POLITIQUE

Une députée du NPD rompt le silence sur les allégations contre les députés libéraux

25/11/2014 02:02 EST | Actualisé 25/11/2014 05:36 EST
Bloomberg via Getty Images
The Canadian flag flies above Parliament Hill in Ottawa, Ontario, Canada, on Tuesday, Feb. 11, 2014. Canadian Finance Minister Jim Flaherty ramped up efforts to return the country to surplus in a budget that raises taxes on cigarettes and cuts benefits to retired government workers while providing more aid for carmakers. Photographer: Cole Burston/Bloomberg via Getty Images

OTTAWA - La député néo-démocrate qui a approché Justin Trudeau dit qu'elle n'a jamais voulu «détruire» la réputation d'un député libéral, mais qu'elle voulait seulement que le chef libéral sache quel genre de personnes il avait dans son caucus.

Dans une conversation d'une heure avec le Huffington Post Canada, la députée a dit qu'elle avait approché JustinTrudeau alors qu'ils étaient dans le même autobus après avoir atterri à Hamilton pour assister aux funérailles du caporal Nathan Cirillo. Les allégations d'agressions sexuelles contre l'ancien animateur de CBC Jian Ghomeshi lui pesaient et elle a été troublée par ce qui était arrivé à une de ses collègues néo-démocrates. Elle a profité d'un rare moment où le chef libéral n'avait personne autour de lui.

La députée néo-démocrate dit s'être assise à côté de Trudeau et lui avoir demandé s'il était au courant des allégations d'une autre femme - qui est députée du NPD - à propos du député libéral Scott Andrews.

«Je pensais que c'était inacceptable, et je lui ai demandé ce qu'il savait à ce sujet», a-t-elle dit au HuffPost.

La députée assure que Trudeau ne savait rien à ce sujet. «J’ai juste dit: "Moi personnellement je ne voudrais pas d'une personne comme ça, proche de moi."»

Le député Scott Andrews a nié avec véhémence tout acte déplacé.

«Toute allégation d'inconduite de sa part n'est pas vraie», a fait savoir son avocat par voie de communiqué.

Quelques jours après que la députée néo-démocrate l'a approché, Justin Trudeau a suspendu les deux députés – Scott Andrews et Massimo Pacetti - faisant l'objet d'allégations de « faute personnelle ».

Il a été convenu avec le HuffPost que la députée qui a approché Justin Trudeau et la seconde députée du NPD impliquée dans ces affaires garderont leur anonymat.

Dans un communiqué du 5 novembre, Scott Andrews s'est dit «confiant» qu'on en arriverait à la conclusion «qu'il y a eu aucun harcèlement.»

«Cela a été très rapide. Quand j’ai fait ça, c'était vraiment juste pour l’avertir», a soutenu la députée néo-démocrate, expliquant ainsi sa décision.

«Ce n'était pas réfléchi», poursuit-elle.

Dans le bus, la députée dit qu'elle n'a pas évoqué sa propre expérience. Mais lors d'une réunion en mars dernier entre les whips du PLC et du NPD, elle assure que Massimo Pacetti aurait eu des gestes déplacés à son endroit.

«C'était une relation sexuelle sans consentement explicite», dit-elle.

Interrogé sur ces allégations, Massimo Pacetti a répondu au Huff Post, assurant que sa déclaration précédente était toujours d'actualité.

Dans un communiqué datant du 5 novembre, il dit être «confiant» qu'une enquête indépendante le «disculpe».

La députée connaissait Massimo Pacetti, car ils fréquentent la même ligue de sports, dont ils sont tous les deux membres. Étant aussi tous les deux des députés francophones, ils se parlaient plus fréquemment entre eux qu'avec les autres députés unilingues anglophones.

Après les matchs, ils allaient souvent boire un verre. Un soir, Pacetti lui a demandé si elle voulait aller boire un verre dans sa chambre d'hôtel, elle a accepté.

«Ça faisait un an et demi que je [faisais du sport] avec lui. C’était un ami qui jouait dans mon équipe. C’est sûr qu’il n'était pas du même parti que moi, mais on avait une activité sociale depuis un an et demi […] Oui je suis une femme, mais je suis sûre que s’il avait invité un autre homme à prendre un verre après le [sport], personne ne l’accuserait de manquer de jugement», souligne-t-elle.

Elle a insisté sur le fait que les chambres d'hôtel pour les députés à Ottawa n'ont pas la même connotation que ce qu'on pourrait penser.

«Les hôtels, ce sont nos appartements. Il y en a qui vivent à l'hôtel, il y en a qui ont des appartements, il y en qui s’achètent des maisons. Mais en gros, la signification de "Viens-tu dans la chambre d’hôtel" est un peu différente, si l'on peut dire», fait-elle remarquer.

Une fois dans la chambre d'hôtel, il lui est clairement apparu qu'il en voulait plus. Elle s'est figée. Et ayant été agressée sexuellement à l'adolescence, elle s'est sentie paralysée face à une situation similaire.

«Trois jours après cela, j’avais de la difficulté à m’assoir sans avoir mal. Je faisais des grimaces à chaque fois que je m’asseyais», confie-t-elle.

Elle n'a jamais confronté Massimo Pacetti après les faits. «C’est dans une boîte et on fait comme si ça n’existait pas», poursuit-elle.

Elle n'a jamais rien dit à son propre chef, Thomas Mulcair, ou tout autre senior du NPD sur l'incident, assure-t-elle. «Bien que j'adore Tom et Nycole [Turmel] ... ce ne sont pas d'eux que je suis le plus proche», dit-elle.

Elle ne voulait pas porter plainte de peur que la défense ne dise n'importe quoi sur elle pour la détruire : «Finalement, tu sors perdante du procès.»

Après avoir parlé à Trudeau, elle a accepté de parler à Judy Foote parce que les libéraux voulaient absolument savoir ce qu'il s'était passé.

«Moi je peux peut-être vivre avec, mais s'il y a d’autres femmes - est-ce que je vais pouvoir vivre avec le fait que, par exemple, on se rend compte dans dix ans qu'il y a eu 10, 15 [victimes] depuis ce temps-là», s'interroge-t-elle.

Ce qu'elle aimerait par-dessus tout, c'est que Massimo Pacetti lui présente ses excuses et aille chercher de l'aide.

«Dans le fond, il y a une chose que les victimes veulent le plus souvent. C’est avoir des excuses. Des excuses sincères. Que la personne me dise: "Je me rends compte que je n’ai pas agi correctement. Je me rends compte que je t’ai fait de la peine, que je t’ai blessée"», raconte-t-elle.

Elle souhaite aussi qu'il fasse une thérapie, estimant que, «ça serait suffisant. Ça donne rien d’envoyer quelqu’un en prison, Ça ne fait souvent qu'empirer les choses», précise-t-elle.

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