à Paris, Henri Lopes, est en lice, ce qui pourrait favoriser Mme Jean, a observé M. Lestrac.

«C'est clair que s'il y a division cela fera le jeu de Mme Jean, a-t-il dit. Je ne sais pas si elle escompte sur cette division mais les Africains savent que s'ils sont divisés le poste échappera à un candidat africain.»

Présent lui aussi à l'ouverture du sommet, le politologue Albert Bourgi, expert de la politique africaine et consultant auprès de l'OIF, a lui aussi estimé que le poste de secrétaire général revenait à un Africain.

«Il faut un secrétaire général africain, a-t-il dit. Et puis les Africains, ce sont eux qui sont les plus nombreux, les plus demandeurs finalement de l'aide et de l'assistance. Ce n'est pas le Canada.»

Selon M. Bourgi, la position de l'Afrique au sein de l'OIF rend cette exigence incontournable.

«La francophonie ne vit, ne respire, ne fonctionne que par la présence des Africains francophones», a-t-il dit.

Étant donné l'impasse qui semble se dessiner, M. Bourgi n'a pas écarté la possibilité qu'un candidat de la 25e heure s'avance pour susciter une adhésion.

«On peut présenter au dernier moment, demain, ou ce soir, il peut y avoir de nouvelles candidatures», a-t-il dit.

La ministre des Relations internationales Christine St-Pierre a constaté samedi que la France s'est avancée d'un pas en faveur de la candidature de Mme Jean.

Mme St-Pierre a commenté une entrevue accordée jeudi à la télévision par le président français François Hollande, où il souligne les qualités de Mme Jean.

Sur les ondes de France 24, M. Hollande a évoqué les qualités de Mme Jean ainsi que ses «réussites incontestables».

À quelques minutes de l'ouverture du 15e Sommet de la francophonie, Mme St-Pierre a estimé que M. Hollande a signalé son appui à la candidate, qui est soutenue par le Canada, le Québec et le Nouveau-Brunswick, trois membres votant à l'OIF.

Selon Mme St-Pierre, les paroles exprimées par M. Hollande envers la candidate canadienne jeudi témoignent de l'ouverture française envers Mme Jean.

«Chaque mot est important dans ce qu'on fait ici et le fait que la France s'avance d'un pas de cette manière-là ça veut dire que la France a cheminé et la France est prête, on souhaite que la France soit prête à le dire carrément et clairement», a-t-elle dit.

La secrétaire d'État française à la Francophonie Annick Girardin a affirmé que les mots de M. Hollande étaient justes.

Devant l'entrée du centre des congrès où se réunissent les représentants des divers pays, Mme Girardin a toutefois estimé qu'il reviendra à l'ensemble des membres de choisir le successeur de M. Diouf.

«Les mots de François Hollande sont justes, a-t-elle dit. Maintenant sur la candidature, sur celui ou celle qui sera demain secrétaire général de l'OIF c'est de la responsabilité des chefs d'État qui vont se réunir dès ce matin sur ces sujets, je n'ai pas plus d'information à vous donner.»

Le premier ministre Philippe Couillard a été plus modéré que Mme St-Pierre. M. Couillard a toutefois relevé une «attitude positive» du président français envers Mme Jean.

«J'ai remarqué qu'il a dit des mots positifs au sujet de son profil de candidature, mais je n'ai pas entendu d'autres indications quant à son orientation.»

En plus du choix du prochain secrétaire général, les délégués présents au sommet doivent adopter une stratégie économique, décidée lors de la rencontre précédente de Kinshasa, il y a deux ans, ainsi qu'un cadre stratégique qui fixera les objectifs de l'OIF pour la période 2015-2022.

L'événement de Dakar se déroule sous le thème des femmes et de la jeunesse, ce qui doit mener à une déclaration commune dimanche.

Dans son discours devant les délégués, pendant la cérémonie d'ouverture, le premier ministre Stephen Harper, au Sénégal pour l'occasion, a invité les membres de la francophonie à agir dans le dossier des mariages forcés.

M. Harper a affirmé que de 2004 à 2014, 100 millions de jeunes filles ont été forcées de se marier avant d'atteindre l'âge adulte.

«Il existe un autre domaine dans lequel nous pouvons et nous devons agir: les mariages d'enfants, les mariages précoces et les mariages forcés, a-t-il dit. (...) Lorsque les filles ne peuvent atteindre leur plein potentiel, tous en souffrent: les filles, leurs enfants, leurs collectivités et leurs pays.»

Après avoir ouvert le sommet, le président sénégalais Macky Sall a rendu hommage à M. Diouf, en annonçant que le centre des congrès construit pour l'événement portera désormais son nom.

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