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Le rendement à court terme trop souvent privilégié, pense Michael Sabia

26/11/2014 02:36 EST | Actualisé 26/01/2015 05:12 EST

MONTRÉAL - Attirés par l'appât du gain, les investisseurs privilégient trop souvent le rendement à court terme, ce qui contribue à la volatilité de l'économie mondiale, croit le président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

Selon Michael Sabia, cette situation pourrait mener à la création d'un «cercle vicieux» où les entreprises seraient traitées comme des «marchandises» pour satisfaire l'ambition des marchés.

«Les marchés sont dominés par ceux qui sont à la recherche de rendements trimestre par trimestre, a-t-il dit, mercredi, devant le Club canadien de Toronto. Des investisseurs dont la préoccupation consiste en des gains rapides.»

Celui qui est à la tête de l'institution depuis 2009 a déploré cette situation, estimant que ce comportement à l'endroit des sociétés et des secteurs mine la croissance économique à long terme.

«À la Caisse, nous n'empruntons pas cette voie», a-t-il tenu à préciser.

Devant un parterre de gens d'affaires, M. Sabia a livré un discours dans lequel il a estimé que les entreprises devraient plutôt jouer un rôle important dans la croissance économique, en stimulant l'investissement ainsi que la productivité.

Le grand patron de la Caisse s'est également affairé à vanter la stratégie de l'institution sur les rendements à long terme en affirmant qu'elle se comportait en «propriétaire d'entreprise».

«Les propriétaires d'entreprises ont une compréhension profonde des paramètres de la compagnie dans laquelle ils investissent, a observé M. Sabia. Ils connaissent sa culture, ses forces ainsi que ses faiblesses. Ils comprennent aussi le secteur.»

Il a souligné que depuis 2012, cette stratégie avait amené la CDPQ à réorienter 50 milliards $ dans des portefeuilles qui comprennent des entreprises mondiales de «grande qualité» comme le Canadien National (TSX:CN), la Financière Manuvie (TSX:MFC) et Alimentation Couche-Tard (TSX:ATD.B).

«Pour nous, la connaissance approfondie (de secteurs et de sociétés) est la nouvelle façon de faire de la gestion de risque, a affirmé M. Sabia. Est-ce vraiment logique de reproduire ce que font plusieurs gros investisseurs?»

Le dirigeant de la CDPQ a également rappelé son intérêt à l'endroit du secteur des infrastructures qui représentent «par définition des investissements à long terme».

Citant des estimations «conservatrices», M. Sabia a estimé qu'annuellement, des investissements oscillant entre 4000 et 5000 milliards $ étaient nécessaires à l'échelle mondiale pour répondre aux besoins des villes grandissantes.

«C'est du transport en commun, dans l'eau (potable), l'électricité et les ports ainsi que les aéroports», a-t-il souligné.

Il a rappelé qu'au cours des dernières années, la Caisse avait notamment acquis une participation dans le port de Brisbane, en Australie, et que l'institution en détenait également une dans Heathrow Airport Holdings relativement à l'aéroport de Heathrow à Londres.

«C'est de changer la façon d'investir en adoptant la mentalité d'un propriétaire d'entreprise», a réitéré M. Sabia.

Ce dernier a également livré quelques impressions sur l'économie mondiale, qui, à son avis, demeure «fragile» sans toutefois être en «crise».

S'il estime que les États-Unis ont définitivement tourné la page sur la récession de 2008, M. Sabia a rappelé que l'Europe et le Japon demeuraient fragiles et que la Chine, autrefois considérée comme «Superman» par plusieurs, «était revenue sur Terre».

«C'est encore un pays en croissance, mais avec une stratégie axée sur la consommation intérieure et la mise sur pied d'une économie tournée vers les services. La Chine n'aura plus l'impact qu'elle a déjà eu sur la croissance (économique) mondiale», a-t-il dit.

Très prudent dans ses propos, le grand patron de la CDPQ a estimé que l'influence de l'Inde sur l'économie mondiale pourrait être appelée à croître dans l'avenir.

En date du 30 juin dernier, l’actif net de la CDPQ — qui gère des fonds qui proviennent principalement de régimes de retraite et d’assurances publics et privés — atteignait 214,7 milliards $.

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