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Procès Magnotta: le jury pose trois questions à l'expert en psychiatrie légale Joel Watts

20/11/2014 03:45 EST | Actualisé 20/11/2014 03:45 EST
CP

Le jury chargé de déterminer si Luka Rocco Magnotta est non criminellement responsable ou coupable du meurtre prémédité de Lin Jun s'est invité jeudi dans le témoignage de l'expert en psychiatrie légale Joel Watts, en lui soumettant trois questions. C'est la première fois qu'il agit ainsi depuis le début du procès, le 29 septembre.

Un texte de François Messier

Les questions posées au psychiatre qui défend la thèse de la non-responsabilité criminelle de l'accusé pour la défense se résument comme suit :

1. Quel serait l'effet combiné du témazépam, du Benadryl et de l'alcool sur une personne qui souffre de psychose paranoïde?

2. Est-ce que l'incident survenu à l'hôpital Mount Sinaï de Miami Beach peut avoir été engendré par le fait que Magnotta a cessé de prendre ses médicaments?

3. À quel point le rapport du Dr Watts peut-il être considéré comme biaisé dans la mesure où Magnotta lui-même a dit au psychiatre qu'il peut avoir confondu ses souvenirs sur les événements du 24 au 26 mai avec des éléments de preuve que lui a présentés son avocat par la suite?

À la première question, le Dr Watts a répondu que l'effet combiné des trois substances pouvait dépendre des habitudes de consommation de la personne qui les a prises. Il a cependant affirmé que les symptômes attribuables à une psychose, comme des hallucinations auditives, ne devraient pas être modifiés par ces médicaments.

Luke Rocco Magnotta a admis avoir bu du vin et consommé du témazépam, qui est un somnifère, avant de tuer Lin Jun le 25 mai 2012. Il n'a cependant pas dit avoir consommé du Benadryl en présence de l'étudiant chinois. Il l'avait cependant fait une semaine plus tôt, en présence d'un homme jamais identifié avec qui il avait aussi eu une relation sexuelle.

À la seconde question, le Dr Watts a répondu clairement qu'à son avis, le fait que Magnotta avait cessé de prendre sa médication antipsychotique pouvait avoir joué un rôle dans les événements qui ont entraîné son hospitalisation à Miami, en janvier 2011.

Une personne qui souffre d'une psychose et qui arrête de prendre ses médicaments verra normalement ses symptômes revenir, a-t-il affirmé.

Magnotta a allégué à son arrivée à l'hôpital qu'on l'avait forcé à consommer de la drogue et qu'il avait été violé. Des tests ont cependant révélé qu'il ne présentait aucune trace d'agression. Le diagnostic final a conclu qu'il avait été victime d'une surdose.

À la troisième question, le psychiatre de l'Institut Philippe-Pinel a argué qu'il était possible que certaines déclarations de l'accusé aient pu être teintées par des éléments de preuve que lui avait présentés son avocat. Il a cependant argué que les déclarations de Magnotta portant sur les symptômes de sa psychose étaient à son avis authentiques.

Cette troisième question a été engendrée par un extrait du rapport du Dr Watts, qui a rencontré l'accusé pendant une quarantaine d'heures, principalement entre les mois de septembre 2012 et 2013.

Le psychiatre y écrit que le 11 janvier 2013, Luka Rocco Magnotta a voulu clarifier des informations qu'il avait données précédemment, car il « s'inquiétait de m'avoir parlé d'événements qui ne provenaient pas réellement de ses souvenirs ».

« Il disait avoir de grandes difficultés à se souvenir par lui-même des événements en question, et qu'il avait peut-être incorporé dans ses souvenirs des preuves qui lui avaient été présentées par la suite ».

Le témoignage du Dr Watts, qui était à la barre depuis vendredi dernier, s'est conclu sur questions du jury.

Le procès de Luka Rocco Magnotta a été suspendu jeudi après-midi. Il reprendra lundi matin. La défense appellera alors à la barre un nouveau témoin qui pourrait être son dernier. La Couronne aura ensuite la possibilité d'appeler son propre psychiatre à la barre, dans le cadre d'une contre-preuve.

Trois autres témoins entendus

Après cet épisode, l'avocat de la défense, Luc Leclair, a fait brièvement entendre trois témoins.

L'enquêteur Antonio Paradiso, de l'escouade des crimes majeurs de la police de Montréal, est notamment venu dire que le dernier appel effectué par Luka Rocco Magnotta avec son téléphone cellulaire est survenu peu avant 10 h le 25 mai 2012, soit dans les heures qui ont suivi le meurtre de Lin Jun.

Il a aussi expliqué que le cellulaire de l'étudiant chinois a été utilisé à deux reprises peu avant 2 h du matin, pendant qu'il se trouvait chez Magnotta. Les appels ont été faits à un hôtel et une auberge de jeunesse de Vancouver. L'enquêteur Paradiso a cependant dit qu'il était impossible de savoir qui avait fait ces appels.

Me Leclair a ensuite fait entendre les témoignages de deux Français enregistrés par une commission rogatoire dépêchée à Paris, en juin dernier.

Le premier, Jean-Marc Martha, a raconté qu'un de ses amis qui habitait au Canada en avril 2012 l'avait mis en contact avec un dénommé Nathan, qui comptait se rendre à Paris en juin.

M. Martha a écrit un message texte à cet individu, qu'on lui avait décrit comme « sympa », mais il n'a jamais obtenu de réponse. La défense n'a jamais dit clairement que Nathan était en fait Magnotta, mais l'affaire ne fait guère de doute.

Ce témoignage visait vraisemblablement à démontrer que Luka Rocco Magnotta avait bel et bien planifié son voyage en France avant le meurtre. La preuve a cependant démontré qu'il a acheté son billet peu après le meurtre.

Le second Français était un policier qui a rencontré Luka Rocco Magnotta en 2010. Ce dernier avait alors déposé une plainte pour agressions sexuelles. Le policier français n'a cependant pu dire quoi que ce soit d'important, puisqu'il ne se souvenait pas de cette rencontre.

Luka Rocco Magnotta est accusé du meurtre au premier degré de Lin Jun, d'outrage à son cadavre, de production de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour le diffuser et de harcèlement envers le premier ministre Stephen Harper et d'autres membres du Parlement.

Il a reconnu les faits dès le début du procès, mais il a plaidé non coupable. Son avocat soutient qu'il souffre de schizophrénie paranoïde et qu'il doit donc être déclaré non criminellement responsable de ses gestes.

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