DIVERTISSEMENT

Dumas: la rencontre de l'autre (ENTREVUE/ VIDÉO)

25/11/2014 04:57 EST | Actualisé 25/11/2014 05:01 EST

À 35 ans, le chanteur et musicien Dumas ne voulait pas répéter les albums du passé. Enthousiaste malgré quelques questionnements d’usage, il a décidé de se lancer avec de nouvelles personnes et de réinventer son approche face au travail d’écriture et d’enregistrement. Résultat: un album homonyme qui lui ressemble, mais qui serait plus assumé, plus près de l’homme qui n’était pas des plus satisfaits à l’égard de son dernier disque L’heure et l’endroit.

L’équipe de Dumas affirme qu’il a fait table rase. Mais à l’écoute de son album à la pochette lustrée de style année’90, on reconnaît aisément les couleurs de l’auteur-compositeur-interprète. Celles des débuts, surtout. Les dix morceaux passablement pop ont néanmoins une nouvelle signature, celle d’un Dumas voulant changer le paysage.

Dans une histoire qui lie le hockey et les ligues de garage montrélaises, Dumas a fait la rencontre de Jonathan Dauphinais et Étienne Dupuis-Cloutier. Un jour, la musique a surgi dans une conversation, qui mènera à une longue et imprévisible collaboration.

« Il m’ont proposé de revenir à la base. À la période où je jouais de la musique à Victoriaville. De retrouver le gars du début […] Il y a environ un an et demi, on s’est monté un show en trio, puis on a fait une tournée de petites places. Dans des auberges, des bars et des salles. On a réarrangé les vieilles tounes, puisqu’on était seulement trois gars. Au final, ce travail a un peu donné la direction pour l’album. Je leur ai dis que j’avais envie de coréaliser le disque avec eux. »

« Ils étaient tout le temps présents, poursuit Dumas. Chose que je n’ai jamais faite, je leur ai laissé les maquettes des chansons, les clés du studio (Victor, où Dumas loue un local) et ils ont travaillé souvent les tounes sans que je sois là. Au début c’était difficile pour moi, car j’ai toujours eu l’habitude d’être là, mais finalement, j’avais toujours de belles surprises quand j’arrivais. Il voulait garder l’essence de mes premiers jets déjà faits… C’était très cool. »

Pour Dumas, cette toute nouvelle démarche s’est avérée « angoissante », mais fort enrichissante. Le travail en équipe lui a permis de partager davantage son univers construit en solitaire depuis de nombreuses années.

« Juste de m’être lancé avec d’autres personnes pour l’enregistrement, c’est une grosse étape. En plus, j’ai coécrit les textes avec l’auteur Alexandre Soublière (qui aussi signé seul quelques chansons comme État voyou). J’avais lu son roman et j’avais trouvé ça bien. Je lui ai écrit et on s’est rencontré. Tout comme moi, c’est quelqu’un d’assez renfermé. »

« La démarche était assez spéciale, renchérit Dumas. Je n’avais jamais collaboré de cette manière pour les textes. C’est assez personnel. Mais je m’étais dit qu’après 15 années dans ma bulle, je voulais essayer de m’ouvrir. Au fond, c’est assez ça cet album-là: une ouverture vers les autres. Étrangement, ça donne un disque plus personnel que les précédents. Parce que les gars, tant au niveau de la musique que des textes, ils m’ont fait assumer des côtés de moi que j’avais laissé tomber au cours des 6-7 dernières années. »

« Textes plus riches »

Dumas cite en exemples la touche plus pop (new-wave, rock assez doux, mais dansant) de son album ainsi que certains thèmes abordés sur les morceaux, qui ne lui paraissaient guère à propos au départ : « État voyou parle de rupture et d’amour. Instinctivement, je ne serais pas passé par là, parce que j’avais déjà travaillé ça à l’époque. Mais, puisqu’une certaine mélancolie était déjà dans certaines maquettes, Alexandre a proposé des sujets que je n’avais pas envisagés. Si je chantais pour toi, qui est certainement l’une de mes pièces les plus personnelles, est née probablement par qu’on a écrit ensemble. Notre collaboration a donné des textes plus riches, je crois. »

Cela dit, rien n’a été bousculé dans le monde de Dumas. Ses amateurs retrouveront le sujet de l’errance, ces bonnes mélodies (Vaudou, Ne me dis pas) qui ont toujours fait le succès de l’artiste ainsi que cette voix éthérée qui chuchote presque les mots (Compte à rebours, Silence radio) à l’occasion.

« Peu importe le résultat de l’album, cet effort est une sorte de victoire, affirme Dumas, assis dans une chaise tout près de la console sur laquelle a été enregistré son tout dernier disque. Ç’a été exigeant de laisser de la place à d’autres dans ma musique. C’est comme si les gars m’avaient fait assumer aussi des pans de mon travail que je ne voulais pas tout à fait accepter. Comme ce côté pop. Je pense que c’est une méthode que je vais exploiter pour les prochaines années. »

Cette collaboration entre Dumas et Stephen Sedgwick (ingénieur de son au studio 13, à Londres, qui travaille entre autres avec Damon Albarn, le gars de Blur et de Gorillaz qui a coréalisé un album de Bobby Womack) est d’ailleurs la preuve que le Québécois avait envie d’injecter du sang neuf dans son travail.

Visiblement, Dumas entame un cycle qui le réjouit. Malgré les histoires mi-figue, mi-raisin concernant la production musicale en 2014, il est convaincu que cette nouvelle réalité (l’arrivée du numérique qui chamboule tout, la baisse des ventes d’albums physiques, les revenus en baisse) pousse les créateurs à se réinventer et à user d’audace. Pour lui, la sortie de ce disque est une source importante de positivisme.

« Comme le souligne le titre homonyme de l’album, j’ai le sentiment que c’est un nouveau départ. Et j’ai hâte de faire des spectacles. »

Pour le reste, il faudra constater les changements sur scène, lorsque Dumas et ses deux autres acolytes prendrons la route à l’hiver.

L’album éponyme de Dumas est disponible depuis lundi.

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