POLITIQUE

Camil Bouchard déplore la déconstruction d'un système de garderies de qualité par le PLQ

22/11/2014 11:06 EST | Actualisé 22/11/2014 11:06 EST
Radio-Canada

Camil Bouchard est inquiet et très mécontent. L'auteur du rapport qui a fait époque, Un Québec fou de ses enfants, désapprouve complètement la tangente prise par le gouvernement de Philippe Couillard et qui consiste à abolir le tarif unique pour instaurer la modulation des tarifs en fonction du revenu des parents.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

En fait, ce chercheur en psychologie et en éducation de l'UQAM trouve que, dans le discours ambiant, on parle beaucoup d'argent mais très peu d'enfants et de qualité de soins. « Et je ne suis pas sûr qu'on a la ministre pour renverser la vapeur », raille-t-il en parlant de Francine Charbonneau, ministre de la Famille du Québec.

Rappelons que dès le mois d'avril, le coût des services de garde sera établi en fonction du revenu familial. Les parents continueront de payer 7,30$ à la garderie elle-même. Mais c'est en remplissant leur déclaration de revenus que les familles dont le revenu brut est de 50 000$ ou plus devront acquitter une somme additionnelle qui pourra atteindre 20$ par jour.

Aux yeux de M. Bouchard, ce qui se dessine nettement dans le paysage québécois est la commercialisation grandissante des services de garde destinés à la petite enfance. Et cette tendance l'inquiète. « On sait depuis des lunes, études à l'appui, que les services de garde qui sont des organismes sans but lucratif offrent une meilleure qualité de services que les garderies privées », dit-il en citant des chiffres qui illustrent que le nombre de plaintes dans les garderies privées est deux fois plus élevé que dans les CPE.

Des raisons pour expliquer cette disparité, Camil Bouchard en a quelques unes à commencer par le roulement de personnel qui est plus élevé dans le privé que dans le public. Ensuite, il y a le fait que les conseils d'administration des CPE sont contrôlés par les parents utilisateurs qui, souvent, sonnent rapidement l'alarme lorsqu'une plainte est déposée. Ce n'est pas le cas au privé, d'après lui.

De plus, « la longévité des garderies commerciales n'est pas assurée du fait que ces commerces peuvent du jour au lendemain fermer boutique », déplore Camil Bouchard.

En entrevue à C'est pas trop tôt, sur ICI Radio-Canada Première, la ministre Francine Charbonneau a déclaré vendredi que le gouvernement Couillard songeait sérieusement à la possibilité de pallier la pénurie de places en recourant au privé.

« Un coup de baguette magique : on donne une place à tous les enfants, on peut combler [ce besoin] parce qu'il y a assez de places au Québec qui sont disponibles pour l'ensemble de nos familles. Mais, il y a 50 000 places qui sont au privé. Devrait-on passer à côté de ça, c'est une question qu'on se pose. »

— Francine Charbonneau, ministre de la Famille du Québec et députée de Mille-Îles

À cette assertion, l'ex-député péquiste Camil Bouchard a sa réplique toute prête : « Le défi que je pose à la ministre est de faire la démonstration que les places créées dans les garderies commerciales répondront aux mêmes exigences que celles qui ont été créées dans le réseau public », affirme-t-il.

« Le chemin le plus court »

De l'avis de Camil Bouchard, le gouvernement de Philippe Couillard a pris « le chemin le plus court » en optant pour la hausse modulée des tarifs. Un autre chemin aurait pu consister à couper dans les crédits d'impôt alloués aux parents, des crédits d'impôt qui s'élèvent à un peu plus d'un demi-milliard de dollars. Cette somme aurait pu servir à favoriser la création de places dans le réseau public.

« Le chemin le plus court » pourrait mener, selon lui, à « la déconstruction d'un système de qualité pour en construire un pour lequel la qualité n'est pas encore au rendez-vous ».

Efforts, ressources et mécanismes de contrôle

Camil Bouchard reproche au gouvernement de ne se soucier aucunement de l'environnement dans lequel les enfants se retrouvent. Pour que cet environnement soit adéquat, affirme-t-il en substance, il faudra que la ministre Charbonneau s'assure de mettre les efforts, les ressources et les mécanismes de contrôle de la qualité.

C'est à titre de président du Groupe de travail pour les jeunes, en 1990 et en 1991, que Camil Bouchard avait publié Un Québec fou de ses enfants, qui proposait 53 recommandations pour prévenir la détresse et les problèmes d'adaptation sévère chez les enfants et les jeunes.

Pour Camil Bouchard, de nombreuses institutions ont vu le jour dans la foulée de la parution de son rapport. Parmi elles, un réseau de garde destiné à donner une chance égale à tous les enfants.

Un réseau excellent mais très fragile, estime le chercheur qui regrette que, dans l'expression « services de garde à tarif réduit » les gens aient davantage acheté l'idée du « tarif réduit » en ne mettant pas assez en évidence le caractère éducatif de ces mêmes services.

« Les CPE, pas plus que les écoles d'ailleurs, ne sont pas, et ne doivent pas être des machines à sous », conclut Camil Bouchard.

Les compressions du gouvernement Couillard