DIVERTISSEMENT

Dévorer des séries télé, pour le meilleur et pour le pire

27/11/2014 08:13 EST | Actualisé 27/11/2014 08:13 EST
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Testing my flashlight

« J'ai déjà raté des cours à l'université pour finir une série. » On a tous déjà écourté sa nuit de sommeil pour regarder un épisode de plus, ou plutôt deux. Réflexion sur la boulimie télévisuelle.

Un texte de Cécile Gladel

Mère de deux jeunes enfants, Lisa Marie Noël se rappelle ces longues soirées à dévorer une série. Des soirées qui pouvaient s'étirer jusqu'au petit matin. « Avant, avec mon conjoint, on pouvait passer une fin de semaine complète à regarder des séries. Impossible avec des enfants. On regarde quelques épisodes à la fois, impossible d'en faire plus. »

La travailleuse autonome de 36 ans a même déjà planifié des fins de semaine de visionnage de séries avec des amies. C'était pour Les filles de Caleb, la suite Blanche et Anne... La maison aux pignons verts. « On a fait ça en hiver. On se retrouvait pour la fin de semaine chez une amie, l'épicerie faite et, dès le vendredi, on regardait tous les épisodes. »

« C'est contraignant de s'asseoir devant la télévision, je n'ai plus envie d'attendre une semaine. C'est plus intéressant de consommer une série comme un roman. Je ne peux plus revenir en arrière. »

— Catherine Lafrance, scénariste

Certains comme le Montréalais Jim McDannald ont déjà regardé plusieurs saisons de 24 heures chrono, de nombreuses heures sans s'arrêter. Il pouvait terminer une saison en 16 ou 17 heures. « Je ne le fais plus maintenant, j'ai un meilleur contrôle, je fais de l'exercice et j'ai une conjointe, ce qui n'était pas le cas à l'époque. J'ai regardé Breaking bad en rafale, mais seulement quelques épisodes à la fois », explique-t-il.

La révolution Netflix

Le géant du visionnement en ligne, Netflix, a compris ce phénomène. L'entreprise en a fait son modèle d'affaires. En décembre 2013, Netflix a dévoilé les résultats d'un sondage mené par Harris Interactive auprès de 1500 téléspectateurs sur le web, pour établir que le visionnement en rafale était la « nouvelle normalité ». En tout, 73 % des répondants ont déclaré que le visionnement en rafale était de regarder de 2 à 6 épisodes sans arrêt, et 61 % disaient avoir cette pratique.

« Netflix comprend que la logique du rendez-vous n'est plus pertinente et est même obsolète. D'autres ont tenté de l'intégrer dans leur modèle d'affaires, mais qu'un site le fasse a permis de passer à une nouvelle étape. »

— Le professeur de l'École des médias de l'UQAM Pierre Barrette.

Tout a commencé avec Twin Peaks

La série de David Lynch a été la première dans les années 90 à être regardée en rafale. « Les idéateurs de cette série sont des pionniers avec une complexité narrative qui encourage les téléspectateurs à visionner plusieurs fois les épisodes pour les comprendre », explique Marta Boni, professeure au Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques de l'Université de Montréal.

Attention aux longues heures passées devant l'écran

Lors de ces visionnements en rafale, les adeptes peuvent-ils contracter une dépendance, des troubles du sommeil ou certains problèmes de santé?

« Les séries télévisées n'entraînent pas un problème de dépendance plus qu'une autre activité », explique le professeur en psychiatrie à l'Université de Montréal et psychologue responsable de la Clinique d'évaluation diagnostique des troubles du sommeil de l'Hôpital Rivière-des-Prairies, Roger Godbout.

On le sait depuis longtemps et les spécialistes du sommeil le répètent régulièrement. Pour améliorer son sommeil, il faudrait délaisser les écrans au moins une heure avant de dormir.

Quand on regarde des séries le soir, le sommeil est automatiquement retardé par deux phénomènes. D'abord, la lumière bleue émise par tous les types d'écrans. Cette lumière empêche la sécrétion de la mélatonine, l'hormone naturelle du sommeil. L'autre aspect vient du contenu de ce qu'on regarde. « On est occupé par quelque chose d'excitant. On n'a pas de zone tampon où l'on se débranche pour amener le sommeil, qui attend donc son tour. Mais l'horloge biologique devient assez forte vers 4 h du matin et on aura du mal à lutter contre le sommeil », explique Roger Godbout.

« Ceux qui n'ont pas de problèmes auront une nuit raccourcie, vont dormir plus tard et se rattraperont. Ceux qui ont une horloge biologique qui ne fonctionne pas bien, qui n'ont pas une bonne santé et qui ont des problèmes psychologiques aggraveront leurs problèmes. »

— Roger Godbout

Et pourquoi ne pas joindre l'utile à l'agréable et en profiter pour faire de l'exercice? « Avec les minitablettes, certains regardent leurs séries en faisant du vélo stationnaire ou de l'exercice sur d'autres appareils. D'autres profitent de leur déplacement en transport en commun pour les regarder », conclut Jean-Marie Hanssens.

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