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Ferguson: la famille Brown espère des accusations fédérales contre le policier

24/11/2014 09:27 EST | Actualisé 24/01/2015 05:12 EST

FERGUSON, États-Unis - Les avocats de la famille de Michael Brown ont promis, mardi, de faire pression pour que des accusations fédérales soient déposées contre le policier de Ferguson qui a tué le jeune Noir non armé, tout en répétant leurs appels au calme après une nuit de manifestations violentes durant laquelle plusieurs commerces ont été incendiés.

Les avocats de la famille Brown estiment que les travaux du grand jury étaient orientés dès le départ pour disculper le policier Darren Wilson relativement à la fusillade du 9 août qui a coûté la vie à Michael Brown, âgé de 18 ans. Ils critiquent l'ensemble du processus, des preuves présentées par le procureur du comté de Saint-Louis, Bob McCulloch, jusqu'à la façon dont elles ont été présentées et le moment choisi pour l'annonce du grand jury. Ils espèrent que l'enquête fédérale en matière de droits civils mènera à des accusations contre le policier.

Pendant ce temps, le gouverneur du Missouri, Jay Nixon, a ordonné la mobilisation d'au moins 2200 autres membres de la Garde nationale dans la région de Ferguson mardi soir pour qu'ils soient prêts à réagir rapidement en cas de débordements. Des centaines d'autres seront déployés dans la ville même.

En soirée, mardi, plusieurs manifestations se sont déroulées dans plusieurs villes aux États-Unis. A Ferguson, une cinquantaine de personnes ont convergé vers une barrière gardée par quelque 30 soldats de la Garde nationale. Ils ont scandé «A qui la rue, à nous la rue», «c'est à ça que ressemble la démocratie» et «Levez les mains, ne tirez pas».

Deux manifestants portant des masques ont été arrêtés après avoir refusé d'obéir aux ordres de la police de quitter la rue.

Douze édifices commerciaux de Ferguson ont été complètement incendiés lors des incidents ayant suivi l'annonce de la décision du grand jury, lundi soir. Les pompiers ont été appelés pour huit autres incendies dans des bâtiments commerciaux. Des magasins ont été pillés et 12 véhicules ont été incendiés.

Au total, 61 personnes ont été arrêtées à Ferguson durant la nuit, principalement pour cambriolage et entrée par effraction, tandis que 21 autres ont été arrêtées à Saint-Louis, où des manifestants ont fracassé des vitrines.

Des manifestations, pour la plupart pacifiques, ont aussi eu lieu dans plusieurs autres villes des États-Unis, notamment à New York, Washington, Chicago et Baltimore. À Oakland, en Californie, une poignée de manifestants ont lancé des bouteilles, brisé des vitres et vandalisé un véhicule de police.

Mardi soir, le président Barack Obama a vertement critiqué les manifestants ayant participé à des actes violents, affirmant qu'il n'y avait aucune justification à incendier des édifices et à détruire la propriété d'autrui.

«À ceux qui pensent que ce qui s'est produit à Ferguson est une excuse pour la violence, je n'ai aucune sympathie pour cela. Je n'ai vraiment pas de sympathie pour la destruction de votre propre communauté», a dit le président, qui était de passage à Chicago.

M. Obama a toutefois indiqué qu'il comprenait que des gens puissent être frustrés par la décision du grand jury. «Ces frustrations que nous avons vues ne portent pas sur un événement en particulier. Elles ont des racines profondes dans plusieurs communautés de couleur, qui pensent que nos lois ne sont pas toujours appliquées de façon uniforme ou juste», a-t-il déclaré.

Le journaliste George Stephanopoulos, du réseau américain ABC, a réalisé mardi la première entrevue télévisée avec le policier Darren Wilson, avec lequel il s'est entretenu pendant une heure au Missouri.

Dans l'entrevue, M. Wilson déclare notamment qu'il n'aurait rien pu faire différemment lors de sa confrontation avec Michael Brown pour éviter sa mort. «Je sais que j'ai fait mon travail correctement», dit-il, affirmant être en paix avec sa conscience.

Le maire de Ferguson, James Knowles, a indiqué mardi que M. Wilson restait en arrêt de travail et que son statut auprès du service de police n'avait pas changé. Le policier âgé de 28 ans travaillait pour la police de Ferguson depuis moins de trois ans quand il a tué Michael Brown.

M. Wilson a déclaré à M. Stephanopoulos que c'était la première fois qu'il utilisait son arme de service lors de l'incident ayant tué le jeune Noir.

Les avocats de la famille Brown espèrent toujours que des accusations fédérales seront portées contre le policier. Pour cela, les enquêteurs devront répondre à des critères de preuve très rigoureux afin de constituer un dossier d'accusation. Le ministère fédéral de la Justice a aussi ouvert une enquête sur le service de police de Ferguson, pour tenter de voir si ses pratiques sont influencées par un modèle discriminatoire.

Peu importe l'issue de ces enquêtes, la famille Brown pourrait aussi poursuivre le policier au civil.

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