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Rémunération: Québec pousse les médecins à prendre plus de patients

28/11/2014 05:36 EST | Actualisé 28/01/2015 05:12 EST

QUÉBEC - Les médecins auront intérêt à prendre plus de patients à l'avenir, s'ils veulent conserver leur rémunération actuelle.

Car Québec menace de leur couper les vivres, s'ils opposent une résistance.

Le gouvernement entend leur forcer la main dans le but de diminuer les listes d'attente, avec le projet de loi 20, déposé vendredi par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui accroît ainsi son contrôle sur la profession médicale.

Le conflit ouvert entre Québec et les médecins paraît dès lors inévitable.

Sitôt déposé, le projet de loi destiné à accroître la productivité des médecins de famille et des médecins spécialistes, sous peine d'une importante baisse de revenus en cas de refus, a soulevé la colère et l'indignation des deux principaux regroupements de médecins, soit la Fédération des médecins omnipraticiens et la Fédération des médecins spécialistes, qui promettent de ne pas se laisser faire.

En conférence de presse, le ministre Barrette a dit que les différentes initiatives prises dans le passé en vue d'augmenter la productivité des médecins avaient toutes échoué et qu'il était temps d'essayer autre chose.

Après la carotte, ce sera le bâton. «C'est un bâton qu'on voit arriver. Vous savez, un bâton ça fait mal quand on ne le voit pas venir», a illustré le ministre, faisant appel «au consentement éclairé» du médecin.

Ce dernier sera donc confronté au choix suivant, a poursuivi le ministre: «J'accepte de me faire frapper ou bien je change mon profil de pratique».

Si le projet de loi est adopté, les médecins de famille et les spécialistes devront donc voir et revoir davantage de patients et exercer un nombre minimal d'heures d'activités médicales déterminées à l'extérieur du cadre hospitalier, sous peine de s'exposer à des pénalités sévères s'ils refusent d'obtempérer.

«Ce que l'on veut, c'est que le patient voit majoritairement son médecin de famille, plutôt que d'aller attendre des heures dans une salle d'urgence», a expliqué le ministre.

Les médecins qui choisiront de ne pas se rendre plus accessibles aux patients devront accepter d'en payer le prix: une amputation de leur rémunération pouvant atteindre jusqu'à 30 pour cent.

À terme, si les médecins acceptent les nouvelles conditions de pratique, tous les Québécois auront accès à un médecin de famille, promet-il.

Avec ce projet de loi comme avec son projet de loi 10, le ministre Barrette s'attribue des pouvoirs «hors du commun», selon la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

Armé d'une «matraque», le ministre Barrette impose ses vues, au lieu de travailler «en concertation avec tous les intervenants impliqués, dont les médecins», a commenté la présidente de la Fédération, Dre Diane Francoeur.

De son côté, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) s'est montrée «stupéfaite et choquée» par le projet de loi 20.

«Stupéfaite, car le gouvernement a refusé depuis avril de discuter avec la Fédération de la question de l’accessibilité aux soins de première ligne. Choquée, en raison des mesures autocratiques et indignes d’une démocratie moderne prévues dans le projet de loi», a indiqué le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin, en déplorant que le ministre ait choisi la voie de la «confrontation».

Le ministre Barrette, lui-même médecin, est en train, selon le Dr Godin, d'imposer des conditions de pratique médicale «dignes des belles années de l’empire soviétique».

«Jamais les médecins de famille ne se feront les complices de l’échec annoncé de la nouvelle coercition gouvernementale, telle que définie dans le projet de loi 20», a-t-il ajouté, par voie de communiqué.

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