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Rita Couturier, : une dame de 85 ans passe neuf mois sans bain au CHSLD

27/11/2014 10:56 EST | Actualisé 27/11/2014 11:36 EST
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Les filles d'une dame de 85 ans réclament que leur mère, Rita Couturier, puisse prendre un bain. Lavée à la débarbouillette depuis son arrivée dans le centre d'hébergement de soins longue durée (CHSLD) Auclair, Mme Couturier n'a pas pris de bain depuis février dernier.

L'ergothérapeute de l'établissement estime que les risques auxquels la dame s'exposerait seraient trop importants, explique l'une des filles de la dame en question, Lyne Vandenplas. « Elle n'a pas de condition exceptionnelle, elle a une paralysie d'un côté [du corps] », explique Mme Vandenplas.

Mme Couturier est arrivée au CHSLD le 28 février dernier après avoir fait quatre AVC au cours des 15 mois précédents. Son autre fille, Carole Vandenplas, explique que la paralysie du pied et de la main gauches de sa mère est responsable de l'absence de bain. Elle, qui a été préposée aux bénéficiaires pendant 10 ans, estime que le centre aurait dû se doter de l'équipement spécialisé nécessaire pour donner des bains aux gens qui manquent de tonus musculaire.

« Je ne croyais pas que des centres comme ça pouvaient encore exister. »

— Carole Vandenplas

Carole Vandenplas convient que la chaise hydraulique dont dispose le CHSLD n'est pas adéquate pour donner un bain à sa mère, mais elle estime que l'établissement aurait dû se doter d'une civière qui permettrait aux personnes à mobilité réduite de prendre un bain.

La coordonnatrice au continuum aux aînées du CSSS Coeur de l'Île, Sylvie Désilets, soutient que tous les patients de tous les CHSLD de son territoire reçoivent un bain complet par semaine et un bain partiel une fois par jour. Elle précise que les bains complets peuvent être donnés dans une chaise ou dans un lit aux personnes qui n'ont pas le tonus musculaire pour être immergées dans l'eau de façon sécuritaire.

« Madame a reçu un bain complet dans son lit toutes les semaines. »

— Sylvie Désilets

« Il y a différentes possibilités dans la façon de donner le bain, explique Mme Désilets. La décision se prend avec l'ergothérapeute, l'infirmière et le préposé. On va regarder à quel endroit le bain va être donné en fonction de la situation de la résidente ou du résident. »

Mme Désilets explique que les CHSLD reçoivent des clientèles de plus en plus lourdes et qu'ils réévaluent leur clientèle afin de moderniser leurs équipements.

« Il faut comprendre qu'on a malheureusement des résidents pour lesquels on devra toujours donner un bain au lit parce que la personne est en fin de vie ou qu'elle a beaucoup de spasticité, poursuit Mme Désilets. D'autres ont peur de l'eau et ne veulent pas avoir de bain. »

Les filles de la dame ont précisé qu'elles étaient prêtes à courir les risques allégués et à assister les préposés pour permettre à leur mère de prendre un bain, mais la direction refuse toujours de se rendre à leurs revendications. « On n'a pas le droit, c'est une question d'assurance, précise Carole Vandenplas. la salle de bain est barrée à clé. Même si on voulait l'emmener au bain, on ne peut pas. »

Devant l'insatisfaction de la famille, l'ergothérapeute a suggéré de déposer une plainte auprès du commissaire aux plaintes du CSSS. Ce dernier a entendu les doléances de la famille avant de revenir avec les mêmes explications que l'ergothérapeute, confie Mme Vandenplas. Lorsque les Vandenplas lui ont souligné que leur mère n'était pas seule dans cette situation, on leur a indiqué « qu'elles étaient là pour parler de leur mère, pas des autres », explique Carole Vandenplas

Le commissaire du CSSS a suggéré à la famille de porter ses récriminations devant le protecteur du citoyen, explique-t-elle.

La plainte déposée auprès du protecteur du citoyen en juillet dernier suit son cours, mais en attendant, Mme Couturier n'a toujours pas droit à un bain. Les filles de Mme Couturier viennent tout juste d'obtenir le transfert de leur mère - après avoir placé une demande en août - dans un autre CHSLD où elle pourra prendre un vrai bain.

Le ministre outré

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, juge inacceptable la situation d'une résidente du CHSLD Auclair, dans le CSSS Coeur-de-l'Île. M. Barrette remet en question le rôle des CHSLD après avoir pris connaissance du cas de la dame de 85 ans privée de bain depuis son arrivée au CHSLD en février dernier.

« Ne me demandez pas si 9 mois c'est quelque chose qui est acceptable, évidemment c'est inacceptable, a déploré le ministre. Je compatis vraiment et avec la famille et avec la personne. »

« Manifestement, il faut resserrer la vis et les paramètres et c'est ce qu'on est en train de faire. »

— Gaétan Barrette

« Au ministère, on fait face à tellement de situations, des événements qui sont complètement hors du commun qu'on est à revoir les orientations formelles que l'on doit donner aux CHSLD quant aux soins d'hygiène et de ce type-là », soutient M. Barrette.


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