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Existe-t-il des groupes intégristes musulmans à Montréal?

27/11/2014 12:17 EST | Actualisé 27/11/2014 12:20 EST
SRC

Exclusif - Pour tenter d'identifier la présence d'intégristes musulmans dans la métropole, Enquête s'est immiscé dans des mosquées et s'est penché sur les discours propagés au sein de certains groupes.

Un reportage de Johanne Faucher, Enquête

Les deux attentats terroristes à St-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa en octobre dernier ont été commis au nom d'Allah par deux convertis à l'Islam. Ces dérives peuvent nourrir l'islamophobie. S'ajoute le débat houleux autour de la Charte des valeurs où des Québécois ont dit se sentir menacés par les intégristes, envahis par les femmes voilées.

Fatima Houda-Pepin, ancienne députée et première femme musulmane à avoir siégé à l'Assemblée nationale, a alerté l'opinion publique à plusieurs reprises contre la menace intégriste.

À Tout le monde en parle le 26 janvier 2014, elle revenait à la charge.

« J'ai connu l'islam intégriste au Canada lorsque je suis arrivée. C'est ici que j'ai rencontré les groupes les plus endurcis, les plus organisés, les plus structurés qui avaient les moyens et qui étaient connectés sur l'ensemble de la planète. »

— Fatima Houda-Pepin

Nous avons contacté Mme Houda-Pepin à plusieurs reprises pour qu'elle nous apporte des précisions sur ces groupes intégristes qui seraient à Montréal. Elle ne nous a jamais répondu.

Les discours dans les mosquées

Nous sommes donc partis à la recherche de ces groupes intégristes.

Point de départ : les mosquées. Il en existe une centaine dans le Grand-Montréal. On les retrouve dans des maisons résidentielles, des immeubles à logements, des locaux dans des centres commerciaux. Elles sont pour la plupart assez décrépites. Une vingtaine semble avoir plus de moyens, dont neuf plus imposantes avec leur architecture religieuse.

Selon le sociologue Frédéric Castel, qui s'intéresse à l'immigration musulmane depuis 14 ans, « de façon dominante, ce qui se dit dans les mosquées est un discours banalement religieux que tiennent toutes les religions du monde. »

Nous avons embauché un collaborateur pour qu'il se rende dans certaines mosquées avec une caméra cachée pour vérifier cette affirmation. Nous avons choisi quatre mosquées qui ont fait les manchettes ces dernières années parce qu'elles étaient accusées d'être associées à l'Islam radical.

Le paysage religieux de Montréal

Nous avons cartographié les établissements de quatre religions à Montréal. La métropole compte environ 240 églises évangéliques, 200 églises catholiques, moins d'une centaine de mosquées et moins d'une centaine de synagogues.

« Cette carte montre que le fait religieux à Montréal est loin d'être moribond. Elle oppose deux types de lieux de culte : les églises catholiques, dont la plupart relèvent du patrimoine historique québécois, et des lieux plus récents : les mosquées et les églises évangéliques. Ces dernières accueillent aussi bien des natifs du Québec que des immigrants d'Amérique latine, d'Haïti, ou encore d'Afrique noire », explique Frédéric Dejean, docteur en études urbaines.

« Les lieux de culte récents sont difficiles à repérer dans le paysage urbain, car ils ne répondent pas à nos conceptions traditionnelles du lieu de culte, largement héritées du modèle catholique. Ainsi, de nombreuses mosquées ou églises évangéliques s'installent dans des locaux n'ayant pas de vocation religieuse (bureaux, hangars, etc). Nous pouvons donc parler d'une forme d'enfouissement du religieux dans l'espace urbain », ajoute-t-il.

Des prêches conservateurs

Dans trois mosquées sur quatre, nous avons effectivement entendu des prêches rigoristes, sans plus.

Il y aurait, selon M. Castel, une poignée de mosquées qui prônent le repli communautaire et l'absence de lien avec la société environnante.

« Mais dans une frange très restreinte, vraiment très restreinte, qui est celle qu'on appelle intégriste, ce n'est pas étonnant qu'on ait un discours qui prêche le repli communautaire. »

— Frédéric Castel

« On dit aux gens qu'il est préférable de ne pas fréquenter les koufars, les mécréants, les gens sans religion parce qu'ils vont mettre en doute votre foi », détaille M. Castel.

Dans une des quatre mosquées où nous sommes allés, nous avons entendu un prêche qui rappelle aux fidèles qu'il y a des risques à côtoyer des non-musulmans sur le plan de la religion. Il dit ceci : « Celui qui trahit un musulman devra répondre devant Dieu ». « Allah interdit aux musulmans d'être loyaux vis a vis les mécréants. Il ne peut pas y avoir de lien de fraternité qu'entre musulmans ».

Qu'est-ce qu'un intégriste?

Les intégristes, à ne pas confondre avec les islamistes, sont des gens pieux, conservateurs qui ne veulent pas vraiment s'intégrer à la population du Québec.

« Le repli identitaire est une de leurs caractéristiques. L'autre, c'est leur conception du rapport hommes-femmes qui est hyper traditionaliste. On n'empêche pas les femmes de s'instruire, mais ce n'est pas très valorisé. C'est idéalement la femme à la maison, l'homme qui travaille. »

Ils demandent à leur communauté de ne pas fréquenter les musulmans qui ne pensent pas comme eux, encore moins les non-musulmans. Ils ont un contact poli, ne s'intègrent pas vraiment, mis à part une intégration professionnelle. Ils paient leur loyer, sont des citoyens honnêtes, respectent les lois du Canada, mais dès la journée de travail terminée, ils retournent à la maison, dans leur communauté.

Véhiculent-ils des idées de violence? Frédéric Castel répond que non. « Que ce soit wahhabite ou intégriste, il n'y a pas discours de violence en général. Et quand il y en a, ils ne se tiennent pas dans les mosquées, parce qu'elles sont trop surveillées. Par la police, les services de renseignements et les gens de la communauté »

« Les gens dans les mosquées, dans les institutions islamiques, ne veulent pas que [des actes de violence] arrive. Parce que qui va payer les pots d'une montée du djihadisme? C'est la communauté musulmane. »

— Frédéric Castel

Ray Boisvert un ancien haut gradé du SCRS le Service Canadien de renseignement et de sécurité, confirme que la radicalisation se passe à l'extérieur des mosquées.

« Ceux qui veulent communiquer la haine contre d'autres groupes, d'autres individus, sont souvent expulsés des mosquées. Ils le savent à l'avance, ne vont jamais parler. Ils vont créer un petit regroupement de deux à cinq personnes. Ce groupe va peut-être lire le Coran, l'interpréter différemment de la majorité. »

Le portrait religieux de Montréal

Le visage religieux de Montréal change. Les catholiques restent les plus nombreux, suivis des personnes n'ayant aucune appartenance religieuse. Selon les données de Montréal en statistiques, l'Islam arrive au troisième rang, avec 165 000 musulmans, soit 9 % de la population.

« Le fait religieux à Montréal connaît des dynamiques nouvelles du fait de l'immigration récente, d'une part, et des processus de conversion et de parcours spirituels inédits des individus, d'autre part. Par exemple, il n'est pas rare que des Québécois de culture catholique conservent leur héritage religieux tout en se tournant vers d'autres formes de spiritualité comme le Bouddhisme », commente Frédéric Dejean.

Pour voir le portrait religieux de Montréal, cliquez ici.

Quelle influence?

Au Québec, on retrouve toute une gamme de croyants religieux musulmans : conservateurs, orthodoxes, mystiques, laïcs et intégristes.

Les intégristes cherchent habituellement à imposer leur conception conservatrice de la religion, aux autres musulmans. Ont-ils de l'influence sur la majorité des musulmans?

Lamine Foura, animateur d'une tribune téléphonique à Radio-Centre-ville, a posé la question à ses auditeurs.

Sur 20 répondants, un seul a dit avoir subi des pressions d'intégristes pour qu'il vienne à la mosquée. Les autres ont tous répondu qu'à l'exception de quelques faits divers, ils ne sentent pas du tout la présence des intégristes à Montréal.

Certains sites Internet et médias véhiculent l'idée que des musulmans veulent conquérir l'Occident, islamiser le Québec et le Canada. Établir un califat, un territoire dirigé par un calife et régi par la loi islamique, la Charia.

Miloud Chennoufi enseigne l'histoire du Moyen-Orient à l'université York, à Toronto, et aux Forces armées canadiennes. Nous lui avons demandé ce qu'il pensait de cette idée de créer un État islamique au Canada.

« Ils sont incapables de le faire dans les pays à majorité musulmane. Qui s'oppose à eux? D'autres musulmans. Alors vous vous imaginez au Canada. »

Des groupes difficiles à repérer

Après des mois d'enquête, nous n'avons pas trouvé de groupes intégristes organisés qui auraient comme agenda caché de détruire la démocratie et ses valeurs. Existent-ils? Sont-ils si bien cachés qu'ils seraient difficiles à débusquer?

« Difficile à définir et difficile à identifier. C'est le grand défi du service de renseignement ou de police ou d'enquête : voir la nature réelle d'un individu ou d'un groupe parce qu'il pourrait y avoir un agenda caché, il pourrait y avoir une idée de faire autre chose », estime Ray Boisvert, ancien agent du SCRS.

« En général, et ca été mon expérience, j'ai trouvé que 99,5 % de tous ceux qui ont immigré ont vraiment l'idée de s'installer, de développer une vie pour eux et leurs enfants, et d'avancer. »

— Ray Boisvert


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