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Problèmes financiers: louer son frigo pour l'acheter, et payer trois fois plus cher

26/11/2014 09:30 EST | Actualisé 26/11/2014 09:30 EST
Photography by Fernando de Otto via Getty Images

Les Canadiens dépensent annuellement 260 millions de dollars dans des magasins où il est possible de louer pour acheter. Mais ces consommateurs paient souvent des prix exorbitants qui ne seraient pas autorisés dans certains États américains.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Les commerces de type « louer pour acheter » ciblent les personnes qui ont des problèmes financiers et des difficultés à obtenir du crédit. Une enquête de CBC a permis de découvrir que l'industrie se livre à des pratiques de ventes opaques et qu'elle poursuit agressivement les clients lorsque des paiements sont effectués en retard.

Une visite dans certains magasins nous a permis de constater les pratiques de ce type de commerces. Un magasin Easyhome de Winnipeg, par exemple, vend un ordinateur portable usagé à 499 $, alors qu'il offre aux consommateurs la possibilité de le louer pour en devenir propriétaire pour seulement 19 $ par semaine pour une entente de location de deux ans.

L'offre peut sembler alléchante, mais le consommateur devra débourser 1976 $ pour acquérir cet ordinateur, qui était vendu trois fois moins cher au départ.

Aux prises avec des problèmes financiers, Paula Dnistrianskyj a fait affaire à plusieurs reprises avec ce type de commerces pour meubler sa maison.

« J'ai acheté un frigidaire, un téléviseur, un matelas, un ordinateur et un système de son. Ça me coûtait 126 $ par semaine ou 506 $ par mois. Ce qui est énorme. Mais c'est une option de dernier recours. Je le savais que je payais 2 à 3 fois le prix de ce que ça ne valait, mais quand tu n'as pas de crédit, tu n'as pas beaucoup de choix. »

  • Son réfrigérateur lui coûte 21,16 par mois pour un total de 3300,96
  • Son système de son lui coûte 33,06 par mois pour un total de 5157,36
  • Son téléviseur lui coûte 22,48 par mois pour un total de 2158

Plus de réglementation aux États-Unis

Ce type de transaction serait illégal en Californie, un des nombreux États américains a avoir plafonné les montants que peuvent facturer ces magasins. Au Canada, aucune province n'a emboîté le pas ni adopté des lois pour réglementer cette industrie.

Le Canada est donc loin derrière son voisin du sud, où la majorité des États ont adopté des lois pour protéger les clients qui vont dans les commerces de type « louer pour acheter » en exigeant plus de transparence dans la publicité. Cinq États, dont le Maine et New York, ont des contrôles de prix.

Au Minnesota, un jugement de la Cour suprême défavorable à ce type de commerces a mis un terme aux activités de l'industrie « louer pour acheter ». Le tribunal a notamment statué que les transactions devaient avoir un taux d'intérêt annuel maximum de 8 %. Les États de New Jersey et du Wisconsin ont aussi sévèrement réglementé ce type de commerces.

L'avocate Sylvie De Bellefeuille, d'Option consommateurs, estime qu'il devrait y avoir une loi ciblant ce type de commerces pour protéger les consommateurs les plus vulnérables.

« Il y a vraiment un vide juridique par rapport à ce type de contrat là. Il y a un vide qui fait qu'il est possible que les consommateurs n'aient pas toute l'information pertinente au moment de prendre leur décision de louer pour acheter. Ça fait qu'on se retrouve au Far West. »

— Me Sylvie De Bellefeuille, d'Option consommateurs

Paula Dnistrianskyj souhaite que les gouvernements provinciaux agissent comme l'ont fait les Américains, surtout qu'elle a maintenant de la difficulté à rembourser tout ce qu'elle a acheté dans ce type de magasins.

« Je suis accoté. [Je] ne sais même pas ce que je vais faire à Noël. Je pense que le monde devrait faire vraiment attention et vraiment savoir dans quoi ils s'embarquent. Ce n'est pas clair [et] le monde se font avoir avec ça. Je crois que ces compagnies-là devraient mieux expliquer leurs programmes ».

Un recours collectif

Option consommateurs a déjà intenté un recours collectif contre « louer pour acheter », maintenu devenu Easyhome. Un règlement à l'amiable a été conclu. Easyhome a accepté de verser près de 550 000 $ à ses clients qui s'estimaient lésés.

En moyenne, le commerçant remettra 118 $ à tout client qui aura payé une location durant au moins quatre mois avec Easyhome ou « louer pour acheter ». Easyhome s'engage aussi à indiquer dorénavant dans ses contrats le montant total que devra payer le client.

Easyhome a décliné notre demande d'entrevue, se contentant de dire « que les clients ont toujours la possibilité d'acheter leur produit dans les 90 premiers jours et économiser jusqu'à 55 % du taux de location total ».

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